Opinions Jacqueline Galant

Nous sommes le pays où c’est le plus facile d’entrer, de s’installer et de devenir Belge. On perd un temps fou avec des gens qui ne le méritent pas. Est-on trop laxiste en Belgique avec les politiques d’asile et d’immigration ?

Oui, et particulièrement dans le sud du pays où les partis de gauche – PS et CDH sans même parler d’Ecolo – ont laissé trop faire. Il est donc urgent, désormais, de revoir toute la problématique de l’asile, du regroupement familial, de la nationalité. Nous sommes le pays où c’est le plus facile d’entrer, de s’installer et de devenir Belge. On note d’autre part une forte différence entre le Nord et le Sud quant au traitement des dossiers. Je suis présidente de la commission des naturalisations, à la Chambre, et les choses sont flagrantes. Nous avons procédé à l’audition de plusieurs parquets (Anvers, Gand, Charleroi…). Eh bien, on note de fortes différences dans l’analyse des dossiers et dans les instructions qui sont données. Avant, l’octroi de la naturalisation était vraiment une faveur que l’on accordait à des candidats motivés. Aujourd’hui, après trois ans de présence, la demande peut être introduite et accordée, sans aucune autre condition. Nous proposons, au MR, que l’on passe de 3 à 7 ans, que la connaissance d’une langue nationale soit attestée, de même que la connaissance des valeurs fondamentales de notre société. De plus, on ne devrait pas avoir commis de faits graves pendant 10 ans, ce qui n’est pas le cas actuellement : on traite le dossier d’un violeur qui demande la naturalisation ! On perd un temps fou avec des gens qui ne le méritent pas.

Y a-t-il appel d’air pour les candidats à l’asile et, si oui, comment y mettre fin ?

Avant tout, il faut arrêter cette histoire d’accueil dans les hôtels ou les astreintes de 500 euros par jour. On envoie partout l’image qu’en Belgique, la vie est belle. Nous avons déposé deux propositions à cet égard. D’abord, il faut une liste de “pays sûrs” : les demandes de ressortissants de ces pays ne seraient plus prises en considération, ce qui ferait gagner du temps et de l’argent. Ensuite, il faut empêcher que les nationaux européens puissent demander l’asile. Nous sommes le seul pays où, par exemple, un Allemand peut demander l’asile. En matière de regroupement familial, il faut des conditions de revenus. Et le demandeur devrait prouver 18 mois de travail dans les 3 ans qui précèdent la demande.

On a trop ouvert les vannes. Maintenant, il est difficile de les refermer. Estimez-vous que les expulsions sont suffisantes ?

Non, pas du tout. Il n’y a pas de suivi assez sérieux, quand une personne est déboutée. Pour cela, il faudrait notamment qu’il y ait un seul ministre de l’Asile et de l’Immigration qui soit compétent pour toute la procédure, et pas des ministres multiples qui se renvoient la balle.

Comment expliquez-vous l’attitude des partis du Sud que vous dénoncez ?

C’est électoral, quoique je ne comprends pas certaines choses : les citoyens les plus faibles devraient être choqués de voir qu’ils n’ont qu’un revenu d’intégration sociale alors que les candidats réfugiés ont eux, en plus, un logement dont ils ne paient ni le loyer, ni le chauffage. En fait, en Belgique, tout est prioritaire : la sécurité, l’emploi, l’accueil, etc. Il faut faire des choix si l’on veut s’en sortir.

Frédérique Mawet

Pourquoi ce débat sur l’asile resurgit-il avec autant de force maintenant ?

On se pose effectivement la question. Nous avons identifié quelques éléments de réponse possibles : d’abord, les gens sont à la rue, et les politiques s’affolent parce que cette situation émeut les citoyens. Pourtant, cette affaire d’hôtels et d’astreintes ne date pas d’hier. Enfin, il y a une série de personnes en difficulté qui ont l’impression qu’elles sont elles-mêmes privées de l’argent qui sert pour les migrants. Or, ce n’est pas vrai.

Certains estiment que la politique belge d’asile est trop laxiste. Votre analyse ?

La Belgique respecte les conventions internationales, point. Si on prend les chiffres, il y a des fluctuations au long des années (12 000 candidats en 2008, 17 000 en 2009) mais pas d’explosion colossale. Il y a eu une réforme de l’asile par le gouvernement en 2006. S’il y avait des problèmes de laxisme, on aurait dû réagir à ce moment-là. En fait, les autorités ne sont pas très constructives. Le gouvernement devrait plutôt utiliser les chiffres pour affiner son action. On avait constaté un afflux de Serbes et d’habitants de la Macédoine. Il y a eu une action du ministre Wathelet avec de très bons résultats. C’est comme cela qu’il faut procéder.

Certains parlent d’appel d’air en fonction de ce laxisme. Partager-vous ce constat ?

Il y a effectivement appel d’air : les responsables ne sont pas les migrants, mais bien les politiques. Il y a mauvaise gouvernance. On vit une crise de l’accueil depuis deux ans, pas parce que les demandes d’asile ont explosé, mais parce que la nouvelle loi a changé le système. On a tout misé sur l’aide matérielle (logement) plutôt que sur l’aide financière, comme c’était le cas avec les mesures de répartition dans les CPAS, qui coûtaient par ailleurs moins cher. Or, la procédure qui devait être raccourcie ne l’a pas été, et on assiste à en engorgement. A cet égard, l’accueil en hôtel est une mauvaise solution, même s’il faut rectifier les choses. Ce n’est pas la vie de château : les gens sont entassés parfois à six-sept par chambre, et ils ne reçoivent que 6 euros par jours pour s’alimenter.

La politique d’expulsion est-elle suffisante ?

Il est inutile de se lancer dans une bataille de chiffres. La Belgique a expulsé, expulse et expulsera. Mais ces migrants qui ont été déboutés prennent place dans un drôle de fonctionnement économique. S’ils ne quittent pas le pays et donc s’ils restent en Belgique, c’est parce qu’ils y trouvent du travail. Or, la vraie attractivité, c’est le travail au noir, qui n’est pas plus le fait des migrants que des nationaux. Il faut regarder à ce propos du côté des employeurs qui préfèrent recourir à des travailleurs au noir, parce qu’ils ne sont pas prêts à reconnaître la vraie valeur financière du travail.

Il y a aussi, apparemment un problème du côté des naturalisations, qui seraient devenues beaucoup trop faciles.

Au Cire, nous sommes demandeurs d’une vraie politique d’accueil aux primo-arrivants. Nous sommes favorables à ce qu’on leur donne des outils d’intégration, comme cela se fait en Flandre par exemple. C’est indispensable de bien parler la langue, encore faut-il qu’ils trouvent des cours pour apprendre celle-ci.