Opinions
Une opinion de Jo Buvens, vice-président régional et directeur de l'antenne belgo-luxembourgeoise de Salesforce (éditeur de logiciels).


Nous sommes "condamnés" à apprendre tout au long de notre vie. Voici comment rendre ce processus efficace.


Pour de nombreux étudiants, cette rentrée scolaire représente aussi la fin de leur parcours scolaire. Certains s’écrieront avec soulagement : "Les études au feu !" Ils ne pourraient être plus éloignés de la réalité. Tous autant que nous sommes, nous sommes invités à continuer à apprendre tout au long de notre vie. Voilà bien une perspective séduisante, à condition que toutes les parties concernées s’y adonnent réellement.

Commençons par notre propre cas : chacun de nous aura compris que le monde qui nous entoure change à un rythme effréné. Appareils mobiles, voitures autonomes et autres formes de robots qui se chargeront pour nous de tâches humaines - ou qui l’ont déjà fait… Ajoutez-y une bonne dose d’intelligence artificielle et vous comprenez immédiatement que nos tâches auront totalement changé d’ici cinq ou dix ans, même si nous continuerons officiellement à effectuer le même travail. Quiconque n’est pas prêt à apprendre sans discontinuer sera un oiseau pour le chat.

Cela signifie-t-il que tous nos emplois sont remis en question et que les machines feront tout le boulot ? Bien sûr que non. Nous appliquerons tout simplement notre valeur ajoutée à d’autres choses. Une machine ne disposera d’ailleurs jamais de la créativité nécessaire pour investir puissance de travail et prescience dans les choses où il est possible de faire la différence. Mais les homo sapiens ne peuvent faire la différence que s’ils comprennent totalement la technologie et ses principes sous-jacents. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons tirer pleinement parti de l’automatisation. Et, dans la mesure où la technologie évolue à la vitesse de l’éclair, nous sommes "condamnés" à apprendre tout au long de notre vie ou, pour le formuler de manière positive, nous continuerons sans cesse d’apprendre.

La bonne nouvelle ? Les Belges sont excessivement doués pour l’apprentissage. C’est là, non seulement une "matière première" précieuse qu’il nous faut exploiter de manière optimale, mais cela prouve également que nous disposons des talents pour comprendre, traiter et apprendre à exploiter les nouvelles informations ou connaissances.

Toutefois, pour exploiter cette matière première de manière optimale, nous devons satisfaire à un certain nombre de conditions. Tout d’abord, les travailleurs eux-mêmes doivent se rendre compte que nous ne gardons notre valeur que si nous sommes prêts à changer sans cesse, à renouveler nos connaissances comme nous l’avons fait pendant nos années d’études, et à nous en servir pour faire la différence.

Ensuite, les entreprises doivent apprendre à rendre possible cet apprentissage constant. D’une part, en donnant le temps aux employés d’apprendre constamment. D’autre part, en leur procurant les moyens et l’environnement permettant de rendre cet apprentissage le plus fluide et efficace possible.

Soulignons enfin que les pouvoirs publics, aussi, ont un double rôle à jouer. Ils doivent, d’une part, continuer à stimuler l’apprentissage tout au long de la vie par le biais d’indemnités de formation, de centres de formation publics ou un mélange de ces stimulants, voire d’autres coups de pouce. Et de l’autre, les pouvoirs publics devront aussi s’occuper sérieusement de l’enseignement traditionnel afin d’adapter ce schéma pédagogique conventionnel à l’évolution de la société. En l’occurrence, évoluer vers un apprentissage autonome, chacun à son rythme, avec un taux élevé de libre-service et dans le cadre duquel les enseignants font davantage office d’accompagnateurs et de mentors que de surveillants rigoristes.

L’espoir est que cela apporte également une réponse, entre autres choses, à la diminution du nombre d’enseignants et à la lassitude qui frappe les étudiants.