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Il allait se retirer à 51 ans, au faîte de sa gloire. Voilà le Premier ministre espagnol contraint d'aller voter sous les colibets. L'Espagne était traumatisée par les attentats ayant causé la mort de deux cents personnes, jeudi à Madrid. Elle s'est retrouvée divisée et inquiète après la confirmation de la piste islamiste. Et contrairement à ce que prédisaient les sondages, elle a basculé à gauche. Ce vote, marqué par une participation importante, s'apparente à une sanction.

Oui, le gouvernement Aznar a commis une faute grave. Une heure à peine après l'odieuse attaque, son ministre de l'Intérieur, Miguel Angel Acebes, affirmait qu'il n'y avait «aucun doute»: l'ETA était à l'origine de ce massacre. En dépit de la découverte d'éléments contradictoires, il a persisté dans cette ligne. Vendredi, Ana Palacio, ministre des Affaires étrangères, demandait aux ambassadeurs d'accréditer cette thèse. Politiquement, elle était plus avantageuse pour le Parti populaire. Faut-il y voir une volonté délibérée? C'est impossible à démontrer. Toujours est-il que la certitude du gouvernement Aznar a été prise en défaut. Cinq arrestations, une revendication d'al Qaeda...: ce que l'on craignait se vérifie. Voilà l'Europe touchée à son tour par le spectre du 11 septembre.

En Espagne, cette révélation a fait renaître les clivages de la guerre contre l'Irak, quand des millions de citoyens sont descendus dans la rue pour dénoncer le soutien apporté à l'administration Bush. Le Parti socialiste en a profité. Le nouveau chef de gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, entend reconstituer l'unité nationale. L'homme est responsable, mais ce ne sera pas aisé. Le débat sur la participation militaire espagnole en Irak va renaître. «Z» devra composer avec les partis autonomistes. La question basque sera brûlante. Le défi est énorme.

En Europe, l'onde de choc est annoncée: le spectre d'al Qeda va réveiller la terreur terroriste et semer une nouvelle incertitude sur la reprise économique. Le «11-M» place un pays, un continent, face à leurs responsabilités. Après les larmes et la douleur, voici venu le temps de la réponse. Dans un contexte nouveau et incertain.

© La Libre Belgique 2004