Opinions

La Belgique est devenue ingouvernable. Tout semble bloqué. Flamands et francophones se disputent sur la première vétille venue. Même sur la couleur des plaques minéralogiques. Cela ne peut pas continuer comme cela. L’Etat doit être réformé en profondeur.

Notre demande pour une poursuite de la réforme de l’Etat n’a pour nous rien à voir avec une aversion pour la Belgique ou des sentiments nationalistes étroits, mais tout, par contre, avec des soucis pour l’avenir. Aussi bien l’avenir de la Flandre que celui de la Wallonie et de Bruxelles. Si nous voulons sécuriser notre bien-être, les processus de décision doivent être bien plus efficaces. Et cela ne peut se faire que via une autonomie accrue des entités fédérées.

Que proposons-nous ?

1. Davantage de compréhension pour l’identité de l’autre.

Le nord et le sud du pays ont des visions fondamentalement opposées sur un grand nombre d’affaires. Sur la sécurité sociale, la justice, l’asile et l’immigration, la création d’emplois, le rôle de l’autorité publique, les soins de santé en fait, sur à peu près tout !

Reconnaissons cet état de fait, et agissons en conséquence.

De plus, la situation sur le terrain est très différente d’une région à l’autre. Géographiquement, démographiquement et surtout économiquement. Pour ne donner qu’un seul exemple, la Wallonie a un gros problème de chômage des jeunes, alors que la Flandre compte beaucoup plus de chômeurs âgés.

Pour y remédier, une politique spécifique est nécessaire. Il est impossible de guérir deux maladies avec le même médicament.

2. Davantage de compétences régionales.

De ce qui précède, il découle automatiquement que les entités fédérées doivent recevoir plus de compétences. Dans des tas de domaines : le marché de l’emploi, la fiscalité, les soins de santé, la politique étrangère, la justice et la sécurité, les transports, etc. En ce moment, il y a souvent quatre ministres compétents pour un seul sujet, chacun avec ses vues personnelles et des intérêts fédéraux ou régionaux. Il est impossible de gouverner efficacement de cette manière. Les paquets de compétences doivent être homogènes et chaque dossier, être traité par un seul gouvernement.

3. Plus de responsabilités pour les Régions.

Pour le moment règne en Belgique un fédéralisme de consommation : les Régions sont financées par l’Etat. Elles ne portent que très peu de responsabilité fiscale.

Le Trésor fédéral ne peut pas supporter cela. La loi de financement doit être modifiée d’urgence. C’est une occasion rêvée de responsabiliser les entités fédérées. Laissons-les récolter elles-mêmes l’argent qu’elles veulent dépenser. C’est beaucoup plus clair et honnête. Ceux qui gouvernent bien en récolteront les fruits. Ceux qui gouvernent mal payeront pour leurs erreurs. L’électeur pourra en juger tous les cinq ans.

5. Décider ensemble.

Flamands et francophones doivent décider ensemble ce qu’ils veulent continuer à faire ensemble. Le ministre-Président flamand Kris Peeters a lancé l’image de la révolution copernicienne. Un point de départ intéressant pour une nouvelle réforme de l’Etat.

Jusqu’ici, on est toujours parti de l’idée que les pouvoirs émanaient de l’Etat national. Celui-ci peut dès lors déléguer certains pouvoirs aux Régions.

Inversons le processus : tous les pouvoirs émanent des Régions, qui peuvent en déléguer certains à l’Etat fédéral.

6. Davantage de transparence.

La solidarité entre Flandre et Wallonie peut continuer à exister, mais il doit y avoir plus de transparence. Les bons comptes font les bons amis. A quoi sont utilisés les transferts ? Ces dépenses sont-elles nécessaires ? Pouvons-nous y changer quelque chose ? Doivent-elles exister jusqu’à la fin des temps ? Ce sont des questions que nous ne pouvons plus escamoter.

7. Bruxelles.

La Région de Bruxelles-Capitale est un gros problème. Aussi bien financièrement que politiquement qu’au niveau du travail, de la circulation et de la sécurité. L’expérience "Bruxelles troisième région à part entière" est un échec total. Il faut avoir le courage de le constater.

La capitale doit recevoir un nouveau statut particulier. Elle pourrait devenir une sorte de Washington DC, cogérée par la Flandre et la Wallonie.

8. Respect des limites territoriales.

Il faut trouver une solution au problème de l’arrondissement électoral Bruxelles-Hal-Vilvorde qui bloque actuellement tout. C’est assez étonnant, car BHV est en soi un dossier marginal qui pourrait effectivement être résolu avec "cinq minutes de courage politique".

En même temps, c’est un dossier à forte portée symbolique. Les Flamands ne comprennent pas pourquoi les francophones veulent sans cesse grignoter la frontière linguistique. Pourquoi refusez-vous de respecter l’intégrité territoriale de la Flandre ?

Les six communes à facilités autour de Bruxelles sont situées en territoire flamand, point à la ligne. Les francophones y sont toujours les bienvenus, à condition qu’ils acceptent cette donnée légale et respectent les décrets et règlements locaux.

9. Séparatisme ?

Que veulent les Flamands ? Le confédéralisme ou le séparatisme ? C’est une question qui agite les esprits en Wallonie, mais c’est aussi un thème électoral porteur en Flandre.

En fait, nous trouvons qu’il s’agit d’une discussion stérile. Essayons d’abord de réformer en profondeur cet Etat belge. Donnons-lui une chance ! Avec un peu de bonne volonté dans les deux camps, cela doit réussir. Donnons aussi aux nouvelles structures le temps de fonctionner, et regardons au bout d’un certain temps où nous en sommes.

Peut-être que la question de savoir si la Flandre et la Wallonie doivent devenir des Etats indépendants, sera alors devenue superflue.

10. Nous en sortirons-nous ?

Une majorité de la population flamande est arrivée à la conclusion qu’il faut faire quelque chose. On ne peut pas continuer comme cela. Un gouvernement qui tombe sur Bruxelles-Hal-Vilvorde, c’est en réalité un scandale. C’est une décadence, une gifle pour la classe politique régnante.

Des vétilles pareilles ne peuvent pas hypothéquer l’avenir du pays. Il est plus que temps de consacrer tout notre temps et notre énergie aux problèmes réels : le budget, le vieillissement, la santé, la création d’emplois, la sécurité, etc.

Cela ne pourra se faire que si nous résolvons d’abord nos problèmes communautaires. Après le 13 juin, cette occasion va se présenter. La Flandre ne comprendrait pas qu’on ne saisisse pas cette occasion. C’est peut-être la dernière qui nous reste de régler nos problèmes dans le bon ordre. Ce sentiment vit ici. On ne comprend pas l’angoisse qu’ont les francophones d’être abandonnés. Et l’on en a assez que chaque question (de la majorité de la population) soit bloquée par un "non". Notre bien-être est en jeu. La patience est presque épuisée.

C’est pourquoi il ne faut plus que le "non" résonne lorsqu’on demandera une réforme de l’Etat approfondie. Un "oui" améliorera notre situation à tous.