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Les personnes handicapées, les homosexuels ou les musulmans réclament des droits spécifiques. Mais le traitement que la société réserve à leurs demandes ne brille pas par sa logique.

Chroniqueur

Nous entendons souvent ces derniers temps que tel ou tel groupe dans la société est accusé de «communautarisme». Ces groupes, des minorités, réclament des droits spécifiques pour eux-mêmes, comme les musulmans peuvent vouloir la reconnaissance de leurs coutumes, les couples homosexuels peuvent revendiquer le droit à l'adoption ou une minorité nationale peut exiger que sa langue devienne officielle.

Le président Chirac a pris clairement position à cet égard dans le débat sur le port du voile islamique: «Le danger, c'est la libération de forces centrifuges, l'exaltation des particularismes qui séparent. Le danger, c'est de vouloir faire primer les règles particulières sur la loi commune.»

Les «communautaristes» ne manquent évidemment pas d'arguments. Ils se plaignent que la société ne les reconnaît pas tels qu'ils sont. Ils se liguent donc, chacun suivant ses griefs, pour réclamer le «droit à la différence». Ils veulent dire par là qu'ils ne sont pas comme la majorité (ils ont d'autres coutumes, ils pratiquent une autre sexualité, ils parlent une autre langue, etc.), qu'ils sont respectables, qu'il n'est pas admissible de les discriminer, que la société doit reconnaître leurs droits spécifiques.

Le traitement que la société réserve à ce problème ne brille pas par sa logique. Certaines communautés sont, à juste titre, favorisées. Tout le monde ressent une obligation morale à l'égard de ce groupe minoritaire que forment les personnes handicapées et des mesures particulières sont prises à leur intention. Personne n'oserait dire qu'ils prennent l'escalier comme tout le monde, mais on cherche des solutions pour leur faciliter l'accès aux bâtiments (tout n'est pas encore parfait!).

La communauté homosexuelle a été reconnue, son lobby est influent, et certains législateurs sont prêts à leur accorder le droit à la parenté, alors que naturellement ils n'engendrent pas d'enfants (1).

Par contre, vous ne concevez pas qu'un étudiant juif orthodoxe puisse refuser de passer un examen le samedi ou qu'une jeune fille musulmane puisse se soustraire à suivre un cours quelconque à l'école.

Est-il possible d'introduire la raison dans cette matière complexe? Je soumets au lecteur quelques critères simples.

Partons du principe de liberté. Chaque citoyen a le droit de choisir son mode de vie. Habituellement, le législateur ne met à ce droit que la limite des libertés d'autrui et du respect de l'ordre public.

Un second principe est le bon sens inspiré par l'équité. Si un groupe se plaint d'être discriminé, il faut examiner le fondement de sa plainte. Nous avons vu qu'il est équitable de faciliter la vie des handicapés. La plupart des inégalités qui minorisaient les femmes ont été abolies. Mais serait-il raisonnable d'exiger, au nom de la non-discrimination, qu'hommes et femmes participent aux mêmes compétitions sportives? Le bon sens nous montre que, par nature, ils n'ont pas la même constitution physique. Il serait donc inéquitable de les opposer en natation, en athlétisme ou en lutte gréco-romaine.

Un troisième raisonnement peut être tenu à l'égard des groupes qui souffrent de désavantages dans la vie. On sait que les enfants issus de milieux défavorisés ont des difficultés à accéder aux études supérieures. Certains pays pratiquent la «discrimination positive» qui consiste à leur assurer un quota ou à les admettre à des conditions moins sévères. Cette politique lèse les personnes qu'elle élimine. Il me semble par contre équitable de mener une action de «mise à niveau» qui vise à outiller les jeunes en question pour qu'ils puissent avancer dans la vie à chances égales.

Dans les débats de société, ce sont souvent des valeurs également respectables qui s'opposent. Un responsable politique a sans doute raison lorsqu'il veut sauvegarder l'unité de sa nation. Mais les minorités nationales n'ont pas tort non plus de revendiquer leurs droits culturels. Lorsqu'un conflit de valeurs survient ainsi, il faut trouver un équilibre. En Belgique, nous savons combien c'est difficile et combien c'est fragile. Mais c'est la vie.

(1) Il est clair que la situation des personnes handicapées et homosexuels est de nature différente, mais logiquement le problème est le même: la société va-t-elle les prendre en considération comme une communauté avec des besoins et des droits qui leur sont propres?

© La Libre Belgique 2004