Opinions Une chronique de Christophe Ginisty.


Marine Le Pen a fait sa rentrée en télévision la semaine passée : un bide retentissant ! La fin de cette saga familiale ?


La présidente du Front national faisait son grand retour médiatique le jeudi 19 octobre lors de la deuxième édition de rentrée de "L’Emission politique" sur France 2 et ce, six mois après sa défaite au deuxième tour de l’élection présidentielle française. Elle n’avait que peu parlé pendant l’été, s’astreignant à une sorte de cure de silence après une campagne longue et exigeante et l’on pouvait imaginer qu’elle serait très attendue dans cette émission politique phare. Le bilan de l’émission est sans appel : un bide d’audience historique, soit 1,74 millions de téléspectateurs contre 3,2 millions quelques semaines plus tôt pour le Premier ministre, Edouard Philippe. Seul Benoît Hamon, candidat issue de la primaire de la gauche, avait fait moins bien en décembre 2016. Quoiqu’il en soit, nous sommes donc très loin des scores spectaculaires de la présidentielle où la même Marine Le Pen avait attiré 3,48 millions de téléspectateurs en avril 2017 sur la même émission (soir 16,7 % de part d’audience).

Même constat sur les réseaux sociaux où, traditionnellement, Marine Le Pen déclenchait des torrents de tweets avec, d’une part, son armée de supporters super organisés et actifs de ce que l’on appelle la fachosphère et d’autre part des internautes outrés par les propos populistes. Selon Visibrain, institut qui mesure l’activité sur Twitter, seuls 45 000 tweets ont été publiés (entre 20h et 2h du matin) le soir de son passage dans l’émission, chiffres à comparer aux 85 000 tweets publiés lors de l’émission à laquelle le Premier ministre était invité aux mêmes heures.

Du point de vue de la communication, il y a fondamentalement deux enseignements à retenir de ce loupé spectaculaire.

Le premier est évidemment que son image est gravement écornée. Marine Le Pen n’a pas perdu une élection, elle a perdu le débat d’entre deux tours. C’est ce qui reste gravé dans l’esprit du public et c’est beaucoup plus dévastateur que la défaite politique en elle-même, car on peut très bien perdre une élection et rester au centre du jeu, comme l’a prouvé par exemple François Bayrou à trois reprises ou avant lui, bien sûr, Jacques Chirac ou encore François Mitterrand. Le public français a de l’indulgence pour la défaite politique qui fait partie du jeu. Mais pour ce qui est de Marine Le Pen, sa défaite médiatique cinglante contre Emmanuel Macron lui a tout simplement fait perdre la face. Ce n’est pas le leader politique qui a explosé en vol mais la personne de Marine Le Pen qui s’est complètement ridiculisée et dont les attitudes incongrues tournent encore en boucle sur la toile.

Le deuxième enseignement est qu’elle n’inspire plus la même émotion au sein du public que précédemment comme si elle était démagnétisée et qu’elle n’était finalement plus un enjeu, contrairement à Jean-Luc Mélenchon qui continue d’occuper le devant de la scène dans son rôle de premier opposant. On se rend compte de la perte d’attraction de Marine Le Pen à l’examen des conversations sur les réseaux sociaux qui sont traditionnellement le premier baromètre de l’émotion des téléspectateurs et qui furent pour l’occasion d’une assez spectaculaire platitude. Pire, elle a manifestement perdu le soutien d’une partie de sa base, les sympathisants "patriotes" de Florian Philippot s’étant même livrés à des feux nourris caustiques et revanchards contre leur ancienne cheffe tout au long de l’émission.

La conséquence de tout ça est que sa prestation fut un non-événement médiatique. Aucune dépêche AFP le lendemain de l’émission sur une proposition particulière, aucune réaction de la classe politique pour applaudir ou condamner, ces deux heures d’antenne ont suscité l’indifférence la plus totale. Mais finalement, c’est peut-être ça le fait politique majeur.

Cela fait plus de cinquante ans que les Le Pen père et fille sont les meilleurs clients des médias, des trublions recherchés et courtisés pour leur capacité à provoquer le désordre, faire naître les polémiques, éclabousser en direct nos consciences de leurs outrances répétées et attendues. "L’Emission politique" de la semaine dernière marque peut-être la fin d’une époque car même s’il est toujours imprudent d’enterrer qui que ce soit en politique, la France en a peut-être fini avec cette saga familiale.

-> Twitter : @cginisty Web : http://www.christopheginisty.com