Opinions
Une chronique de Gisèle Verdruye, professeure de français depuis vingt ans dans l'enseignement général du réseau libre. 


Le retour du congé de Noël est plus crucial que le début de l’année scolaire. Au boulot, il y a un monde à refaire!


Il n’y a pas eu de Noël blanc, mais on a quand même eu droit à "Sissi". Les traditions sont respectées et il est grand temps de remettre les mains dans le cambouis !

La rentrée de janvier a ceci de particulier qu’elle est quasiment plus cruciale que celle de septembre. En effet, en janvier, plus de surprise : les profs et les élèves se connaissent. La moitié du parcours de l’année est derrière et les évaluations de décembre ont permis de mettre en avant les forces et faiblesses sur lesquelles il faudra travailler. Il n’y a plus non plus de nouvelles fournitures pour détourner l’attention : certains crayons portent de jolies marques de dents, les blocs de feuilles ont les angles cornés (quand ils n’ont pas été démembrés et transformés en accordéon au fond d’un sac), les chaussures de sport marinent délicatement avec le t-shirt roulé en boule (lessive urgente du dimanche soir, ça !) et les manuels roupillent, au mieux, dans les sacs avec les blocs de feuilles cornés ou, envisageable aussi, grelottent dans les casiers bien enfermés à l’école ! L’enthousiasme des premiers jours d’école où tout est neuf et à découvrir est donc bien loin.

Du côté des profs, on peut s’amuser à peindre un tableau assez similaire avec, là aussi, des teintes un peu passées. Les pôles de bavardages ont été repérés et on sait parfaitement à quel moment il faudra intervenir pour "briser" une conversation dès l’entrée en classe : "Véronique et Cathy ! Je vous ai dit que je ne voulais plus vous voir l’une à côté de l’autre !" (à répéter face aux regards incrédules des concernées qui n’en reviennent pas de subir une telle injustice frôlant le harcèlement moral, et qui vont tenter des rapprochements diagonaux afin d’avoir quand même cette extraordinaire conversation qui ne peut pas attendre l’heure de la récréation !)

Les rituels de contournements d’obstacles sont aussi connus, maintenant, et il faut les court-circuiter rapidement pour éviter de perdre l’élève : "Dimitri, c’est quand tu veux pour prendre note de ce qui est écrit au tableau ! - Oui mais, je n’ai plus d’encre dans mon stylo ! - Pas grave, prends un bic ou un crayon ! - Oui mais, je n’ai pas de feuille de bloc ! - Tant mieux, la résolution du problème doit être copiée dans l’encadré de ton manuel ! - Oui mais, je ne veux pas salir mon livre pour pouvoir le revendre en fin d’année ! - C’est tout à ton honneur, mais là tu as un choix à faire, recopier tout de suite cet exercice ou rester mercredi après-midi pour l’achever lui et tous ceux que tu n’auras pas eu le temps de faire à cause de tes simagrées !" Regard outré du malheureux crucifié sur l’autel de la rentabilité alors qu’il voulait juste être particulièrement soigneux avec son matériel (sûrement une bonne résolution de l’année, ça !)

Mais la rentrée de la salle des profs est elle aussi une phase cruciale de la reprise du travail. On connaît beaucoup mieux maintenant les nouvelles têtes qui sont arrivées en septembre. On sait à quoi on peut s’attendre en bien et en plus usant. Les nouveaux aussi, d’ailleurs, doivent se dire qu’ils vont reprendre, avec plus ou moins de bonheur, la cohabitation avec l’un ou l’autre spécimen endémique repéré au cours du trimestre précédent.

Certains auront-ils changé ? Décidé de faire ce qu’ils ne faisaient pas avant ? Celui qui s’est versé la dernière goutte de café va-t-il relancer la préparation d’un nouveau thermos pour ses gentils collègues qui ne fourchent pas à cette heure-là ? Celui qui dépose son sac derrière la porte va-t-il, enfin, comprendre que le déposer un mètre plus loin ne le tuera pas et évitera d’un jour tuer un collègue ? Celui qui laisse son trousseau de clés aux toilettes (?!) va-t-il réaliser qu’un sac est plus approprié pour un tel dépôt que l’appui de fenêtre des commodités (surtout s’il se met à lancer des appels désespérés et bruyants pour retrouver son bien) ?

Non, vraiment, la rentrée de janvier est celle de tous les dangers, de toutes les lassitudes, mais aussi de tous les espoirs d’évolutions et de transformations ! Il y a un monde à refaire ! Au boulot !