Opinions

Docteur en sciences, enseignante

Belgo-Colombienne, vivant en Belgique depuis ma jeunesse, je suis habituée à lire et entendre les informations européennes et colombiennes à propos de la situation politique de la Colombie et la problématique des otages aux mains des Farc (Fuerzas armadas revolucionarias colombianas). La libération de deux otages colombiens (Clara Rojas et Consuelo Gonzales) est présentée comme un triomphe pour le Président Hugo Chavez du Venezuela (Voir, notamment, la Une de la LLB de ce 11 janvier 2008). Mes amis m'expriment leur sympathie pour Ingrid Betancourt et sa famille et leur espoir de sa prompte libération. Même si l'impact d'Ingrid Betancourt en France et en Belgique dépasse de loin son importance politique aux yeux des Colombiens, elle a permis de montrer à l'extérieur de la Colombie l'image cachée et terroriste des Farc. Il y a l'avant et l'après Ingrid depuis sa séquestration le 23 février 2002.

En plus de la demande de sa libération, sa famille se fait porteuse de la voix de la Colombie pour passer un message qui va au-delà de ce que pensent en majorité les 40 millions de Colombiens en étant excessivement critique à l'égard de l'action du président actuel. En effet, le Président colombien Alvaro Uribe a adopté jusqu'à présent une attitude très majoritairement approuvée dans le pays face au mouvement terroriste. S'il reste sur une ligne ferme, c'est parce que les conditions de négociation avec les Farc sont quasi impossibles. Ce groupe a troqué son idéologie politique initiée il y a 44 ans pour devenir un groupe d'assassins et de narcotrafiquants qui vivent aujourd'hui du chantage de vies humaines (adultes et enfants) et du commerce de la drogue.

Par rapport aux nombreuses critiques sur le gouvernement actuel de la Colombie, que le premier politicien blanc comme neige et libre de toute sorte d'influence et de corruption jette la première pierre. C'est très facile de juger et de critiquer une politique colombienne uribiste quand on n'est pas Colombien, qu'on ne parle pas l'espagnol, et qu'on n'a jamais mis les pieds en Colombie. Les négociations avec les Farc sont décrites à l'extérieur de la Colombie de façon trop partisane.

Actuellement, la Colombie bénéficie d'un gouvernement qui mise sur la transparence, qui travaille, qui essaie de mettre de l'ordre et de régler un problème vieux comme Mathusalem sur lequel d'autres présidents avant lui se sont cassé les dents. Citons les 3 derniers présidents : Ernesto Samper, César Gaviria et Andres Pastrana. Qu'ont-ils obtenu de plus que le gouvernement actuel devant la menace des Farc ?

Quelques points méritent d'être soulignés :

- Le peuple colombien, dans sa grande majorité, croit et appuie la politique du gouvernement Uribe : il a été réélu deux fois - un événement exceptionnel dans ce pays;

- Il convient de se documenter aussi à partir des articles des principaux journaux colombiens et de leurs éditoriaux avant de se prononcer dans des critiques seulement basées sur certains médias français et belges en plus des commentaires de la famille Betancourt;

- La famille Bétancourt - aussi éprouvée soit-elle - ne représente pas la majorité du peuple colombien. En Colombie, Ingrid est une otage parmi les 700 autres retenus par les Farc. C'est consciente du danger qu'elle est allée à la rencontre de la guérilla contre l'avis et les avertissements du précédent gouvernement de Monsieur Pastrana. Le résultat est connu. Faut-il rendre le gouvernement actuel coupable du fait qu'elle n'est pas encore libérée ? Et les autres otages ? Certains ont 12 ans de séquestration, il y a de nombreux enfants... rappelés par cette histoire émouvante de Clara Rojas et de son fils Emmanuel qui vient de connaître aujourd'hui le 10 janvier 2008 une fin heureuse;

- Les Colombiens ne sont pas fiers de ce qui se passe chez eux; la majorité du peuple encourage son président et comprend ce qu'il peut ou non tolérer. C'est un homme digne de respect qui lutte pour finir avec la violence atroce en Colombie. Il a vécu dans sa propre chair puisque son père a été tué par la guérilla;

- Les Farc ne doivent pas bénéficier de l'aide internationale pour continuer leur oeuvre de destruction. Leur politique de libération de leurs prisonniers contre rançon et leur commerce de la cocaïne qu'ils cultivent suffisent amplement pour acheter des armes et exercer la terreur en Colombie, y compris auprès des paysans;

- M. Uribe ne cède pas au chantage de vouloir échanger des otages contre plus de terres pour cultiver la drogue et pour faciliter la sortie de la production de celle-ci vers l'étranger : quel président démocrate pourrait accepter pareille revendication ?

- Il veut la libération des otages, en finir avec ce cauchemar de la Colombie, mais dans des conditions acceptables pour la population colombienne. C'est pour cela qu'il a accepté la collaboration du Présidente Hugo Chavez du Venezuela. L'objectif du gouvernement colombien, c'est la libération de tous les otages et la garantie de la paix civile;

- La libération de Clara Rojas et de Consuelo Gonzales n'est pas un triomphe seulement pour le Président Hugo Chavez, mais aussi pour le Président Uribe, qui a su oeuvrer en coulisse pour rendre cette opération de sauvetage possible.

S'il m'arrive de m'exprimer sur la situation politique belge, c'est parce que je lis les journaux belges et que j'écoute ce que les autres Belges pensent. Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas de certains journalistes francophones qui analysent la politique colombienne.