Opinions

Un témoignage de Marie B., 33 ans, maman et auteure (*).


Son mec, il est parti. Comme ça. Comme un coup de vent qui emporte une feuille morte en automne. En deux secondes, il n’était plus là.


Son mec, à ma copine, il est allé à la salle de gym, comme tous les vendredis soirs. Il avait pris ses affaires, comme d’habitude, sa voiture, comme d’habitude. Il y est allé. Mais il n’est jamais rentré.

Ma copine a attendu son texto habituel : "Je pars [de la salle]." Mais cette fois-ci, pas de texto. Il aurait pu l’écrire, ce message ; ça aurait été juste. Il partait.

Elle a attendu le message, puis le mec. Rien de rien. Alors elle s’est couchée avec un livre.

Elle a presque fini le livre. Elle s’est dit que c’était bizarre. Elle a essayé de l’appeler, ça sonnait dans le vide. Le bip régulier qui casse le silence, et au bout, rien. "Vous êtes bien sur le répondeur de…". Le répondeur était là, lui, veilleur d’un drame qui était en train de se jouer.

Elle a laissé un message, deux messages, trois messages.

Rien.

Ne pas paniquer

Son fils de 4 ans, leur fils de 4 ans, a pleuré dans son sommeil. Elle est allée le voir : "Tout va bien mon chéri, rendors-toi." Ses pleurs ont réveillé leur bébé de 6 mois, qu’il a fallu bercer avant de le reposer dans son petit lit. Elle tremblait. Et s’il avait eu un accident ? Ou alors peut-être a-t-il simplement prolongé la soirée avec ses amis du cours de sport ? Elle a envoyé des messages aux amis, personne n’a répondu, c’était le milieu de la nuit.

Elle s’est couchée en gardant son téléphone allumé sur l’oreiller de son mec. La boule au ventre. Elle n’a pas fermé l’oeil. De temps en temps, elle essayait de l’appeler, sans réponse.

À 6h du matin, son téléphone a sonné, et c’est le numéro de son mec qui s’est affiché. Elle a décroché tout de suite, elle ne dormait pas. « Allô ? Fred, c’est toi ?

– Oui, c’est moi. »

C’était sa voix, son Fred, son mec, c’était bien lui, il était vivant. Elle était tellement soulagée et heureuse de l’entendre. Elle en pleurait de joie.

"Fred, où es-tu ? J’ai eu peur, j’ai essayé de t’appeler, pourquoi est-ce que tu ne répondais pas ?"

Silence.

"Que se passe-t-il ? Je suis inquiète, parle-moi."

Elle l’entendait respirer à l’autre bout du fil. Il n’était pas comme d’habitude, quelque chose n’allait pas, elle le sentait.

"Où es-tu ? Tu rentres bientôt ? Tu sais qu’il est 6h du matin ? Tout va bien ? Qu’est-ce qui se passe ?"

Après un silence dont chaque seconde pesait plus qu’une enclume sur le billot d’un forgeron, elle entendit ces mots : "Je suis parti".

– Comment ça, "parti" ? Pour où ? Et jusqu’à quand ?

– Je suis parti. Je pars, je te quitte. J’ai pris ma voiture et j’ai roulé, roulé. Je ne te dirai pas où je suis. Je pars, je m’en vais. Je ne reviendrai pas. "

Ma copine a marqué une pause. Elle ne comprenait pas.

"Comment ça, tu me quittes ? Reviens, ce n’est pas drôle. Je ne comprends rien. Les enfants t’attendent. Tu veux rester où tu es jusqu’à demain et tu rentres après ?"

– Non, je ne reviendrai pas, ne m’attends pas. Je m’en vais."

Il a raccroché.

Il n’est jamais revenu. Si, bien sûr, il est revenu. Au bout de 2 semaines, sans avoir donné de nouvelles. Pour prendre ses affaires. Pour embrasser ses garçons. Rapidement. Sans s’attarder. Il a changé de vie, il a tiré un trait sur 8 ans de vie de couple et 2 enfants, comme ça, en cinq minutes. Il a déménagé à 500km. Il laisse à ma copine une maison en construction à terminer, qui n’a que les murs, sans toit ni fenêtres, ni portes, une maison bancale, une vie bancale, avec deux petits enfants qui n’ont plus de père, et le monde entier qui s’écroule. Elle n’avait rien vu venir.


(*) : Ce texte a initalement été publié sur le blog "Le jour où tout".