Opinions
Une opinion de Philippe Weiler, responsable durabilité chez Lidl, master en sciences du vivant et ancien stratège pour le WWF.


Les répercussions des emballages en plastique sur l’environnement et le climat sont, dans la plupart des cas, beaucoup moins importantes que celles du gaspillage alimentaire.

Les différentes "Plastic Attacks" dans les supermarchés et le "mois sans plastique" en Flandre mettent à nouveau en lumière la lutte contre les déchets plastiques. Il est grand temps, direz-vous, si vous pensez aux îlots de plastique qui flottent sur les océans ou aux bas-côtés de nos routes. Mais, souvent, lorsqu’on aborde cette thématique, on met de côté l’utilité du plastique et le fait que cette matière n’est pas si simple à bannir. Elle reste, pour l’instant, absolument nécessaire pour pouvoir lutter contre un autre problème majeur : le gaspillage alimentaire.

Des images révoltantes, mais…

Un amas de deux kilomètres carrés de bouteilles, sacs et emballages en plastique. Une baleine morte après avoir ingurgité quelque 27 kilos de déchets plastiques qu’elle n’a pu digérer. Autant d’images révoltantes qui nous touchent tous. Et lorsque l’on sait que chaque minute qui passe voit l’équivalent d’un camion-poubelle se déverser dans la mer, les actions menées contre le plastique sont plus que nécessaires.

Le plastique est utilisé dans de nombreux secteurs, mais les emballages alimentaires constituent une source majeure de déchets en termes de volumes. En Europe, près de 40 % de toutes les matières plastiques sont dédiées à l’industrie de l’emballage, dont 41 % pour l’emballage alimentaire. Diminuer l’utilisation du plastique n’est donc pas si simple car il a son utilité, non seulement comme support de communication (les directives en la matière sont de plus en plus strictes) mais également pour retarder l’altération des aliments et ainsi éviter un gaspillage encore plus grand.

Obligés de jeter

Il est hallucinant de constater qu’aujourd’hui, un tiers de la consommation alimentaire totale atterrit dans les poubelles, soit une calorie sur trois qui n’est donc pas consommée. Près de 30 à 40 % de ces pertes peuvent être imputées aux consommateurs, mais il est clair que les chaînes de supermarchés ont également un rôle à jouer.

Nous faisons tout notre possible pour éviter que les consommateurs ne soient obligés de jeter de la nourriture; un emballage mieux adapté est le meilleur moyen pour y parvenir. Ainsi, un concombre emballé dans un film plastique se garde trois fois plus longtemps au réfrigérateur. Bien que les légumes ne contiennent pratiquement que de l’eau, de nombreuses autres ressources sont impliquées dans leur production : l’énergie, le sol, l’eau, les nutriments… Si vous jetez la moitié d’un concombre à la poubelle parce qu’elle est avariée, la moitié de l’empreinte écologique de ce concombre est synonyme de gaspillage, alors qu’avec un film plastique, cette empreinte écologique représente moins de 5 %.

Prenons l’exemple des biscuits et des gâteaux qui sont emballés séparément. Ce n’est pas un hasard si les fabricants ont opté pour cette solution-là. Jeter ces encas devenus trop secs à la poubelle à cause d’un emballage insuffisant serait beaucoup plus néfaste pour l’environnement que le plastique les entourant pour mieux les protéger. Sans oublier les répercussions du gaspillage alimentaire des denrées animales sur l’environnement, qui sont encore plus grandes.

Vite, une alternative!

Les supermarchés qui n’utilisent pas d’emballages sont très beaux en théorie et ils conviennent parfaitement à un public restreint. Mais imaginez un instant que les cinq plus grands noms du commerce de détail en Belgique retirent tous les emballages plastiques de leurs rayons. Des millions de Belges devraient faire leurs courses avec des dizaines de pots et récipients, et il y aurait beaucoup plus de gaspillage en raison de la très courte durée de conservation des aliments.

Soyons clairs : plus vite nous trouverons une alternative, mieux nous nous porterons. Mais ce que les militants semblent souvent oublier, c’est que les répercussions des emballages plastiques sur l’environnement et le climat sont dans la plupart des cas beaucoup moins importantes que celles du gaspillage alimentaire. Le plastique a donc aujourd’hui encore toute son utilité. C’est un matériau aux multiples avantages : léger mais solide, facile et relativement bon marché à produire. Hélas, il a aussi un très gros inconvénient : il résiste facilement pendant des centaines d’années et ne se décompose pas, avec les conséquences que cela implique. Aussi sommes-nous obligés de déterminer les différents domaines dans lesquels nous pouvons diminuer notre consommation de plastique.

Les solutions réalisables

D’ici 2025, nous souhaitons réduire de 20 % notre utilisation d’emballages plastiques chez Lidl, et il faut que ce plastique soit entièrement recyclable. Le recyclage et l’économie circulaire sont des solutions réalisables contre le gaspillage. Il est plus qu’urgent de nous attaquer aux types de plastiques qui ne sont pas recyclables plutôt que de bannir sans discernement toutes les déclinaisons de ce matériau. Citons par exemple les petites barquettes noires utilisées pour la viande et les films plastiques qui entourent les bouteilles PET mais empêchent leur recyclage.

Et ne l’oublions pas : la première chose à faire, c’est de trier nos déchets correctement. Se débarrasser du plastique des produits achetés à la sortie des magasins peut être une solution. Prenons le problème dans son ensemble et essayons de trouver des solutions réalistes pour nous attaquer intelligemment à la problématique. Et peut-être qu’alors, dans dix à quinze ans, nous nous demanderons horrifiés comment nous pouvions vivre à côté de ces îlots de déchets plastiques.

Le titre, l’introduction et les intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Diminuer l’utilisation du plastique n’est pas toujours bon pour l’environnement (pour l’instant)"