Opinions
Une chronique de Jan De Troyer.


Quand les camarades du Nord ne veulent plus parler aux camarades du Sud, la belgitude est en déconfiture totale.

Une petite révolution serait en train de se produire dans le paysage politique belge : le Parti du Travail de Belgique pourrait devenir le premier parti dans le Sud du pays. Plus surprenante encore fut la réaction qu’on a pu noter au Nord, à l’occasion d’une émission politique à la VRT, où l’un des participants a parlé de "mon scénario de rêve", même si ce sondage ne se concrétisait qu’en partie. Cette appréciation positive n’a pas été prononcée par un vieux gauchiste flamand fantasmant une révolution prolétarienne au pied de la tour de l’Yser, mais venait de la bouche du président de la N-VA, Bart De Wever. "Le jour où ils constateront que la plus grande formation politique en Belgique francophone est un parti communiste, la majorité des Flamands en tireront la conclusion que la gestion du pays nécessite un modèle confédéral", a déclaré le bourgmestre d’Anvers. Plus d’un commentateur francophone s’est évertué à expliquer dans les médias du Nord que "tous ces gens qui voteraient pour le PTB ne sont pas des communistes". Cela n’a pas vraiment impressionné l’opinion publique flamande. La réaction a été comparable à celle de ces Belges francophones qui refusent de croire que tous les Flamands qui ont voté pour la N-VA ne sont pas des séparatistes.

Bien sûr, la N-VA est obligée de réconforter de temps en temps son électorat nationaliste en sortant le confédéralisme des décombres de son programme communautaire. Mais force est de constater que le contexte actuel ne se prête pas au belgicisme. Quand les camarades du Nord ne veulent plus parler aux camarades du Sud, la belgitude est en déconfiture totale. Le parti socialiste flamand ne s’est jamais distingué par ses accents politiques flamands, mais il a été piquant de voir son zèle soudain à se distancier des camarades du Sud. Le Flamand qui a crié le plus fort au voleur pour faire virer Yvan Mayeur a été son camarade SP.A Pascal Smet. Serait-ce parce qu’il est le ministre qui a accordé pendant des années sans le moindre contrôle des millions d’euros au Samusocial ? Comme dans le dossier des tunnels bruxellois, Monsieur Smet n’est évidemment "pas responsable". Si les socialistes flamands ont pu jouer dans la cour des grands à Bruxelles, c’était uniquement grâce aux bonnes relations avec le PS. Mais dorénavant - si cela dépendait du SP.A - les journalistes flamands ne peuvent plus qualifier le PS de "parti frère".

Sur un tout autre terrain, la misère de la belgitude a été parfaitement illustrée quand notre aristocratie sportive a installé au sommet du dernier bastion de la patrie quelqu’un qui, après 74 années d’existence, ne comprend toujours pas un seul mot de néerlandais. Racontez cela à la caissière d’un supermarché en Flandre profonde, qui s’efforce de maîtriser quelques notions de français, afin de servir tous les clients de façon élégante ! Tous les Belges - Wallons, Flamands et Bruxellois - se rangent miraculeusement et de façon passionnelle derrière le drapeau national dès l’instant où nos Diables Rouges montent sur une pelouse. Et plus d’un flamingant va chercher dans son grenier, dans le même placard où il garde religieusement son drapeau flamand, son fanion noir jaune rouge. Ce dernier sanctuaire de la belgitude devait donc être démoli. Si c’est fait, ce n’est pas par la peste brune du nationalisme flamand qui fait régulièrement la une de certains médias francophones. Non, c’est grâce à un francophone septuagénaire qui n’a toujours pas compris qu’il ne faut pas ambitionner les plus hautes responsabilités nationales quand on n’est pas capable de s’adresser correctement à la majorité des Belges.

Encore un rempart du belgicisme qui vient de tomber, doit penser Bart De Wever.