Opinions

Une opinion de Marie B., 33 ans, maman et auteure du blog "Le jour où"


William et moi sommes inconfortablement assis sur des chaises pour nains, dans la classe de deuxième maternelle de notre fils, lors de la réunion habituelle trimestrielle avec l’institutrice. Au milieu d’une conversation qui aborde l’évolution scolaire et comportementale de notre fils, la maîtresse de Robin nous dit ceci :

"Je tiens à vous dire que Robin a pris beaucoup confiance en lui. Vous savez que les enfants peuvent présenter en classe, régulièrement, des objets dont ils veulent parler : parce qu’ils sont nouveaux, parce qu’ils les aiment bien… Cela leur apprend à décrire et à expliquer en quoi ces objets sont importants pour eux. Cela amène des discussions très intéressantes. L’autre jour, Robin a amené un jouet en classe : une poupée. Il était très fier de la présenter. Ne vous inquiétez pas, à cet âge, on ne peut pas tirer de conclusion. Donc, il a présenté sa poupée, et certains enfants ont commencé à rigoler. Vous savez, l’âge bête, quoi. Je leur ai bien expliqué que chacun est libre de jouer avec les jouets qu’il veut, il ne faut pas se moquer"

Elle se penche vers nous, sur un ton de confidence :

"Et puis, entre nous, ça ne veut rien dire. Par exemple, il y avait un enfant qui disait que sa couleur préférée était le rose. Eh bien aujourd’hui ça a changé, hein. Donc, vous voyez".

Elle reprend :

"Donc, dans la classe, il y a un garçon qui croyait que c’était la poupée de sa sœur, mais Robin a assuré que c’était la sienne. Bon, les enfants jouent avec les jouets de tout le monde, surtout dans une fratrie, ils se les prêtent, c’est normal. Donc, je trouve que c’est courageux de sa part, peu d’enfants auraient osé faire ça. C’est bien qu’il assume ses choix. Mais, comme je vous disais, ça ne veut rien dire, il n’y a pas d’inquiétude à avoir, Robin est un enfant qui se développe très bien".

Sur l’instant, je n’ai pas compris de quelle inquiétude elle avait voulu parler. En sortant, j’ai questionné mon conjoint, qui m’a éclairé : "Elle pense qu’on a peur qu’il soit homosexuel". Je suis tombée des nues. Depuis quand, un enfant de 4 ans qui joue à la poupée serait homosexuel ? Comment une institutrice peut-elle mélanger jouet et orientation sexuelle, dans une société où les pères ont de plus en plus de place au foyer et dans l’éducation des enfants, où la personnalité de chacun est de plus en plus reconnue, en dehors des carcans liés au sexe biologique ?

Mon fils n’a pas une poupée : il en a deux. Il a aussi un garage avec des petites voitures. Il joue à la dînette. Il se déguise en Batman et en ours. Sa serviette de cantine préférée est celle avec du rose. Il lit des livres de "Cars" et de "Raiponce". Il a un amoureux et une amoureuse, il collectionne les figurines de dinosaures, écoute des CD de comptines, dessine des maisons sur son tableau, fait du judo, se passionne pour l’univers, s’imagine en pirate. Mon fils est LUI, avant tout, et c’est bien ça qui compte. Il n’a même pas 5 ans.

Je n’ai aucune inquiétude, et même si… nous ne serons pour rien dans son orientation future.