Opinions

L'Union européenne se réunit pour décider de sa gouvernance économique. La crise de l’euro, avec à la base la déconfiture grecque et un manque général de discipline budgétaire avant même la crise, a démontré la nécessité d’une coordination des politiques économiques et fiscales nationales. L’euro a toujours été un projet politique devançant l’intégration économique en Europe et rendant ainsi la monnaie unique intrinsèquement vulnérable. Une monnaie stable requiert un réel degré d’harmonisation économique et budgétaire parmi les pays participants.

Pendant trop longtemps, l’Europe a toléré les excès et les différences de performance au sein de la zone euro, permettant ainsi aux pays faibles d’utiliser le pouvoir d’achat des pays forts pour se noyer dans la dette (la Grèce), ou de se gonfler des bulles immobilières (l’Espagne, l’Irlande et le Portugal). La crise financière et économique internationale a brutalement exposé cette crise monétaire européenne sous-jacente. L’heure des comptes est arrivée, sous la forme d’un contrôle européen plus poussé.

Les modalités de la supervision européenne restent à définir. Il semble que l’Allemagne, le partisan incontournable d’un euro plus discipliné, soit prête à accepter des sanctions non automatiques, rendant le mécanisme a priori politique faible. Il n’en demeure pas moins que la direction est claire. L’Allemagne (et ses alliés) et la Banque centrale européenne prônent avant tout un euro stable fondé sur une orthodoxie budgétaire.

La rigueur budgétaire sera donc de rigueur. Dans le contexte économique actuel, ceci se traduit inévitablement par des mesures d’assainissement. Le dénouement politique de la crise de l’euro rendra inévitable la tendance d’austérité déjà présente dans beaucoup de pays européens. Au-delà de l’aspect monétaire, le renversement des politiques déficitaires s’impose en Europe pour trois raisons essentielles.

Premièrement, le niveau moyen des dettes publiques qui était déjà élevé avant la crise ne peut continuer à augmenter, à moins de détruire les leviers de prospérité future. Une dette doit être payée. Un surendettement pèse de façon systématique sur le potentiel d’investissement et de croissance, ceci pendant des années et mêmes des décennies. Deuxièmement, l’Europe fait face au vieillissement de la population qui, pendant les décennies à venir, demandera davantage de ressources publiques pour les pensions et les soins de santé. Ces budgets ne sont pas disponibles et représentent donc des dettes futures additionnelles. L’austérité d’aujourd’hui est nécessaire pour payer la sécurité sociale de demain. Deux tiers des fameux 25 milliards que la Belgique devra trouver avant 2015 sont la conséquence d’un vieillissement mal préparé et sous-financé.

Finalement, le pari des experts est que l’Europe est mieux servie par l’arrêt que par la continuation des politiques de relance économique déficitaires. Plutôt que de créer une demande artificielle par un endettement public supplémentaire, le retour à l’équilibre et l’assainissement devraient aider les entreprises, les marchés financiers et les consommateurs à retrouver confiance. Ce pari ne peut réussir que s’il est accompagné de mesures de réforme qui améliorent le fonctionnement du modèle social et économique européen. Car le véritable fondement de notre crise, qu’elle soit monétaire ou économique, est le manque structurel de potentiel de croissance et de création d’emplois.

C’est là la vraie leçon du nouveau miracle allemand. Il y a dix ans, l’Allemagne était malade : déficits continus, chômage en hausse, croissance et compétitivité à la baisse. Sous le chancelier socialiste Schröder et avec un consensus entre patrons et syndicats, elle a pris des réformes structurelles – notamment dans le marché du travail, la fiscalité et les pensions. Aujourd’hui, l’Allemagne est de nouveau compétitive, profite de l’essor asiatique, connaît une croissance rapide et réduit son chômage. L’Allemagne peut se permettre l’orthodoxie budgétaire alors que celle-ci demande de véritables sacrifices ailleurs en Europe.

Nous ne devons pas tous devenir allemands. Mais il faut se rendre compte qu’il est faux de parler de l’âge de l’austérité. L’essentiel n’est pas simplement de trouver les milliards nécessaires : c’est de les trouver par la voie de réformes. L’essentiel n’est pas de purger la crise, c’est de sortir de la crise en meilleure forme qu’on y est entré. Le monde de demain sera plein d’opportunités. Nous pouvons faire mieux en prenant les décisions qu’on a trop souvent postposées : une gouvernance publique plus effective et efficace, un marché du travail plus performant qui permette à davantage de personnes de travailler et de travailler plus longtemps, un financement durable des pensions, une fiscalité plus transparente et simplifiée, un système de soins de santé meilleur en qualité et en productivité. La pression budgétaire représente ainsi une opportunité. L’austérité fera mal dans l’immédiat, mais l’austérité intelligente fera du bien pour toujours.