Opinions
Une opinion de Maxime Taminiau, étudiant en droit. 

Les démocrates doivent rester plus vigilants que jamais face à la tentation que représentent les sirènes de la recherche de l’homme providentiel.

Au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle française, saluée de toutes parts comme une preuve de résistance face à la montée de l’extrême droite observée partout en Europe, il est intéressant de s’interroger sur le rapport qu’entretient le futur président de la République française avec la démocratie.

Qualifié de "séducteur" par certains, le talent du candidat n’a, en effet, pas tant résidé dans sa faculté à réunir des deux côtés du spectre politique qu’à faire disparaître les ombres au tableau presque idyllique qu’il dressait de sa personne et de son programme. L’une de ses ombres était donc sa relation très floue au processus démocratique.

Les mesures problématiques

Ainsi, premièrement, le président élu a, à plusieurs reprises, affirmé qu’il procéderait, pendant l’été, à une réforme du droit du travail par voie d’ordonnances. Ce processus permet au gouvernement de prendre des actes réglementaires pour légiférer dans un certain nombre de domaines, y compris ceux touchant à l’essence du pouvoir législatif. Nul besoin d’expliquer quelles difficultés de telles mesures posent eu égard au principe de la séparation des pouvoirs.

Ensuite, son programme comporte également un certain nombre de mesures incitant le parlement à réduire le temps accordé à chaque projet de loi. Si, sur papier, la mesure semble louable, justifiée par la nécessité de répondre rapidement aux dossiers les plus urgents, elle l’est beaucoup moins en pratique. En effet, si on peut regretter qu’un formalisme aveugle puisse ralentir les travaux des représentants du peuple, il faut toutefois garder à l’esprit que la qualité du débat démocratique ne souffre pas de compromis, et qu’il est parfois nécessaire de se pencher longuement sur les sujets le demandant afin d’aboutir à la solution la plus proche possible de celle qui rencontrera l’intérêt général.

M. Macron s’attaque donc aux problèmes que rencontrent nos démocraties en général, et la France en particulier dans ce cas, par des mesures qu’on peut qualifier d’autoritaires compte tenu des standards que se doit de respecter tout Etat moderne. La solution proposée, loin de répondre adéquatement aux défis qui se dressent face à l’Etat de droit, ne fait que le faire reculer, le rendant plus vulnérable face à des ennemis qui sont loin d’être vaincus.

Le traitement de son image

Un autre point qui illustre bien les tentations antidémocratiques du leader d’"En Marche !" tient au traitement de l’image de celui-ci. Au-delà de l’utilisation de ses initiales, "EM", pour la création du nom de son mouvement, sa campagne a donné lieu, çà et là, à un culte de la personnalité assez poussé même pour un candidat à l’élection présidentielle.

C’est ainsi qu’on a pu voir, notamment lors de sa visite à l’usine Whirlpool d’Amiens, les journalistes être interdits de suivre le candidat et se trouver obligés d’utiliser les images fournies par son équipe de campagne. Les exemples se multiplient : sa longue marche en solitaire jusqu’à l’estrade où il devait prendre la parole sur l’esplanade du Louvre, après sa victoire ce dimanche soir, en est un autre.

Si on ne s’étonnera pas de ces manœuvres dans une société où l’image est, parfois, devenue plus importante que le message (combien de fois n’aura-t-on pas entendu "votez Macron, il est jeune, il est beau" ?), celles-ci nous font toutefois dresser le constat alarmant du manque d’indépendance des médias à l’égard du politique. Ce lundi soir, encore, une chaîne de télévision française bien connue proposait à ses auditeurs un documentaire retraçant "la résistible ascension d’Emmanuel Macron", en en dressant un portrait qui n’était pas toujours tout en nuances… que le candidat semblait pourtant mettre au cœur de son projet politique, "ni de gauche ni de droite".

Ces diverses considérations ne font pas d’Emmanuel Macron un dictateur en puissance, mais devraient inciter tous les démocrates à rester plus vigilants que jamais face à la tentation que représentent les sirènes de la recherche de l’homme providentiel, prêt à sortir la Nation du marasme dans lequel sont plongées les démocraties occidentales.