Opinions
Une opinion de Assita Kanko, écrivain et conseillère communale MR à Ixelles.

Quand ma petite sœur nous a rendu visite pour la première fois à Bruxelles elle n’avait pas dix ans mais faisait une remarque pertinente avec ses grands yeux d’enfant. "Si peu de monde dans un appartement si grand", s’étonnait-elle en permanence, partout où nous allions.

Pour elle, tout était gigantesque et la quantité d’espace par personne impressionnante. Et c’est vrai que j’avais oublié. Il y a tant de choses que nous ne voyons plus. J’avais oublié que chez nous tout était petit et que les espaces étaient surtout partagés.

Nous étions huit dans notre maison et partagions peu de place avec notre nombreuse fratrie (y compris les cousins inconnus et tous ceux qui sont de passage). La famille au sens africain du terme. Le confort d’un espace individuel est tellement savoureux qu’il est vrai que, je l’avoue, je ne voudrais plus changer cela. Du privacy comme on dirait : un luxe pour tant de monde mais du gâchis quand c’est poussé collectivement à l’extrême.

Nous aimons l’espace et une place à nous mais faut-il pousser ce confort jusqu’à une situation qui devient inconfortable pour les autres ? Comment concilier cette voracité avec le reste ? Comment protéger l’environnement tout en garantissant un nombre de logements suffisant ? Comment concilier l’utilisation optimale de l’espace et la protection de l’environnement ? A-t-on seulement conscience de l’impact de nos styles de vie ? Et quand c’est le cas, sommes-nous capables de changer ?

Le fait est que lorsqu’on chauffe inutilement une maison dans un village wallon, ce n’est pas seulement notre portefeuille qui souffre mais aussi la planète et le quotidien ou même l’avenir d’une famille dans une partie du monde. Imaginez une mère dans le Sahel en Afrique qui se bat pour nourrir ses enfants contre un désert qui avance.

Les paysans qui regardent le ciel et disent "aujourd’hui aussi il ne va pas pleuvoir". Vus. Cette réalité devient de plus en plus dure et de nombreuses personnes seront chassées de leur chez soi par la misère imposée par le réchauffement climatique.

Bien sûr ce n’est pas l’économie de l’espace et de l’énergie dans notre petit pays et la protection du peu d’espaces verts qui nous restent qui sauveront la planète, c’est une action plus concrète au niveau global qu’il faudrait. Mais les résultats nécessaires au niveau global dépendent aussi de chacun d’entre nous, des petites choses du quotidien que nous faisons ou ne faisons pas. D’une prise de conscience et d’une série de choix cohérents.

La difficulté aujourd’hui consiste à nous réconcilier avec nos responsabilités individuelles et collectives et à retrouver du lien social. Elle consiste à être moins individualiste dans l’occupation de l’espace et dans notre relation avec l’environnement; à vivre peut-être davantage dans un esprit de partage. Même si des améliorations sont parfois nécessaires sur le plan éthique, l’économie collaborative permet en partie d’avancer de cette manière. Mais serons-nous capables de renoncer à l’isolement que nous avons appris à prendre pour du luxe ?

Ce serait une révolution au niveau de la structure sociétale si nous pouvions changer et partager. Combien parmi nous connaissent leurs voisins aujourd’hui ?

En attendant que nos choix peu à peu prennent certaines nécessités de notre époque en compte, les régions ont commencé à imposer des règles que je salue. En effet après la Flandre, c’est la Région wallonne qui, afin de ralentir l’urbanisation effrénée dans nos campagnes, ne permettra plus de construire sur de nouveaux espaces libres dès 2050.

Sur le plan sociétal, nous aurons besoin d’une transformation dans notre manière de vivre pour relever ce défi ensemble. Remplir nos obligations envers la planète et savoir comment fournir du logement à toutes celles et ceux qui attendent ou qui grandissent en ce moment. La pression démographique est là, le réchauffement climatique aussi. Notre sens des responsabilités en tant que citoyens sera-t-il au rendez-vous ?