Opinions

CARINE DOUTRELEPONT

Avocate

Personnellement, je pense que la démocratie est en danger à partir du moment où l'on accorde une tribune médiatique aux extrémistes. C'est effectivement leur donner une légitimité qu'ils ne méritent pas, leur conférer le pouvoir d'utiliser des outils de la démocratie pour qu'ils la sapent. Les médias ont, en ce domaine, un devoir de vigilance qui ne peut être sous-estimé et, dès lors, une certaine responsabilité dans le fait de rapporter des discours d'extrémistes. Informer, ce n'est pas nécessairement communiquer `en direct´, en `temps réel´. Informer, c'est livrer une analyse, des réflexions qui alimentent le lecteur ou l'auditeur, en l'occurrence, ici, sur ce qui anime les fronts intégristes. Une interview ou une communication en temps réel d'extrémistes apporte peu au débat intellectuel. De surcroît, ce type de communication directe n'est pas exempt de risques puisque l'on ne peut exclure l'expression de messages codés, porteurs de menaces pour le public en général.

Ce principe vaut pour toutes les formes d'extrémisme. Un certain charisme de leaders politiques d'extrême droite, tels que Haider, s'est parfois vu renforcer par l'audience que les médias réservaient à ceux-ci, sans que leur argumentation inacceptable ait pu, au moment même du passage à l'antenne ou de l'interview, être contestée. Certes, il ne faut pas généraliser. Dans certains cas, le passage à l'antenne a conduit à révéler le caractère odieux des desseins politiques. Je songe ainsi au passage de Jean-Marie Le Pen au débat RTL-Le Monde qui a permis de mettre à jour les thèses révisionnistes du personnage. Mais il est vrai que c'est un arbitrage délicat que d'accepter que ceux-là même qui nient la démocratie aient accès aux forums qu'elle offre.

Le droit n'est en l'occurrence pas un remède à tous les fléaux que les groupuscules extrémistes peuvent générer. Mais, dans le domaine de la liberté d'expression, il permet de juguler la communication de thèses d'extrémistes qui, tôt ou tard, revêtent, pour la plupart, une forme de racisme, de xénophobie, voire de révisionnisme. On ne peut pas tout dire au nom de la liberté d'expression. Si, dans le domaine de la presse écrite, le législateur a interdit la censure préalable, il a néanmoins prévu un régime de responsabilité à l'encontre de celui qui abusait de cette liberté, en niant les droits et la dignité d'autrui.

Propos recueillis par

Pascal André

© La Libre Belgique 2002