Opinions

FRANCIS X. TAYLOR

Ambassadeur

Coordinateur de la lutte contre le terrorisme

U.S. Department of State

Des récentes attaques terroristes, comme l'horrible attentat de Bali, sont de douloureux rappels que le terrorisme est une menace globale, persistante et mortelle. Nul doute qu'il y aura d'autres rappels de ce genre alors que nous continuons à mener le combat contre le terrorisme, alors qu'al Qaeda prouve qu'il reste une redoutable organisation terroriste.

Mais ces événements ne doivent pas détourner notre attention des progrès que nous avons réalisés, ni nous faire oublier ce que ces menaces représentent.

La menace à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui est sans précédent pour deux raisons: la mondialisation et la présence d'armes de destruction massive.

La mondialisation a produit de nombreux effets positifs, facilitant les voyages à longues distances et les communications par satellite et mettant des produits du monde entier à la disposition de tous.

Mais des terroristes tels ceux d'al Qaeda ont profité de ce système ouvert et global pour accroître leur influence. De petits groupes terroristes sont maintenant capables d'opérer à travers le monde sans avoir besoin du support d'un Etat ou d'une base opérationnelle. Ils se financent au travers de réseaux criminels internationaux et par des activités charitables légales comme illicites.

De plus, les terroristes d'aujourd'hui cherchent à acquérir des armes chimiques, biologiques, radiologiques, et nucléaires. Les récents attentats terroristes doivent être un signal qu'il nous faut résolument agir pour empêcher les terroristes d'acquérir des armes de destruction massive. La prolifération potentielle de ces armes est le plus grand défi à la sécurité de notre époque et l'endiguer est une priorité absolue.

La première phase de notre réponse à ce défi a été d'aider à libérer la population afghane du joug des Taliban et de al Qaeda. Dans l'Afghanistan d'aujourd'hui, les enfants jouent de nouveau au football, on peut entendre de la musique, et les jeunes filles sont retournées à l'école. Une large coalition internationale aide à la reconstruction de l'Afghanistan pour que jamais plus il ne soit un sanctuaire pour des terroristes. Il y a encore du pain sur la planche, mais nous sommes déterminés à aider le peuple afghan à se construire un nouvel avenir.

La seule force militaire ne sera pas l'élément le plus important de cette campagne. Le terrorisme doit aussi être combattu par des moyens économiques, coercitifs, diplomatiques et par l'échange de renseignements. Même en utilisant tous ces moyens au travers d'une campagne globale et coordonnée, le succès ne viendra pas en un spectaculaire coup d'éclat, mais après la patiente accumulation de diverses actions entreprises à travers le monde.

Par exemple, l'Union européenne a travaillé étroitement avec les Etats-Unis pour coordonner la désignation des groupes ou individus considérés comme terroristes. Les Pays-Bas ont récemment pris des mesures pour geler les avoirs financiers de l'organisation terroriste `Nouvelle Armée du Peuple´ des Philippines. Au mois d'août, l'Italie s'est jointe aux Etats-Unis pour soumettre aux Nations unies les noms de 25 individus et organisations liées à al Qaeda afin que leurs avoirs puissent être gelés dans le monde entier.

Entre-temps, la coopération entre pays en matière de renseignement et de législation s'est accrue de manière exponentielle. Elle a conduit à l'interdiction de cellules terroristes, empêchant de nouveaux attentats sanglants. Des cellules entières d'al Qaeda - qui planifiaient des attaques meurtrières contre des intérêts américains ou de nos alliés - ont été rayées de la carte dans des pays comme Singapour ou l'Italie.

La victoire finale dans cette campagne dépendra de deux facteurs: d'une volonté politique internationale soutenue de combattre le terrorisme et d'une détermination à s'en donner réellement les moyens.

Tout d'abord, notre volonté politique ne doit pas faiblir, prouvant quotidiennement que la lutte n'est pas terminée et qu'il est manifestement de notre intérêt à long terme de rester déterminé.

Ensuite, nous devons accroître les moyens de combattre le terrorisme dont disposent tous les pays. Aucun pays ne pourra remporter ce combat sans l'aide des autres. Il s'agit d'un combat global et la victoire ne viendra qu'avec une réponse globale.

C'est une guerre qui comportera de nombreux fronts et différents types de victoires - certaines visibles, d'autres pas. Dans cette guerre, pister des transactions financières complexes pourra avoir un effet dévastateur sur l'ennemi. La coopération diplomatique et policière pourra contrecarrer des attaques terroristes plus efficacement et à moindre coût qu'une frappe aérienne. La collecte et le partage de renseignements pourront s'avérer aussi productif qu'une opération militaire d'envergure.

Nous allons diminuer les conditions sous-jacentes qui permettent au terrorisme de prendre racine et de prospérer. La pauvreté et l'oppression ne sont pas les causes du terrorisme, pas plus que les tensions ethniques ou les désaccords entre pays. Mais la pauvreté, l'oppression, les tensions ethniques, et l'instabilité nourrissent toutes ces frustrations que des extrémistes exploitent. Nous allons soutenir nos efforts diplomatiques et octroyer notre aide pour nous attaquer à ces conditions sous-jacentes.

Trop souvent par le passé, notre résolution à constamment renforcer la coopération s'est étiolée au fur et à mesure que les souvenirs d'une attaque terroriste meurtrière se dissipaient. Nous ne pouvons laisser ce phénomène se reproduire.

La menace terroriste est une menace à laquelle nous allons être confrontés dans un futur prévisible. Mais nous ne pouvons nous couper du reste du monde. Nous représentons des sociétés libres, ouvertes, tolérantes, et dynamiques. Le plus grand défi est pour nous de combattre cette menace terroriste sans empiéter sur les principes fondamentaux sur lesquels reposent nos libertés.

© La Libre Belgique 2002