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La Belgique est à nouveau confrontée à de délicates questions budgétaires à l'aube d'entamer une nouvelle législature. Les négociateurs du prochain gouvernement doivent résoudre la quadrature du cercle en tentant de faire coïncider promesses fiscales et sociales d'une part et moyens financiers de l'autre. Peut-on ralentir le désendettement du pays, laisser filer, fut-ce légèrement, le déficit sous prétexte que d'autres le font aussi? Non.

Le pire serait d'avoir aujourd'hui la mémoire courte et de ne pas se souvenir de ce qu'était la Belgique il y a vingt ans. Elle était engluée dans des déficits insolubles, enfouie dans une dette insondable, embarquée dans une spirale financière dont personne ne croyait qu'elle sortirait indemne. D'ailleurs, elle n'est pas sortie sans mal. Pour récupérer ces déséquilibres colossaux, les gouvernements successifs ont imposé une terrible cure d'amaigrissement à l'Etat, qui a été contraint de réduire son train de vie - passe encore - et, plus grave, de sabrer dans des dépenses sociales parfois vitales. Sans doute n'y avait-il pas d'autre choix à l'époque mais c'est tout l'appareil d'Etat et les plus démunis qui en ont souffert. L'enseignement, qui était encore à l'époque national, a été contraint de renoncer à des réformes prometteuses. Les investissements publics ont été revus à la baisse, amorçant ainsi les problèmes du rail que l'on connaît aujourd'hui. Et que dire des efforts qui ont été demandés à la population? Une fiscalité sournoise a grandement démotivé une population active qui a vu, ainsi, ses efforts mangés par un Etat de plus en plus gourmand.

Les déficits n'engendrent à terme que de détestables politiques qui démotivent le citoyen et décrédibilisent le monde politique. Et cela ne sert à rien d'assurer, hier, une réforme fiscale, si, demain, les actifs doivent en abandonner les bénéfices. L'idéal serait évidemment d'enrayer les déficits et de réduire la dette, non pas quand la conjoncture se retourne, mais quand celle-ci est bonne.

Mais il faut bien admettre qu'il y a quatre ans, saoulé par la bonne conjoncture, le précédent gouvernement a plutôt joué les cigales. L'heure, aujourd'hui, est aux fourmis.

© La Libre Belgique 2003