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Aujourd'hui, on ne peut plus vraiment parler d'inégalité chez nous, explique Eliane Gubin. Du moins sur le plan formel. L'égalité politique, salariale ou familiale (le principe de puissance maritale a vécu) a été reconnue.

Pour l'historienne, cette avancée reste toutefois stérile si l'on ne tient pas compte de la réalité et de la diversité des situations. Exemple: instaurer l'égalité de traitement pour le calcul des pensions est une mesure juste à première vue, mais qui se révèle inégale si l'on tient compte de l'impossibilité pour les femmes à cause des «obligations» (maternité, éducation des enfants, etc.) qui leur incombent d'arriver au même nombre d'années d'activité que les hommes.

Comment faire alors? Adopter le principe de la discrimination positive dans tous les domaines où les femmes ont un retard à combler. Le système des quotas pour les listes électorales s'inscrit dans cette logique.

«Il a fallu près de 20 ans entre le moment où cette idée a germé et sa première application lors des élections législatives de 1999, raconte l'universitaire. Beaucoup d'hommes avaient du mal à admettre qu'il faut en passer par des mesures inégales pour imposer l'égalité. Mais c'est indispensable. Aucune liberté ne s'est jamais imposée spontanément, surtout quand elle oblige certains à abandonner leurs privilèges»

Le féminisme se justifie-t-il encore? Oui, répond sans hésiter notre interlocutrice. À la fois parce que dans une série de dossiers (violences conjugales, accès aux nouvelles technologies, et même inégalités de carrière malgré les mesures existantes), beaucoup de chemin reste à faire, et aussi parce que la société évoluant, il faut constamment remettre sur le métier ce que l'on pensait acquis.

«On a une belle illustration de la nécessité de rester vigilant avec la recrudescence actuelle du nombre d'avortements. Des études ont montré qu'elle était en fait liée au sida. À cause de la maladie, les jeunes filles ont abandonné aux hommes la maîtrise de la contraception, se disant que comme il faut tout de même mettre un préservatif pour se protéger de la maladie, autant arrêter de prendre la pilule.»

© La Libre Belgique 2001