Opinions Quelques réponses pleines d’espérance au texte "La mort d’une religion" (1) publié ici.


La réaction de Martin van Breusegem, jeune chrétien

L’Eglise n’est pas une arène politique, mais le peuple de Dieu en marche qui, depuis deux mille ans, vit du Christ mort et ressuscité pour elle et pour tous les hommes. Loin d’être mort, le christianisme est bien en veille ! Plein d’espérance, il scrute la nuit, qu’il tente aussi d’éclairer.

L’Eglise n’est pas qu’humaine

C’est vrai, les religions, dès lors qu’elles constituent des constructions humaines, ne sont pas éternelles. Elles sont historiquement et géographiquement situées. Le christianisme ne fait pas exception. Mais la religion est également porteuse d’éternité.

En effet, elle est d’abord une réponse à un appel : celui de la transcendance, qui retentit dans le cœur de tout homme. Cette soif de sens et d’absolu est universelle et de tout âge. Existe-t-il une société qui n’ait pas développé une forme de religiosité ?

Si elle n’était qu’humaine, l’Eglise disparaîtrait rapidement ou, plus vraisemblablement, elle aurait déjà disparu. Mais elle demeure. Comment peut-on parler de la mort d’une religion quand 150 à 200 millions de chrétiens dans le monde risquent actuellement leur vie, parfois jusqu’au sacrifice, faisant du christianisme la religion la plus persécutée ?

Si les églises se vident en Occident, ne se remplissent-elles pas de chrétiens plus fervents, dont la pratique est un choix et plus, comme ça a pu être le cas auparavant, une obligation ? Il me semble que c’est heureux.

Certes, le nombre d’enfants baptisés diminue. Mais de plus en plus d’adultes demandent le baptême. Sans doute une certaine Eglise se meurt-elle, mais pour renaître purifiée. Constituée d’hommes et de femmes dont la foi est affermie, même si elle n’est pas exempte de doutes, l’Eglise poursuit son pèlerinage sur la terre.

Une communauté de croyants

Avant d’être une institution, l’Eglise est d’abord une communauté de croyants : un ensemble de personnes qui cherchent à s’approcher de Dieu et, de ce fait, des autres, comme les rayons d’une roue de vélo se rejoignent lorsqu’ils en atteignent l’axe. En 1965, le Concile Vatican II exprimait en ces termes la mission de l’Eglise : "Etablir la paix et la communion avec Lui [Dieu] et fonder la fraternité entre les hommes."

Le christianisme se situe au-delà des intérêts partisans et hors de l’échiquier politique. Si l’Eglise défend des valeurs, elle ne cherche pas à mettre en œuvre un programme. Elle ne prétend à aucun pouvoir politique temporel, même si elle s’incarne aussi dans une structure.

Le pape François s’emploie à la démocratiser, comme en témoignent sa réforme en marche de la Curie et l’autonomie de plus en plus importante qu’il souhaite laisser aux conférences épiscopales. Mais considérer l’Eglise comme une organisation non gouvernementale à réformer - personne ne le conteste - est (tristement) réducteur.

Sa hiérarchie est au service d’une communauté de plus d’un milliard de personnes aujourd’hui (Eglise vient du grec ekklesia qui veut dire "assemblée"). L’Eglise, c’est l’ensemble des personnes qui sont interpellées par le message de Jésus Christ et qui sont en recherche de plus de justice, plus de paix, plus d’intériorité.

En outre, l’Eglise rassemble, et elle le fait largement. Quelle vitalité ! De nombreuses sensibilités, tendances et opinions sont représentées en son sein. Le Christ fédérait déjà autour de lui, des prostituées aux riches, en passant par les malades. A sa suite, l’Eglise a un témoignage à rendre à l’unité, qui n’est pas synonyme de pensée unique. Au contraire, elle suppose l’hétérogénéité de ses membres, tant sur le plan social que culturel, politique et même philosophique.

Pétrie de doutes, pleine d’espérance

Le dernier paragraphe du texte de Jacques Meurice s’intitule "Aucun doute". Si l’auteur est sûr de lui, il n’en est rien de l’Eglise et de ses membres que la foi anime autant que le doute taraude.

Cette opinion témoigne d’un profond désenchantement. A son discours, peut être opposée l’espérance dont le christianisme est porteur, pour lui-même, et bien plus encore, pour tous les hommes. Alors que les chrétiens viennent d’entrer dans le temps du Carême, ils voient déjà poindre à l’horizon de ces quarante jours, la lumière de la résurrection du Christ, leur Espérance.

(1) "La mort d’une religion", Jacques Meurice, LLB 20/2/2018.


La réaction d'Elizabeth de Merode, fervente catholique

Je ne crois pas une seconde à la déchéance de l’Eglise. Son message est intemporel.

J’ai été très touchée par le texte “La Mort d’une religion”. Je me suis honnêtement demandé si l’Eglise se mourait et si la “démocratisation de l’Eglise” était quelque chose qu’il fallait envisager pour la sauver… Si un sauvetage est même possible. Et en fait, en dormant dessus, je me suis rendu compte que non, parce que le message de l’Eglise est absolument intemporel.

Je ne crois pas une seconde à sa déchéance. Peut-être la basilique Saint-Pierre sera détruite et les cathédrales transformées en discothèques… Mais des milliers de personnes meurent en ce moment pour la foi catholique partout dans le monde (même en France un prêtre a été égorgé pour sa foi, pendant la messe, il y a deux ans). Jésus est une actualité pour laquelle des gens sont prêts à donner jusqu’à leur vie.

Doit-on donc penser qu’ils la donnent pour une jolie morale de vie ? Une philosophie parmi d’autres ? Non. C’est l’Amour, et si la petite Belgique ne considère plus cet amour qui a tant de prix, elle n’est qu’une toute petite partie de L’Eglise de Jésus dont tous les hommes du monde entier sont le corps.

Mon Père (1), je termine en vous remerciant pour votre texte qui m’a vraiment déboussolée mais permis de me recentrer sur l’essentiel de ce qui fait mon espérance et ma joie dans la vie.

(1) Jacques Meurice, l’auteur de “La Mort d’une religion”, est prêtre-ouvrier en retraite.


Bouquin

Pas ringard, le message de l’Evangile

L’Eglise a-t-elle le droit d’intervenir dans les débats politiques ? Le débat a été relancé autour du projet de loi sur les visites domiciliaires. La réponse est évidemment positive car les clercs et autres agents pastoraux sont aussi des citoyens. Le P. Charles Delhez, sj, qui se double d’un sociologue, dépiaute les faits et gestes de ses contemporains dans des opinions et des billets qui interpellent ceux qui y croient mais aussi les agnostiques et les athées, montrant que l’Eglise a tout à fait sa place dans nos sociétés déboussolées.

"Trop envie de le dire", Charles Delhez. Préface de Jacques Franck (Ed. Fidélité). Extrait d’un article paru dans notre supplément "Lire" du 19/2/2017.


Quelques courriers

Michel Schmitz - Seule la culture s’efface

Un peu court, l’annonce de la disparition de la religion catholique alignée comme un système de croyances parmi les autres historiquement plus anciennes ! A la suite de cette affirmation un peu rude, on peut faire remarquer que l’analyse ne fait pas assez de différences entre la vastitude d’une culture catholique qui est une résultante d’ajouts historiques et les fondements premiers des dimensions spirituelles qui ont fondé le christianisme.
Le christianisme est d’abord un événement, et non pas une formulation tâtonnante de croyances. Si la culture catholique peut s’effacer, il n’en est pas de même pour les effets des empreintes que le Christ génère. Magnifiée dans sa juste grandeur, la spiritualité chrétienne ne peut donc disparaître.

JP Cartuyvels - Une image blessante

Libre à Jacques Meurice d’exprimer son opinion sur l’avenir du christianisme, encore que cette opinion soit bien discutable et étonnante dans un journal comme “La Libre”. Mais ce qui m’a choqué profondément c’est le dessin qui l’accompagne. Représenter un Christ descendu de sa croix et s’enfuyant est offensant pour les lecteurs de votre journal dont beaucoup sont chrétiens, sinon pratiquants. Cette image du Christ ridiculisé est blessante.

Simon de Crombrugghe - Trouver sa voie

Qu’apporte de constructif l’opinion de Jacques Meurice au-delà d’un constat comme il y en a déjà des centaines d’autres ?
Dans la même édition, le supplément “Lire” évoque le “Trop envie de le dire” que Charles Delhez vient de publier (NdlR: lire encadré). L’espérance reprend des couleurs lorsque l’auteur fait précisément sien le regard positif du pape François vis-à-vis de la diversité des initiatives qui traversent l’Eglise d’aujourd’hui. “A chaque croyant de trouver sa voie” comme se demande Jacques Meurice ? Oui, mais pas avec un point d’interrogation : avec un point d’exclamation !

Florence Verbrûgghen - L’aube d’une redécouverte

Il y aura toujours des hommes et des femmes non seulement pour penser que le christianisme est autre chose qu’une religion. Devenir chrétien concerne la vie dans son intégralité. Nous avons tous reçu en naissant une vie biologique qui prendra fin un jour pour chacun. Et pourtant, à l’heure de la mort, nous espérons que tout n’est pas fini.
Notre époque moderne a mis en évidence notre individualité. En ces temps de crise profonde, tant à l’échelle familiale que planétaire, ne sommes-nous pas à l’aube d’une redécouverte du mystère profond de l’Eglise ?