Opinions
Une chronique de Marie Barthélémy, doctorante Cripedis et assistante en langues et lettres françaises et romanes à l'UCL.

"Bonjour. Je vous écris pour vous dire que je ne pourrai malheureusement pas assister au cours de cette après-midi : depuis hier soir, j’ai la tête coincée au-dessus des toilettes en raison d’une gastro-entérite. Merci pour votre compréhension."  Tel est le mail reçu, un jour, il y a bien longtemps, de la part d’un étudiant de première année (bachelier) visiblement soucieux de justifier le bien-fondé de son absence. Ce message invite au sourire et aux regards entendus. Mais il fait aussi voir, sur un mode certes cocasse, une difficulté réelle pour certains primo-arrivants de l’enseignement supérieur de savoir comment s’adresser, quand on est étudiant, à un professeur.

Que dire ? Qu’omettre ? Dans un courriel, que choisir entre le "Bonjour", le "Professeur X" et ses nombreux dérivés ? Comment formuler une requête sans sombrer dans l’overdose de conditionnel ? Quelle formule de clôture privilégier ? Un simple "Bien à vous", le (trop) sympathique "Cordialement" ? Ou assurer le destinataire du "sentiment de son entier dévouement" (formule dont on m’a déjà gratifiée) ?

Les enjeux de la maîtrise des codes

Montrer son respect sans donner dans le parodique n’est pas une tâche aisée… Toutes ces questions, qui peuvent paraître anecdotiques, recèlent une difficulté de l’entrée à l’université : la maîtrise des codes de la communication académique. La manière dont l’étudiant s’adresse à son professeur participe à la construction de l’ethos, de l’image qu’il renvoie vers l’instance qui, à terme, pourra peser de tout son honorable poids afin d’offrir, ou non, une réussite tant désirée. Le bon étudiant est celui qui montre, par le biais d’une langue adaptée, qu’il fait partie de la clique… tout en sachant tenir son rang.

Par ailleurs, au moment crucial des examens, se distinguera celui qui, d’une part, aura correctement étudié et donc déchiffré les paroles du professeur. D’autre part, réussira celui qui arrivera à produire un exposé, qu’il soit écrit ou oral, qui corresponde aux attentes de la sphère académique. Il ne s’agit donc pas seulement de régurgiter la matière en saccades et en croisant les doigts. Il faut l’organiser, la structurer et l’emballer dans un discours adéquat, composé d’un lexique précis voire élégant.

Cette exigence formelle, si elle peut constituer un obstacle pour une série de candidats au diplôme, n’en est pas moins un des enjeux essentiels d’une formation universitaire. En effet, partager un langage, c’est, entre autres, prendre peu à peu sa place dans une communauté de savoirs et, à terme, on l’espère, dans un cercle professionnel. Certes, tous les professeurs ne sont pas également sensibles à cet aspect langagier. Certains sont, de plus, très conscients des pièges que le discours universitaire comporte pour ces nombreux étudiants chez qui l’entrée à l’université implique un important travail d’acculturation et d’adaptation à de nombreux niveaux.

Que faire ?

Face à ces constats, que faire ? Laisser les étudiants se débrouiller et prêcher pour le processus "essai-erreur" est une solution commode et parfois efficace pour ceux qui arriveront à apprendre de leurs maladresses.

Ou, alors, suffirait-il pour régler la situation de "vendre la mèche", comme le suggéraient Bourdieu et Passeron dans "Les Héritiers" en 1964, à savoir expliciter simplement et platement les règles, notamment en multipliant les cours de méthodologie ? Ce pourrait être une voie à privilégier. Cependant, d’aucuns arguent que ces cours de méthodologie ne profitent réellement qu’à ceux qui n’en ont pas vraiment besoin…

A moins qu’on fonctionne au cas par cas ?

Le mystère reste entier. Mais, chaque jour, de nombreux acteurs du monde universitaire tentent de l’éclairer.