Opinions
Dommage que ceux qui commentent l'action des pilotes à Brussels Airlines soient à la fois mal informés et parfaitement excessifs dans leurs interventions. Un peu de retenue serait bienvenue. Une opinion de Peter S. Vermeire, ancien pilote Brussels Airlines.


J'ai eu le "privilège" de consacrer la deuxième partrie de ma carrière professionnelle à l'aviation en qualité de pilote, instructeur, examinateur et cadre (chef pilote et directeur des opérations). J'ai aussi eu la chance de travailler pour Brussels Airlines entre 2004 et 2014.
Les problèmes soulevés par la communauté des pilotes sont réels et affectent l'ensemble des compagnies. Il s'agit surtout de l'équilibre indispensable entre travail, détente et repos. Cet équilibre est indispensable afin de garantir la performance de l'équipage et par conséquence la sécurité du public qui voyage en avion.
L'âge de la pension est également un réel problème. Si 55 ans pouvait s'apparenter à un privilège d'un autre temps, 65 ans ne tient absolument pas compte de la réalité opérationnelle et humaine. On notera au passage que le pilote perd sa licence automatiquement à 65 ans suivant une règlementation internationale contraignante. Qu'en sera-t-il alors au moment du passage de l'âge légal de la pension à 66 et ensuite 67 ans ? 

Rapport de force différent

Dans le secteur de l'aviation, la concurrence est acharnée entre des compagnies soumises à des conditions opérationnelles très différentes. Les équipages (techniques et commerciaux - cockpit et cabine - PNM et PNC) sont souvent la dernière variable d'ajustement. Et le management ne s'est pas privé d'exploiter ce filon depuis une quinzaine d'années. Comment éviter d'aller trop loin ?
Le dialogue social est le seul rempart. Encore faut-il une réelle volonté de dialogue et un réel désir de respecter certains équilibres. Les pilotes de Brussels Airlines étaient, jusqu'à la reprise du capital de la compagnie par Lufthansa, dans une situation très vulnérable. Ils étaient en effet conscients de la dégradation de leurs conditions de travail avec toutes les conséquences néfastes au niveau de leur santé physique et psychologique. Par contre, ils n'avaient aucun pouvoir tant il est vrai que toute action sociale, tel une grève, pouvait représenter un danger mortel pour Brussels Airlines, trop petite et trop fragile. C'est la raison pour laquelle il n'y avait plus eu de grève depuis 16 ans.
Aujourd'hui le rapport de force est différent. L'actionnaire Lufthansa est solide. Et les pilotes estiment, non sans arguments, qu'il est temps de faire entendre leur voix. 

Le dialogue pour une sortie de crise

La grève est toujours un échec. L'échec d'un dialogue. Les responsabilités, comme dans un couple, sont toujours partagées.
Il faut juste éviter de prendre des positions péremptoires ou de stigmatiser les uns et les autres, surtout lorsque l'on n'est pas partie à la cause.

Laissons les partenaires de l'entreprise (les stakeholders) faire leur métier. Ils savent que seul le dialogue permettra de résoudre cette crise. Ils savent aussi qu'un affrontement sous forme de grève, peut, parfois, être indispensable.
Je terminerai en ayant une pensée pour les passagers (que le compagnies appelent aujourd'hui des "guests" (sic) qui voient leurs projets de voyage perturbés par ce conflit entre direction et navigants.
Je souhaite que mes anciens collègues et pour certains amis, trouvent le plus rapidement possible un vrai terrain d'entente et un accord sérieux et solide comme base d'un développement harmonieux de Brussels Airlines au sein d'EuroWings et de Lufthansa.