Opinions Opinion de Brice Many, directeur général de la Fédération aide & soins à domicile.


Face aux nombreuses critiques que suscite l’assurance autonomie aujourd’hui, il est important de mettre en avant un des éléments-clés de ce projet social : le travail quotidien et unique des aides familiales. Sans fanfaronnade, aucune région en Europe occidentale ne peut compter sur un corps professionnel aussi bien formé pour faire face aux besoins liés à la dépendance.



L’assurance-autonomie dont la Wallonie va se doter n’est pas encore précisée. Pourtant, elle suscite déjà des réactions en sens divers, réactions qui s’appuient sur des certitudes qui nous étonnent. Je m'adresse, ici, aux aides familiales. Les 15.000 personnes âgées que vous aidez tous les jours, leur famille et vous, tout particulièrement, méritez quelques éléments d’objectivation. Car c’est de votre place dans le système de santé dont il s’agit.

Le boom du vieillissement en Europe occidentale

Toute l’Europe occidentale va connaître une évolution croissante du nombre de personnes âgées unique à l’échelle de l’histoire. Les aînés, de troisième ou de quatrième génération, devraient atteindre le tiers de la population totale d’ici 25 ans. Rien qu’en Wallonie, nous devrions être plus d’1 million de personnes âgées de plus de 65 ans. Les questions de santé au sens large liées à la dépendance vont connaître une ampleur sans précédent. Les besoins auxquels vous répondez, ce qu’on appelle le care, vont considérablement évoluer. Et ce care est un fameux mix entre votre sens de l’humain et les compétences pointues acquises dans de nombreuses disciplines.

Vous avez et savez la reconnaissance que les bénéficiaires ont pour vous.

La chance de la Wallonie, ce sont les aides familiales

Sans fanfaronnade, aucun pays en Europe occidentale ne peut compter sur un corps professionnel aussi bien formé et aussi nombreux que les aides familiales. La lecture des études en santé publique permet donc d’identifier les aides familiales comme une force spécifique au système de santé pour faire face aux besoins liés à la dépendance.

Votre capacité à accompagner les personnes dans leur vie quotidienne est impressionnante. Quand on voit ce que faisaient les aides familiales il y a 40 ans, puis il y a 20 ans, et ce que vous faites à présent, on ne peut qu’être épaté. Passer de l’aide aux familles nombreuses avec enfants, à l’accompagnement des personnes âgées. De plus, aujourd’hui, vous jouez un rôle dans la convalescence des personnes polytraumatisées, des patients psychiatriques sortis des hôpitaux, des problématiques de santé qui s’amplifient : démence, diabète, …

C’est là que vous apportez votre valeur "aide familiale" ajoutée. La vie à domicile ne peut se résumer aux soins médicaux délivrés par des prestataires très engagés auprès de leur patient. Vos prestations ont dépassé depuis longtemps les tâches techniques essentielles au bien-être comme l’entretien ménager. Dans ce grand espace de care, vous avez actualisé depuis 40 ans des compétences de tous types : nutrition, aide administrative, accompagnement des comportements de santé, écoute, apports de la psychologie, indications sur les problèmes de santé,…. C’est cela la chance de la Wallonie. C’est ce trésor qu’il nous revient de préserver, de valoriser, de renforcer.

Une chance pour les personnes âgées, une chance pour l’emploi

Saurons-nous saisir l’opportunité et la responsabilité que représente l’assurance-autonomie pour développer des services d’aide aux familles et aux aînés à la hauteur des besoins ? Pour développer le métier d’aide ménagère sociale comme métier spécifique, complémentaire au métier d’aide familiale ? Ces deux métiers d’aide aux familles permettent d’allouer du temps et des compétences à ce qu’elles sont les seules à pouvoir apporter aux patients, à leurs aidants, à leur entourage.

Une présence, dans la proximité, qui stimule par rapport aux besoins cognitifs, qui prend en compte les besoins de base en alimentation, repos et mobilisation physique, et surtout en contacts et en relations autour de ce qui fait que l’on se sent humain, membre d’une communauté. Assurer progressivement la croissance des effectifs, former les personnes à ces métiers, les accompagner dans les premières années de carrière. Nous devrons être là pour écoler les nouveaux dans notre métier, construire avec l’enseignement et les acteurs du Forem, réussir la mobilisation nécessaire pour faire entrer quelques milliers de personnes à terme dans notre beau métier.

Pour réussir à rencontrer ces défis, nous voulons continuer à nous appuyer sur vos forces, votre temps consacré à l’autonomie des personnes, votre talent, vos compétences travaillées en formation, et surtout votre coeur qui se traduit par la qualité de care dont dispose la Wallonie aujourd’hui pour réussir le vieillissement des centaines de milliers de Wallonnes et de Wallons concernés par votre action dans les 40 années à venir. Il nous revient de convaincre autour de nous que la meilleure réponse aux besoins des aînés est à portée de mains et qu’ensemble, nous pouvons devenir une région modèle en Europe occidentale.
Merci pour cette qualité !

=> Titre initial : "Du temps, du talent et du care "