Opinions Voici ce qu’une victoire aux législatives du parti d’extrême droite PVV signifierait pour le marché néerlandais et l’avenir de l’Europe.

Une opinion de Paul Broholm, chief investment officer chez Theodoor Gilissen, une société du réseau KBL European Private Bankers, également présent en Belgique sous le nom de Puilaetco Dewaay.

A quelques jours des élections législatives néerlandaises qui auront lieu le 15 mars, les résultats s’annoncent très serrés pour le Parti pour la liberté (PVV) d’extrême droite, dirigé par Geert Wilders. Alors que la plupart des observateurs estiment qu’en cas de victoire du PVV son leader ne sera pas en mesure de former une coalition, il est bon de rappeler que peu avaient prédit le vote en faveur du Brexit et la victoire de Donald Trump à l’élection américaine. Posons-nous dès lors la question suivante : quels seraient les impacts d’un gouvernement dirigé par M. Wilders sur le marché néerlandais, et de façon plus générale sur l’avenir de l’Europe ?

Figure très controversée, qui souhaite interdire le Coran et imposer un moratoire contre l’immigration non-occidentale, Geert Wilders le dit lui-même : "La moitié du pays m’adore, l’autre me déteste, c’est tout ou rien." Surtout connu pour ses vues islamophobes, il s’est engagé à sortir les Pays-Bas de l’Union européenne, supprimer toute aide aux étrangers et augmenter les subventions publiques pour la police et les services de sécurité. Néolibéral en faveur d’une privatisation du secteur de la santé et des transports publics, il prévoit des réductions d’impôts et une dérégulation importante. Il a en outre promis de défendre ceux qu’il appelle les "bons travailleurs néerlandais", en augmentant notamment les avantages octroyés aux citoyens de naissance tout en supprimant ces mêmes aides pour les immigrés.

Cela n’est pas sans rappeler les promesses du Président américain, et il ne s’agit sans doute pas d’une coïncidence. Ces quarante dernières années, à l’exception de deux élections, les Néerlandais ont toujours suivi les tendances électorales américaines.

Tout comme la victoire de Trump a sans nul doute augmenté les chances du dirigeant du Parti pour la liberté, sa victoire pourrait donner un sérieux coup de pouce à Marine Le Pen en France et Frauke Petry en Allemagne. Cependant, il est presque certain qu’une victoire du PVV n’entraînerait pas le même élan que Trump aux Etats-Unis, où les investisseurs ont réagi positivement à ses promesses de réductions fiscales, de dérégulation et de dépenses en infrastructures.

Geert Wilders, avec un manifeste d’une page faisant office de programme, n’est pas susceptible de gagner la confiance des investisseurs. Dans tous les cas, aucun autre parti néerlandais ne semble vouloir compter sur une série de réductions fiscales et de dépenses publiques qui pourraient mettre en péril l’excellent déficit public du pays de tout juste 0,4 % du PIB.

Un éventuel Nexit

Compte tenu de la promesse de Geert Wilders de sortir de l’Union européenne, la réaction néerlandaise pourrait-elle ressembler à celle du Royaume-Uni dans le sillage du vote pour le Brexit ? L’économie post-Brexit a effectivement affiché de bonnes surprises : suite à un net et court recul, les marchés se sont de nouveau emballés; au 1er mars, le cours de l’indice FTSE 100 avait gagné 16 %, soutenu en grande partie par la dépréciation continue de la livre sterling.

Toutefois, ces situations sont difficilement comparables. Tout d’abord, un "Nexit" (de la contraction de "Netherlands" et "exit") n’est pas vraiment la pierre angulaire de la vision de Geert Wilders, qui veut certes désislamiser son pays, mais qui reste un eurosceptique modéré, du moins comparé à Marine Le Pen ou Nigel Farage au Royaume-Uni. Qui plus est, pour sortir de l’Union européenne, tout nouveau gouvernement devrait organiser un référendum, les citoyens néerlandais se prononcer en faveur d’une sortie et une majorité des deux-tiers des deux Chambres du Parlement en convenir. Cela s’avère fortement improbable. Néanmoins, une victoire du PVV attiserait les craintes d’un Nexit et d’une potentielle dissolution de l’Union européenne. Ces scenarios seraient très préoccupants pour les investisseurs.

De graves conséquences

Alors que le PIB des Pays-Bas a augmenté de près de 2 % ces deux dernières années et que le taux de chômage est à son plus bas depuis cinq ans, toute menace impactant le statut du pays en tant que hub européen du transport devrait être prise au sérieux.

En termes absolus, les Pays-Bas (9e pays exportateur au monde) exportent légèrement plus que le Royaume-Uni (11e mondial). Toutefois, l’économie néerlandaise (28e mondiale) représente tout juste un cinquième de l’économie britannique (10e mondiale).

Du port de Rotterdam à l’aéroport de Schiphol, les conséquences d’un Nexit pourraient être très graves. Les répercussions iraient bien au-delà des frontières hollandaises et toucheraient surtout la France mais aussi les pays eurosceptiques comme la Grèce, l’Espagne, l’Italie et les Etats nordiques. Par la suite, les investisseurs se tourneraient vers des valeurs refuges, probablement les obligations.

Calendrier électoral déterminant

Evidemment, il est peu probable que le leader d’extrême droite puisse participer au gouvernement et nous n’envisageons pas ce type de scénario catastrophe qui pousserait les investisseurs européens vers les sorties de secours.

Au contraire, l’Europe connaît actuellement une croissance relativement solide, une confiance élevée des consommateurs et un climat positif pour les entreprises.

Le calendrier électoral sera déterminant : Geert Wilders et les autres dirigeants populistes resteront-ils les voix d’une opposition en colère ou réussiront-ils contre toute attente à s’emparer du pouvoir ?

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