Opinions

Le travail des historiennes a révélé quelques enjeux fondamentaux de notre société. Ecrire l'histoire des inégalités subies, des humiliations endurées, des combats menés et des victoires remportées a ceci d'intéressant qu'il fait émerger des enjeux qui dépassent le combat féministe pour devenir celui des sociétés contemporaines.

Le politique fut un des premiers enjeux. Le statut de citoyenne à part entière structura les premiers combats. De l'égalité proclamée en 1789 à sa réalisation, le chemin fut long et ardu. De la coupe démocratique aux lèvres, les résistances furent tenaces. Mais les femmes la remplirent lentement, péniblement, subissant souvent la stratégie des carabiniers d'Offenbach. Aujourd'hui, l'égalité démocratique est le paradigme incontournable des sociétés fondées sur les droits de la personne. Acquis qui exige toujours de la vigilance. Les chiennes de garde ne sont pas les seules à veiller.

L'autre combat fut celui de l'enseignement et de l'alphabétisation. Acquérir le savoir pour asseoir ses revendications, telle fut la lutte des premières féministes. D'où l'exigence que les filles accèdent, comme les garçons, à l'école, à l'enseignement supérieur, à l'université, lieux d'analyse et de critique, donc d'émancipation, lieu où l'obscurantisme vient choir. Voilà un nouvel enjeu qui dépasse aujourd'hui la seule cause des femmes, grâce aux femmes.

Le troisième combat fut celui des droits civils. A l'intérieur du couple face à la toute puissance maritale; dans la famille par rapport aux enfants; à l'égard du patrimoine également, sans oublier le droit à l'autonomie, à la rupture, à se réaliser dans une relation décidée et non subie. Droit à son corps, au risque parfois de déboucher sur une (trop?) extrême individualisation au détriment du collectif. Un des dangers majeurs des démocraties libérales, trop tentées d'occulter ou de nier les réseaux de solidarités.

L'enjeu fondamental est celui d'une nécessaire approche sexuée des relations. Egalité et différence ne s'excluent pas. Telle est bien la leçon essentielle que l'histoire des femmes nous enseigne. Les femmes ont imposé un nouveau paradigme d'organisation sociale, fut-ce au prix d'une nécessaire contrainte provisoire. Pensons à la parité. Et ce paradigme se diffracte aussi dans la recherche. A l'aune des enjeux du féminisme, tout chercheur ne doit-il pas repenser sa discipline, revisiter ses thématiques, reformuler ses hypothèses? La science n'est pas asexuée. L'Université non plus. Mais s'en est-t-elle déjà rendue compte?

© La Libre Belgique 2001