Opinions

Une opinion de Karl-Heinz Lambertz, sénateur de la Communauté germanophone de Belgique, pour le Comité européen des régions (1).


Le rapport le plus récent du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (Giec) fait froid dans le dos: nous devons redoubler d'efforts si nous voulons éviter les conséquences catastrophiques du changement climatique. Si nous conservons notre trajectoire actuelle, les températures mondiales augmenteront de 3 °C d'ici 2100, ce qui nuira à notre biodiversité et provoquera des conditions météorologiques difficiles touchant des millions de personnes à travers le monde. La réalité, c'est que nous sommes bien loin d'atteindre l'objectif de l'accord de Paris visant à maintenir le réchauffement planétaire en dessous de 2 °C.


La COP 24 à Katowice doit nous permettre d'accélérer nos efforts en consolidant, premièrement, nos engagements, grâce à la création d'un corpus réglementaire solide et au financement de la lutte contre le changement climatique et, deuxièmement, nos partenariats, afin que nous puissions créer une gouvernance mondiale plus inclusive, qui associe tous les niveaux de gouvernement, la société civile et les entreprises.

À l'heure où les intérêts nationaux l'emportent sur les obligations internationales, nous avons besoin de plus d'ambition. L'Union européenne s'est engagée à réduire d'ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre de 80 % par rapport aux niveaux de 1990 et a récemment proposé une stratégie à long terme pour devenir neutre en carbone d'ici 2050, ce que notre Comité – l'assemblée de l'UE des 350 collectivités locales et régionales – réclame depuis 2015. Il s'agit de l'objectif requis, selon le rapport du Giec, pour maintenir le réchauffement des températures en dessous de 1,5 °C.

Des bénéfices économiques pour les entreprises

Les dirigeants locaux et régionaux partagent l'avis qu'écologiser nos économies, dépolluer notre air, rendre nos logements efficaces sur le plan énergétique et garantir un approvisionnement durable de denrées alimentaires saines est non seulement judicieux pour l'environnement, mais aussi pour les entreprises. Le récent rapport sur la nouvelle économie du climat estime que des actions audacieuses de lutte contre le changement climatique pourraient générer au moins 26 000 milliards d'USD de bénéfices économiques à l'échelle mondiale d'ici 2030.

99% de la population

Les villes et les régions se retroussent les manches depuis longtemps: nous célébrons cette année le dixième anniversaire de la Convention des maires de l'UE, une initiative dans le cadre de laquelle les collectivités locales et régionales acceptent volontairement de dépasser les objectifs climatiques et énergétiques de l'Union. Aujourd'hui, plus de 7 500 villes, petites ou grandes, ont rejoint ce mouvement ascendant qui s'étend désormais à l'échelle planétaire.

407 municipalités belges ont déjà signé la Convention, ce qui représente 99% de la population. De ce fait, la Belgique a le troisième plus grand nombre de soutiens pour la Convention parmi tous les pays de l'UE, juste derrière l'Italie et l'Espagne. Au niveau infranational, l'innovation et l'ambition continuent de faire avancer le programme mondial pour le climat.

Cependant, si le rôle des collectivités locales et régionales a été reconnu à Paris, nous n'avons pas réalisé de progrès suffisants dans la création d'un système mondial de gouvernance climatique véritablement inclusif. La présidence fidjienne de la COP tenue l'année passée a ouvert des portes pour permettre aux collectivités locales et régionales, à la société civile et aux entreprises de faire entendre leur voix dans le cadre du processus des Nations unies en faveur du climat. Ce dialogue Talanoa doit être non seulement poursuivi, mais aussi renforcé, car il a démontré qu'en favorisant l'inclusion, nous pouvons accroître nos ambitions. Ce processus est indispensable pour que la COP 24 soit une réussite.

Essentiel

Nous avons besoin d'un corpus réglementaire honnête, réaliste et transparent en matière de climat, en vue de surveiller les émissions de gaz à effet de serre, de rendre compte des efforts déployés dans la lutte contre le changement climatique et de consigner le montant des ressources que les pays industrialisés fourniront aux pays les plus pauvres afin de les aider à réduire leurs émissions et à s'adapter à des températures mondiales plus chaudes. Cette démarche est essentielle, et nous devons encourager toutes les villes et régions du monde à contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable, en participant activement à la plateforme des Nations unies pour les villes pionnières dans la réalisation des ODD (SDG Cities Leadership Platform) et à d'autres initiatives similaires.

Il est donc grand temps d'établir des "contributions déterminées aux niveaux local et régional" en complément des "contributions définies au niveau national", afin de montrer qu'il nous incombe à tous d'agir en faveur du climat et d'entretenir la motivation à l'échelon local et régional. Nous nous rapprocherons ainsi de l'objectif visant à combler l'écart entre les engagements actuels des parties et les niveaux de réduction des émissions de CO2 nécessaires pour inverser le cours du réchauffement planétaire.

Soutenir les régions vulnérables

Évaluer les contributions de chacun signifie aussi venir en aide aux régions et aux villes qui sont à la traîne. Les pays industrialisés doivent respecter leurs engagements financiers en vue de soutenir les pays et régions les plus vulnérables et ceux en développement.

En Europe, de nombreuses régions dépendent depuis longtemps du charbon et ont besoin d'aide pour effectuer la transition vers une économie à faible intensité de carbone. La Commission européenne estime que l'extraction du charbon fournit 185 000 emplois directs dans 12 États membres de l'UE, mais affirme qu'il sera possible de créer 900 000 emplois d'ici la fin de la prochaine décennie dans des domaines tels que les énergies renouvelables.

La transition vers une économie sobre en carbone nécessite une planification minutieuse, un soutien technique et des investissements régionaux pour assurer la protection des économies régionales. En Europe, nous devons renforcer la cocréation de la politique environnementale de l'UE, qui est un domaine de compétence des collectivités locales et régionales. Il convient d'intensifier les investissements régionaux de l'UE – ce que l'on appelle la politique de cohésion – et non de les affaiblir, afin que les régions et les villes puissent atténuer le changement climatique, s'y adapter et rendre leurs économies résilientes face à ce phénomène.

Les négociations de cette année à Katowice sont cruciales pour jeter les bases d'un corpus réglementaire solide en vue d'éviter que les hausses de température ne dépassent 1,5 °C. Le slogan de la présidence polonaise pour la COP 24 est "Changing together" (Tous unis pour le changement): avec suffisamment de courage politique et un effort considérable de notre part à tous, nous pouvons y parvenir. Cela implique de transformer notre gouvernance climatique mondiale de manière à permettre officiellement aux collectivités locales et régionales de siéger à la table des négociations, afin de combler le fossé entre les engagements pris et les réalisations concrètes en matière de lutte contre le changement climatique.

Les collectivités locales et régionales font preuve d'ambition dans la concrétisation de l'action sur le climat. Le temps presse, le monde nous regarde et nous devons en faire plus, plus vite, tous ensemble.


(1): Le Comité européen des régions est l'assemblée des représentants des pouvoirs locaux et régionaux des 28 États membres de l'Union européenne. Créé en 1994 à la suite de la signature du traité de Maastricht, il a pour mission d’associer les collectivités régionales et locales au processus décisionnel de l’UE et de les informer de ses politiques. Le Parlement européen, le Conseil et la Commission européenne le consultent à propos des politiques intéressant les régions et les villes. Pour siéger au Comité des régions, ses 350 membres et leurs 350 suppléants doivent tous être, dans leur région ou commune d’origine, soit titulaires d'un mandat électoral, soit politiquement responsables devant une assemblée élue.