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Une opinion de Barbara Holzer & Benjamin Bodson, couple d’activistes européens, l’une est Junior Project Officer à l’Agence de défense européenne, l’autre est assistant en droit européen à l’UCL et à HEC Paris.

Le 9 mai, les citoyens européens fêtaient l’Europe, enfin, ils étaient censés la fêter. En effet, pour d’aucun la Journée de l’Europe sera passée inaperçue. Il n’y avait qu’à voir les visages confus lorsque l’on souhaitait une belle Journée de l’Europe. Pire, certains vous répondaient : « Et alors ? ». En Belgique, seuls De Standaard et De Morgen parlaient d’Europe dans leurs gros titres… pour souligner que, selon un récent sondage, près d’un tiers des Belges seraient favorables à un départ de l’Union européenne. Aucune trace de la Journée de l’Europe.

Qui a fêté la Journée de l’Europe ?

Les autorités des Etats membres ? En toute discrétion. Il faut savoir que seuls 16 Etats membres sur les 28 considèrent le 9 mai comme étant la Journée de l’Europe, symbole « de l’appartenance commune des citoyens à l’Union européenne et de leur lien avec celle-ci » (déclaration n°52 annexée aux traités européens).

Les citoyens européens ? 60 activités étaient organisées en Belgique, mais le nombre d’activités dans les autres Etats membres était nettement plus modeste (1 pour la plupart, et encore). La 17ème Schuman Parade à Varsovie constituait sans doute l’une des plus importantes. Il est néanmoins ‘amusant’ que nombre d’activités aient été organisées dans des pays qui ne sont pas membres de l’Union européenne, mais qui pour certains sont candidats à son adhésion.

Les institutions européennes ? Oui, mais s’il n’y a qu’elles, c’est un peu comme si une équipe de football célébrait une victoire sans supporter… et sans ses joueur.

Pourquoi si peu d’engouement ? L’Europe est méconnue, et lorsqu’elle est connue, elle fait le plus souvent l’objet d’incompréhensions, voire de mensonges. Certains vous diront dès lors sûrement que le moment n’est certainement pas à la fête pour l’Europe : situation économique difficile, mauvaise gestion de l’arrivée des migrants, et nous en passons. On accuse aujourd’hui l’Union européenne de tous les maux, de toutes les « crises ». Ces accusations sont parfois sensées, mais le plus souvent mensongères voire scandaleuses. Derrière l’Union européenne, ce sont généralement les gouvernements des Etats membres qui décident. Oui, vous lisez bien, ce sont ceux qui ont bon dos d’accuser l’Union. Si l’Union échoue à plusieurs égards, c’est avant tout de la responsabilité des Etats membres. Comment peut-on légitimement accabler une organisation d’échelle européenne dont le budget est tout au plus similaire à celui de la Belgique ? Pour reprendre la métaphore de l’équipe de football, fermer les yeux sur les gouvernements des Etats membres c’est accuser l’équipe sans pointer du doigt les joueurs (quand ce ne sont pas les joueurs eux-mêmes qui accusent l’équipe).

Il y a 66 ans, le 9 mai 1950, jour de la déclaration de Robert Schuman, l’histoire de la construction européenne débutait. L’histoire d’un projet qui allait assurer, pour la plus longue période depuis près de 12 siècles, la paix sur le Vieux Continent. Nos grands-parents respectifs, Autrichiens pour l’une, Belges pour l’autre, se battaient ; les uns envahissaient les autres. Nous vivons aujourd’hui en paix et, mieux, nous vivons libres. La paix et les libertés, nos amies et amis de notre génération, la fameuse « génération Erasmus », les considèrent comme irréversiblement acquises. La raison d’être actuelle de l’Union est alors mise en question. D’aucun pense que l’Europe n’est plus qu’un débat purement académique, voire le gagne-pain d’un bon nombre de perfides fonctionnaires, détaché de la réalité de ses 500 millions de citoyens.

2016 nous montre pourtant que les démons de notre histoire (relativement très) récente sont amenés à se répéter si l’on ne fait pas tout pour les empêcher. Non, chères amies et chers amis, la paix n’est pas acquise ! Non, la libre circulation ne va pas de soi ! L’Union européenne est en danger, et si elle l’est, ce sont vous et nous qui le sommes également, directement.

Existe-t-il une solution ? Oui, elle semble simple, est complexe mais ce qui est sûr, c’est qu’elle est possible : davantage d’Europe. L’Union européenne nous a apporté la paix et des libertés, et elle peut bien plus encore. Il faut pour cela que nous le voulions, et que nous y croyions. L’Union européenne est un projet en perpétuelle évolution. Il nous appartient de lui donner l’orientation que nous souhaitons, aussi utopique que nous puissions l’imaginer. Robert Schuman n’aurait jamais imaginé que nous parviendrions à l’Union que nous avons aujourd’hui. Nous devons avoir une vision pour l’Europe, de l’espoir et des rêves. Robert Schuman en avait mais nombre d’entre nous en manquent aujourd’hui cruellement.

Bien sûr, nous devons être et vouloir être courageux pour croire en ce projet titanesque, unique dans l’histoire de l’humanité. Bien sûr, il n’est pas toujours facile d’être optimiste, mais c’est absolument nécessaire. A la passivité voire au pessimisme, à notre lassitude, nous devons laisser place à un nouvel élan, à un nouveau discours, à une nouvelle force pour ce projet. Il est du devoir de notre génération de faire son job : donner ce souffle nouveau, cette nouvelle rhétorique. Nous devons renforcer ce qui fait les piliers de l’Union : la collaboration et la solidarité. Nous avons la chance de vivre sur le continent le plus prospère et où les citoyens sont les plus libres de toute l’histoire de l’humanité. Saisissons cette chance, non pas pour louer l’Europe à tout prix, mais pour l’investir, la critiquer, la développer, la faire avancer !

Le 9 mai, il ne s’agissait pas de célébrer aveuglément l’Europe et d’oublier nos problèmes le temps d’une journée. L’Europe d’aujourd’hui n’est pas parfaite. Il s’agissait plutôt de se rappeler qu’au travers de la collaboration et de l’unité, nous pouvons réaliser énormément. Le 9 mai n’est qu’un symbole mais le message est quotidien. Nous ne devons pas être gênés de célébrer l’Europe, tous les jours et, surtout, de vouloir la repenser.

Nous pouvons rêver de prochains 9 mai fériés partout en Europe. Un jour où tous les Européens auraient l’occasion le même jour de voyager en Europe, de célébrer l’Europe, de discuter de l’Europe, de projeter l’Europe. Peut-être les pâtisseries réaliseraient-elles des gâteaux aux couleurs de l’Union pour l’occasion. Au plaisir d’en partager un ensemble en 2017, mais avant cela, avec un peu de retard, belle Journée de l’Europe !


Une opinion de Barbara Holzer & Benjamin Bodson, couple d’activistes européens, l’une est Junior Project Officer à l’Agence de défense européenne, l’autre est assistant en droit européen à l’UCL et à HEC Paris.

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