Opinions

Plusieurs habitants du Peterbos ont rédigé une lettre ouverte à nos confrères de la Dernière Heure pour réagir aux récents développements médiatisés à propos du Peterbos.

En voici le contenu :

Restons attentifs

"Depuis deux semaines, mon quartier est pris d’assaut. Depuis deux semaines, j’habite le pire quartier du pays. Depuis deux semaines, ma vie n’a pas changé.

J’apprends dans la presse que mon quartier est dangereux. Lorsque je vois la police et la télévision dire à longueur de journée que nous sommes un quartier difficile où il se passe des incidents, comment croire encore que ce quartier, c’est aussi autre chose ? Les incidents dont on parle, je ne sais même plus de quoi il s’agit. On parle de drogue, de pierres lancées, d’agressions, de descente de police. Mais qui me dira vraiment ce qui se passe, qui me donnera une information claire et comment faire la part des choses entre les discours politiques, des discours médiatiques et la réalité dans laquelle je vis ?

Je ne cherche pas à vous convaincre que la réalité de mon quartier est simple et facile. Mais j’aimerais vous faire part que la situation est plus complexe qu’il n’y paraît et que cette complexité n’a pas eu la chance d’arriver jusqu’à vous ces derniers jours.

Ce quartier est aussi comme bien d’autres et j’aimerais que vous pensiez à moi quand vous écrivez vos lignes à son sujet. Cela ne gommera pas les problèmes existants, mais cela me permettra de conserver l’envie de vivre ici. Lorsque que vous décrivez mon quartier comme difficile, ce sont mes voisins et moi qui devenons "difficiles". Face à cela, Il faut avoir une incroyable force de caractère pour aller de l’avant et continuer de vouloir saluer le fils du voisin, prendre l’ascenseur avec les autres, etc. Alors dans ces conditions, comment allons-nous encore vivre ensemble ?

Si vous me demandez si je pense que tous ces incidents sont possibles, je vous dirais "oui, c’est possible". Alors, quand c’est vous qui en parlez, quand vous le répétez et quand ensuite vous venez me filmer pour que je vous prouve le contraire, que je vous prouve que nous sommes aussi "des gens bien", je ne m’en sens pas capable.

Si vous m’en laissez l’opportunité, je pourrais y penser et réaliser que mon quartier n’est pas que des incidents. Je pourrais regarder mes voisins, je les connais, je les ai vu grandir. Je pourrais me rappeler que nous ne sommes pas si différents et que nous avons déjà échangé des paroles amicales, partagé de bons moments ensemble.

Mais vous parler est trop risqué. Vous pourriez mal me comprendre. Et que vaudraient mes quelques mots face à l’image d’un jeune qui lance une pierre sur une voiture ?

Enfin, j’ai peur de vous parler parce que je ne veux pas que vous pensiez que tout va bien et que ce quartier n’a pas besoin d’attention. En effet cela fait plusieurs semaines, mois, années que le quartier demande plus d’attention, qu’on entretienne le quartier, les bâtiments, qu’on investisse plus ici, qu’on se rende compte des conditions dans lesquelles vivent parfois certaines familles. Alors, me demanderez-vous, pourquoi cela me dérange de voir arriver la police, le bourgmestre, les médias qui feront peut-être changer les choses ? Parce que je crains qu’ils ne voient pas que les choses sont plus complexes qu’elles n’y paraissent. Et entre-temps, nous devons continuer à vivre, ensemble, pendant que vous discutez."