La démocratie face à l'islamisme

Publié le - Mis à jour le

Opinions

Le débat portant sur la place des religions et la cohésion sociale pose à notre société un défi imposant aux responsables politiques et aux citoyens des choix quant à l'avenir de notre modèle démocratique.

Au terme des "Assises de l'interculturalité" organisées par la Ministre de l'Egalité des Chances, Madame Milquet, il appartiendra au politique de prendre ses responsabilités en optant sans ambigüité pour un modèle contribuant à l'émergence d'une société apaisée et ouverte à l'intégration des allochtones. Ce choix se fera entre le modèle multiculturaliste et le modèle intégrationniste.

Afin de mieux cerner la portée de ces deux options, il convient d'examiner la philosophie politique propre à chacun de ces projets, ce qui nous amène à nous interroger sur les principes fondateurs de nos sociétés libres et démocratiques.

Mélange d'individualisme garantissant la liberté de chacun et de solidarité assurant une sécurité sociale au plus grand nombre, notre système de valeurs a pour piliers : égalité, laïcité et démocratie. Il garantit à notre société un degré de prospérité, de justice et de liberté inégalé.

Le relativisme culturel affirmant que toutes les pratiques culturelles doivent être reconnues par notre corps social conteste cette évidence. Les partisans de cette conception ne voient-ils pas l'éclatante contradiction entre ces deux principes : "Tous les hommes sont égaux en droit et en dignité" et "toutes les civilisations sont égales en fait et en valeurs" ?

Ces deux propositions sont pourtant antinomiques. On ne peut affirmer l'égalité entre les hommes et admettre des modèles culturels qui la nient. Une société qui respecte la dignité et les droits des femmes semble plus noble que celle qui enferme le genre féminin dans une position d'infériorité. De même, une civilisation démocratique est moralement supérieure aux systèmes totalitaires. Une société laïque où chacun a le droit de croire ou non est plus humaniste qu'un régime intégriste.

Osons donc affirmer que notre système de valeurs est le plus proche du principe d'universalité des droits de l'homme.

Le relativisme culturel, au nom du droit à la différence, flatte les revendications religieuses et ethniques. L'égalitarisme s'est mué en communautarisme se traduisant par l'échec du projet d'intégration, le rejet de l'autre et une "ghettoïsation" de la société.

Le choix que devra poser le politique se fera donc à la lumière de ces deux éthiques, le modèle intégrationniste s'inspirant de l'universalité des droits de l'homme et le modèle communautariste se fondant sur le relativisme culturel.

Le développement de l'islam politique est au cœur de cette problématique.

Instrumentalisant les frustrations souvent légitimes des uns, l'islamisme bénéficie de la complaisance idéologique voire des intérêts électoraux des autres.

Le voile est révélateur de ce symptôme. Symbole d'exclusion, de soumission et de sexisme, il réduit la femme à un objet sexuel qu'il faut cacher. L'erreur serait de voir en cet habit un signe d'émancipation et de dignité retrouvée.

"Liberté de choix" nous direz-vous ? Il n'est de pire soumission que celle prétendument librement consentie mais faite de pression, de prosélytisme et de mode identitaire.

Ne nous contentons pas de voir le masque mais bien ce qu'il cache : refus de certains apprentissages, de la mixité, exclusion et soumission.

Posons-nous la question de la liberté de certaines femmes, musulmanes ou non, de ne pas le porter dans certains quartiers et écoles !

Acteurs sociaux ou pédagogiques, nous n'avons que trop entendu ces voix en souffrance écrasées par un contrôle social plus ou moins violent. Nous mesurons la montée du prosélytisme et l'impossible défi lancé aux enseignants et aux directions d'écoles quant au maintien des apprentissages voire de l'ordre public.

Dès lors le seul choix éthique est celui de l'interdiction de tout signe religieux ostentatoire dans la sphère publique. Affirmer ce principe consacre la dignité humaine et renforce le combat des personnes luttant contre un contrôle prétendument inspiré des traditions.

La faute d'une certaine gauche est de refuser d'écouter ces voix tout en offrant une tribune à des discours totalitaires et intolérants.

Cette gauche soi-disant progressiste a trahi ses propres valeurs légitimées par de justes combats historiques : l'humanisme, la pensée critique, l'émancipation, l'égalité des chances, le féminisme et l'antitotalitarisme. Qu'il est navrant d'entendre le Bourgmestre d'une commune "sensible", par ailleurs professeur de critique historique et "père" de la loi réprimant le racisme traiter de "rats" ses contradicteurs dont le seul tort fut de protester contre ses pratiques mélangeant paternalisme et complaisance.

Aux authentiques progressistes de s'interroger sur cette trahison et de faire un choix éthique conforme à leurs valeurs et combats.

Titre et sous-titre sont de la rédaction.

© La Libre Belgique 2009

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM