Opinions

ALI DADDY

Directeur de `Reflets Magazine´ Auteur de `Le Coran contre l'intégrisme´ Professeur de français à Molenbeek

A quelques jours du premier anniversaire des attentats qui ont secoué les Etats-Unis le 11 septembre 2001, il est encore et toujours indispensable de tout faire pour éviter l'amalgame entre terrorisme et Islam en allant puiser nos arguments à la source même du texte qui fonde la religion musulmane, à savoir le Coran.

New-York est par excellence une terre aux multiples facettes culturelles et c'est peut-être cela la véritable promesse de l'Amérique. Or, par sa politique belliqueuse, le Président Bush nous prépare un conflit des civilisations. Le Coran, quant à lui, exige de nous l'inverse: le dialogue des civilisations et la reconnaissance entre les peuples.

`Humains, Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Si Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, c'est en vue de votre connaissance mutuelle. Le plus digne au regard de Dieu, c'est celui qui se prémunit davantage.´ (XLIX, 13)

Un texte méconnu

Le Coran est un texte méconnu: par les non-musulmans et paradoxalement aussi par une grande partie des musulmans. Lorsque ce Livre est étudié sans apriori, il se révèle être un discours essentiellement positif, un appel constant à la raison, à la méditation et à la spiritualité, une exaltation de la transcendance et de l'amour ; un texte parsemé d'envolées naturalistes et d'invitations à réfléchir sur le sort des civilisations et le sens de l'Histoire. Le Coran produit sur celui qui le lit des effets qui dépassent de très loin la simple résonance dogmatique.

Le Coran n'est pas un code juridique ou, encore moins un traité du licite et de l'illicite. Ce serait lui faire injure que de le considérer comme un vulgaire programme politique, comme un discours au service d'une quelconque idéologie. La nature même du discours coranique est d'ordre spirituel, pas politique. Le Coran, c'est l'émergence du divin dans ma propre existence.

`Dieu fait descendre le plus beau des messages: un Écrit harmonieux en ses reploiements. Ils en ont la peau qui frissonne ceux qui craignent leur Seigneur! Mieux: elle s'attendrit, et c'est ce que fait leur coeur au Rappel de Dieu.´ (XXXIX, 23)

Par ailleurs, le Coran qualifie la mission de Muhammad de `miséricorde pour les univers´ (XXI, 107).

Le bel-agir

Le Coran recommande l'ihsân, le bel-agir: une sorte d'irradiation des conduites humaines par l'éternelle beauté.

`Agissez bellement envers vos père et mère, les proches, les orphelins, l'indigent, le client apparenté ou lointain, le compagnon par proximité, le fils du chemin, votre droite propriété.´`Appelle au chemin de ton Seigneur par la sagesse et l'édification belle. Discute avec les autres en leur faisant la plus belle part. Du reste ton Seigneur est seul à savoir qui de Son chemin s'égare, et à savoir qui bien se guide.´ (IV, 36 ; XVI, 125)

La notion de crime contre l'humanité

Que penser de l'horreur des attentats à relents nihilistes qui ont frappé les Etats-Unis? Appeler au meurtre d'un être humain est contraire aussi bien à l'esprit qu'à la lettre du Coran dont le verset 32 de la sourate V, souligne avec force la notion de crime contre l'humanité.

`C'est pourquoi Nous édictâmes à l'intention des Fils d'Israël, que tuer une âme non coupable du meurtre d'une autre âme ou de dégâts sur la terre, c'est comme d'avoir tué l'humanité entière, et que faire vivre une âme c'est comme de faire vivre l'humanité entière.´

Même lorsque l'on subit une agression, le Coran recommande de faire preuve de retenue dans sa réaction.

`S'il vous faut punir, que la peine infligée n'excède pas celle subie, ou si plutôt vous patientez, meilleur sera-ce pour qui aura patienté.´ (XVI, 126)

Le jihâd n'est pas la `guerre sainte´

Le premier verset coranique autorisant la lutte défensive vint après 70 autres proscrivant la violence en général.

`Permission est donnée à ceux qui combattent pour avoir subi l'iniquité... à ceux qui furent évincés de leurs demeures à contre-droit, et seulement parce qu'ils disaient: `Notre Seigneur est Dieu ´... ´ (XXII, 39-40)

La notion de jihâd, popularisée en Occident sous le nom de `guerre sainte´ est une notion avant tout d'ordre spirituel. Il s'agit de faire effort de ses biens et de sa personne sur le chemin de Dieu (XLIX, 15). Le Coran qui est guidance et lumière ne saurait sanctifier une guerre quelle qu'elle soit, car la guerre est synonyme de larmes, de sang, de souffrances et d'exactions.

`Ne vous lancez pas de vos propres mains dans la destruction. Agissez bellement: Dieu aime les bel-agissants.

Dieu distingue l'homme d'amélioration de l'homme de dégâts.´ (II, 195, 220)

Rappelons, dans le contexte actuel, le cri de ce musulman cité par Maxime Rodinson qui prend dès lors un relief particulier: `Combien de fois n'avez-vous pas entendu, du haut des minarets le cri du muezzin: Allâhou Akbar! Allâhou Akbar! Est-ce que vous vous souvenez, toutes les fois que vous entendez l'écho de ce pur appel, qu'Allâhou Akbar signifie en langue claire: Que soient châtiés les usuriers avides! Que soient confisqués les biens des accapareurs voleurs! Que ceux qui amassent les bénéfices paient les impôts sur ces bénéfices! Qu'on sauvegarde le pain du peuple! Que soit ouvert à la femme le chemin de l'éducation et du progrès! Que soit détruite toute vermine porteuse d'ignorance et de division qui grignote la communauté! Qu'on recherche la science, fût-elle en Chine! Que se lèvent les étoiles de la liberté, de la libre consultation (chura) et de la vraie démocratie´. (1)

(1) `Problématique de l'étude des rapports entre Islam et communisme´, in Correspondance de l'orient, n°5, colloque sur la sociologie musulmane, Bruxelles, 1961, p.142.

© La Libre Belgique 2002