La polémique Dandoy révèle la triste tournure que prend notre époque

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Une opinion de Renaud Homez, juriste et internaute de LaLibre.be.

Alors voici le nouvel objet du scandale : une affiche représentant une femme affublée de jambes interminables qui se baisse nous dévoilant son postérieur saillant. D'autant plus saillant qu'il est tout rouge. Apposé à côté de cette posture peu catholique, un gros biscuit en forme de cœur. L'honorable maison Dandoy, fabricant de spéculoos depuis des générations, aurait-elle poussé le bouchon trop loin ?

Oui, affirment en cœur (tiens encore un !) de nombreux internautes ulcérés par une telle image qu'ils considèrent comme dégradante et avilissante pour la femme. A leur tour, des femmes politiques (et quand même quelques hommes) se sont insurgées contre "la mise en avant de femmes-objets", demandant "plus de respect, plus de dignité". Une ministre bruxelloise a également regretté que la Maison Dandoy soit tombée "dans le piège marketing". Ces plaintes auront eu raison du biscuitier qui a retiré l’image de son site internet.

Cette affaire serait insignifiante si elle ne révélait la triste tournure que prend notre époque. Sortons, si vous le voulez bien, de l'éternel débat relatif à la regrettable instrumentalisation de la femme par la publicité comme seul objet de désir.

Puis-je oser déclarer, sans me voir immédiatement clouer au pilori, que j'ai trouvé la publicité Dandoy réussie ? Que l'esthétique des différentes photos (y compris la photo "litigieuse"), réalisées par l’artiste Thomas Lélu, me paraît tout à fait originale ? Ou déclarant ceci, je me pose de facto dans le camp des immondes "machistes archaïques" (sic) ?

Je ne suis pas un spécialiste de l'art mais je crois savoir qu'il est affaire de goût. Et que cela plaise ou non, une publicité peut aussi revêtir un caractère artistique (Magritte a bien fait de la publicité). Mais l'art est aussi, par essence, provocateur et subversif. Comment sinon reconnaître le génie d'un Warhol ou d'un Dali ? A fortiori, comment nier que la femme - de tout temps - fut érigée en obsession artistique par l'immense majorité des artistes (et pas seulement des hommes) – pour le pire et le meilleur. Comment réagiraient les pourfendeurs de l'affiche Dandoy si "L'origine du monde", le tableau de Gustave Courbet, était exposé pour la première fois ?

Nous vivons dans une époque bien étrange : d'un côté, les gens s'étalent complaisamment sur des réseaux sociaux qui les réduisent à de simples objets commerciaux, adorent des chanteuses et chanteurs à moitié nus dans des clips autrement plus sexistes, dévorent des séries où le sexe et la violence sont légion, des émissions où la vulgarité atteint des sommets ; de l'autre, ils s'offusquent de la moindre image où une femme se trouve dans une posture osée sous prétexte qu’elle sert à vendre des biscuits...

Le retrait de cette image par Dandoy de son site web a tout d’une capitulation : il s’agit d’une autocensure a posteriori sous la pression d’une certaine opinion publique. C’est triste.

Si nous réduisons toute création - quelle qu'elle soit - à des considérations idéologiques ou politiques et si nous sommons les artistes de se justifier en permanence, nous courons le risque de voir un jour l'art s'aseptiser afin de ne froisser personne. Nous pourrons toujours nous consoler avec un biscuit Dandoy.