Opinions Entretien avec Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur.

Dans l’affaire DSK, où placez-vous le curseur entre vie publique et vie privée ?

Quand il y a un fait divers, on entre par nécessité dans la vie privée des gens. Or, l’affaire DSK, dans ses derniers rebondissements est un fait divers parce que cela met notamment en cause des policiers. C’est donc une affaire publique, qui n’a pas été sortie par la presse, mais à la suite d’une enquête policière et judiciaire. La situation est très différente selon qu’il y a une affaire, ou pas. Or le dossier DSK est une affaire. Avec trois volets : les événements de New York, les accusations de Tristane Banon, et maintenant l’affaire du Carlton de Lille. Donc l’argument de la vie privée ne tient pas.

DSK a déposé plainte justement pour atteinte à la vie privée, contre “Le Figaro”, qui avait publié un article sur le possible divorce entre Strauss Khan et son épouse Anne Sinclair. Qu’en pensez-vous ?

Cela n’a rien à voir avec les affaires dont je parlais. Les choses sont différentes car si vous allez fouiller dans la vie de DSK en dehors de l’affaire du Carlton, là, vous dépassez la ligne rouge.

Dans l’histoire des médias français, y aura-t-il un “avant” et un “après” Strauss Khan ?

C’est surtout dans la mentalité collective, dans le comportement à l’égard des femmes. La question du harcèlement sexuel est plus sensible qu’elle ne l’était auparavant. Les gens se disent que ce qu’on couvrait auparavant par une sorte de bienveillance gauloise pose un problème de dignité et d’égalité hommes-femmes. Là, il y aura un changement. Auparavant, c’était mis sur le compte de la séduction. Maintenant - on l’a vu pour le ministre Tron - on est plus sévère qu’on ne l’aurait été avant.

N’y a-t-il pas désormais un acharnement sur DSK ?

Je ne crois pas. L’affaire du Carlton montre un pan nouveau de sa personnalité. Parce que cela complète le tableau. L’acharnement, c’est quand on ressasse les mêmes histoires. Il faut bien comprendre que dans l’esprit des gens de gauche, si DSK n’avait pas eu l’histoire de New York, il aurait sans doute été le candidat du PS à l’élection présidentielle. Et l’affaire du Carlton serait sortie maintenant, ce qui aurait eu un effet désastreux pour la gauche.

Les médias français ignoraient-ils absolument tout de ce qui vient d’être révélé ou bien se taisaient-ils ?

On avait des bribes, mais encore une fois, on n’enquête sur la vie privée des gens que lorsqu’il y a une affaire.

Avant New York, l’entourage de Sarkozy laissait entendre qu’ils avaient des dossiers sur DSK qui l’empêcheraient d’être élu. Est-ce possible ?

Ils avaient forcément des éléments. L’enquête sur le réseau lillois avait commencé en janvier dernier, et le nom de Strauss-Kahn est alors apparu. Les policiers ont donc dû faire des rapports qui sont arrivés là où on pense. J’avais rencontré Sarkozy avant l’affaire et il m’avait dit qu’il était sûr que DSK ne pourrait pas se présenter.

Pour conclure, les médias ne vont pas trop loin, selon vous ?

Non, j’ai même du mal à comprendre cette polémique. Le problème, c’est si on m’avait proposé un article sur cette affaire du Carlton, et que je l’avais refusé. Que n’aurait-on pas dit ? Connivence, complicité même, avec les hommes politiques, etc.