Opinions

"Vous allez voir ce que vous allez entendre", dit le slogan du Musée des Instruments de Musique. Mais les audioguides ont été retirés et le public n’entend plus tous ces beaux instruments. Le pire est que le tarif a été augmenté de 8 à 10 euros. Scandaleux.

Une opinion de Bernard Hennebert, auteur du livre "Les musées aiment-ils le public?", coordinateur du site www.consoloisirs.be


Le Musée des instruments de musique est un très beau musée et l’un des plus fréquentés de Bruxelles depuis l’an 2000, année où il a installé un bon millier d’instruments dans les bâtiments entièrement restaurés de l’ancien "Old England" typiquement Art nouveau, dominant le Mont des Arts et proche de la place Royale.

"Vous allez voir et entendre…"

Il avait alors choisi comme slogan "Vous allez voir ce que vous allez entendre" (celui-ci vient d’être retiré du site internet du Mim). Toute la scénographie avait été réalisée afin que le visiteur puisse écouter les innombrables instruments exposés, souvent peu connus et parfois très anciens.

Un système de casque à infrarouge permettait alors à chaque visiteur d’entendre lorsqu’il s’approchait d’une vitrine quelques extraits musicaux joués par l’instrument qu’il contemplait. En 2013, les casques à infrarouge ont été remplacés par un système d’audioguides plus performant, permettant également de découvrir plein d’informations sur chaque instrument. De là, l’absence de cartels fort détaillés dans les vitrines.

Vu l’importance stratégique de cet audioguide, il était donc logique que son usage ne soit pas facultatif et qu’il soit prêté à chaque visiteur, le prix du ticket incluant son utilisation.

Audioguides retirés

Ce 21 août 2017, en pleine saison touristique (il n’est pas rare que le Mim ait une fréquentation quotidienne d’un millier de visiteurs), les audioguides ont été retirés de la circulation.

Cette situation risque de perdurer : non-renouvellement du contrat avec le fournisseur, ce qui a pour conséquence qu’il faut rédiger un nouvel appel d’offres; relations complexes du Mim avec les Musées royaux d’art et d’histoire sous la tutelle desquels ils sont désormais; etc.

En fait, la visite n’a quasi plus aucun sens. Une institution respectueuse de ses usagers aurait fermé, le temps nécessaire pour retrouver une offre complète. Ce ne sera pas le cas.

On aurait au moins trouvé normal dès lors que le Mim propose soit l’entrée gratuite, soit une réduction significative sur le prix du ticket à 8 euros (qui, rappelons-le, est censé offrir l’utilisation gratuite de l’audioguide). Ce ne sera pas possible à cause du manque d’autonomie de nos musées fédéraux puisque les modifications de tarification dépendent d’une décision ministérielle et ne peuvent se concrétiser qu’après la publication d’un arrêté au "Moniteur" !

Il est vrai aussi que les Musées royaux d’art et d’histoire du Cinquantenaire situés loin du centre-ville voient leurs collections permanentes désertées (certaines expos temporaires affichant heureusement quelques succès de fréquentations) et on peut comprendre qu’ils tiennent impérativement à ce que le Mim qui est un peu leur poule aux œufs d’or ne tarisse pas un tantinet ses rentrées pécuniaires.

Mais le tarif passe de 8 à 10 euros

En France, certains musées, lorsque des salles sont closes pour travaux, diminuent d’autant le prix du ticket. En Belgique, on n’a pas cette culture-là du respect du visiteur. Quand le Musée d’art moderne a été fermé, le ticket qui lui donnait accès ainsi qu’au Musée d’art ancien n’a pas été diminué de moitié pour ceux qui continuèrent de visiter uniquement ce dernier.

Mais le pire vient d’arriver au Mim ce 5 septembre 2017 : la tarification est passée de 8 euros autrefois avec audioguide à désormais 10 euros sans audioguide. Puisque cette augmentation s’est faite sans audioguide, on murmure dans les coulisses, avec insistance, que lorsque ceux-ci seront à nouveau disponibles, ils deviendront facultatifs (ce qui est peu pédagogique, vu la nature et l’historique de ce musée)… ce qui permettra d’obtenir deux euros supplémentaires.

Critiques sur le livre d’or

En attendant, le livre d’or du Mim accumule les critiques :

- "Un très beau musée mais donnez-nous des audioguides ! C’est très frustrant de ne pas pouvoir écouter le son de tous ces beaux instruments."

- "La visite du musée perd 90 % de sa valeur avec l’absence de l’écouteur."

- "Pourquoi ne pas mettre des codes barre à scanner avec son smartphone (avec wifi) pour avoir accès aux sons ?" Etc.

Mépris pour le public

Ce nouvel exemple montre une fois de plus que nos musées fédéraux méprisent fort leurs publics. À un point tel qu’en France, on les traite parfois de surréalistes, ce qui ne ferait pas plaisir à juste titre à René Magritte. Ce nouvel épisode Mim vient compléter une série récente déjà fort longue :

- interdiction pendant plusieurs années pour les "simples" visiteurs de dessiner et de prendre des notes au Musée Magritte Museum et dans les grandes expositions temporaires des MRBAB (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique);

- obligation depuis janvier 2016 de payer l’entrée (5 euros) à l’accueil du Musée de l’armée uniquement avec une carte bancaire (cette information ne figure même pas dans le nouveau dépliant);

- toujours d’actualité malgré une pétition de près de 2 000 signatures, impossibilité pour la population active (plus de 50 % de notre population) de fréquenter les Musées Meunier et Wiertz sans rogner sur ses jours de congés légaux puisque ces deux institutions sont fermées chaque week-end, en semaine pendant le temps de midi et les jours fériés. Etc.

Positivons, tirons enseignement. Puissent nos parlementaires fédéraux et le gouvernement se pencher rapidement sur la création d’un code de bonne conduite en faveur des visiteurs.