Opinions

DÉPUTÉ FLAMAND ET BRUXELLOIS SPIRIT

Que dit Théo Hachez, directeur de `La Revue Nouvelle´, dans l'article d'opinion `Elargissement du droit de vote: les réticences flamandes´ (LLB 11/01/02) (1) ? La démocratisation en Flandre est marquée par le flamingantisme. Chose fort logique, par ailleurs, dans le contexte historique donné. Mais cette démocratie flamande voit aujourd'hui tout non-Flamand comme une menace potentielle pour sa culture et sa langue. La crispation du monde politique flamand concernant le droit de vote pour les non-Européens et le discours sur `l'intégration citoyenne´ le démontre et contraste avec une politique qui pour le reste est dictée par une sécularisation technocrate: la bonne gestion.

Selon Théo Hachez, deux partis politiques du Nord font exception à cette logique et semblent porteurs d'une solution vraiment alternative face à la dérive de l'extrême droite dans tous les autres partis: Spirit (fraction libérale-regionaliste-progressiste, issue de l'explosion de la Volksunie) et Agalev (les verts flamands).

Ce texte appelle des réactions mitigées:

D'une part, l'analyse nous tend un miroir dans lequel on voit le Flamand frustré (malgré sa succes story démocratique) dans la prison de ses complexes. Une prison dont il a d'ailleurs la clé à portée de mains. Il peut aisément surmonter cet héritage d'un flamingantisme démocratique. L'analyse reconnaît par ailleurs le rôle démocratique du flamingantisme. Il nous faut retourner au XIXe iècle pour voir des politiques francophones montrer de l'empathie pour le flamingantisme comme force démocratique. Enfin, l'analyse ne peut que flatter un politicien de Spirit. Dans son premier manifeste politique, le nouveau parti a voulu renouer avec le flamingantisme démocratique et émancipateur, notamment dans le domaine de la discrimination, tant politique que sociale, des populations immigrées.

Mais d'autre part, l'analyse stigmatise une fois de plus la Flandre auprès du public francophone et international (car la règle veut qu'aujourd'hui encore, la communauté internationale perçoive la Belgique et la Flandre au travers de la presse francophone). Celle-ci serait porteuse d'un racisme latent, repliée sur elle-même, toujours un peu intolérante, encline à accepter, ne fut-ce que par voie détournée, les thèses du Vlaams Blok. Bref, le Flamand comme bange blanke man . Quant à la conclusion selon laquelle les politiques flamands `ne font que vendre de la discrimination sociale et fiscale fondée sur une surestimation de l'autochtonie´ , celle-ci est carrément blessante. Si ce n'est pas du racisme, dans le sens d'incitation à la haine, c'en est proche.

J'ai d'ailleurs plus que des réserves sur l'affirmation de Théo Hachez lorsqu'il explique que si `Flamand´ est redevenu une injure raciste dans son quartier, `ce n'est pas le fait de Belges de haute souche...´ , insinuant par là que ce racisme est le fruit de l'attitude de la Flandre envers les immigrés. Je ne peux m'empêcher de repenser, pour ne citer qu'un exemple, au discours de certaines élites politiques francophones lorsqu'elles expliquent aux jeunes immigrés que s'ils ne trouvent pas d'emploi, c'est à cause de l'exigence de bilinguisme qu'imposent les Flamands. Encore un peu et on les entendra chanter: `... qui obligent nos enfants à aboyer flamand´. N'est-ce pas là utiliser la même technique que l'extrême droite, qui trouve toujours une victime facile pour des problèmes sociaux forts complexes.

Par là, je veux montrer que si `Flamand´ reste chez certains une injure raciste, c'est parce qu'il y a là un racisme latent, qui, même s'il n'est pas comparable à celui dont sont trop souvent victimes les populations immigrées, est rarement condamné. La langue néerlandaise en Belgique n'est pas, en bien des cas, perçue comme la finalisation d'une démocratisation comme l'entend Théo Hachez, mais comme une atteinte à la liberté des francophones. A qui la faute de cette méconnaissance? Il ne suffit pas de tendre un miroir à la Flandre, il faut encore s'y regarder soi-même!

En ce qui concerne la réticence des politiciens flamands face au droit de vote, le diagnostic de Théo Hachez est lui bien correct. Cette réticence est contre-productive et anachronique, ce qui ne veut pas dire incompréhensible. Elle n'est d'ailleurs pas le propre du Flamand. On retrouve ce réflexe dans nombre de minorités, telles les Basques, les Catalans, les Québécois... Minorité n'est pas défini, ici, par la loi du nombre, mais par le sentiment de minorisation, par le rapport entre cultures et langues, tel que le définissent les sociologues, les linguistes,...

Personnellement, je suis de ceux qui pensent que la Flandre ne doit avoir aucune réticence à l'égard des immigrés qui veulent vivre sur son territoire, à condition que soit assurée la pérennité de sa culture et de sa langue. Un peu comme ce qui se passe actuellement au Québec. C'est dans ce sens qu'il faut interpréter le programme d'intégration citoyenne que prônent la plupart des partis flamands et qui est d'ailleurs mis progressivement en oeuvre par le gouvernement flamand. Nous pensons en effet qu'il ne s'agit ni d'un obstacle aux droits politiques, ni d'une condition préalable (nous sommes favorables à l'élargissement du droit de vote sans ces conditions), ni même d'une mesure défensive, mais d'une opportunité à saisir pour renforcer une culture minoritaire dans un contexte de concurrence culturelle (non entre la culture de l'immigré et la culture flamande, mais comme au Québec, entre la culture dominante et la culture minoritaire). C'est en effet, comme le définit Théo Hachez une vision libérale-progressiste-nationale, chaque mot y trouve son sens.

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© La Libre Belgique 2001