Opinions
Une chronique de Jan de Troyer.


En écrivant à Carme Forcadell, l’ex-présidente du Parlement catalan, actuellement incarcérée, le président du Parlement flamand Jan Peumans (N-VA) a provoqué la colère du gouvernement espagnol.

Dans sa lettre, rédigée sur papier à l’en-tête du Parlement flamand et remise en prison à Mme Forcadell par le député européen Mark Demesmaeker (N-VA), le président du Parlement flamand déplore que "la démocratie ait été écrasée de manière violente en Catalogne". L’ambassadeur belge à Madrid, Marc Calcoen, a été rappelé à l’ordre par le ministère des Affaires étrangères à Madrid. Les autorités espagnoles ont demandé aux Affaires étrangères de signifier à Jan Peumans que le contenu de sa lettre était inacceptable. Mais le président du Parlement rejette les reproches de Madrid. "On a fait matraquer des civils participant à un référendum. Plus de 800 blessés ont dû être hospitalisés, parmi eux Mme Forcadell, qui n’a jamais fait de mal à une mouche. J’ai le droit de dire que tout cela n’est pas normal. Je ne retire pas un mot de ce que j’ai écrit. Au Parlement flamand, nous avons d’ailleurs voté une résolution qui condamne cette violence. Les Affaires étrangères n’ont donc rien à me dire", a déclaré Jan Peumans dans l’émission De Ochtend sur Radio 1. Carme Forcadell a été incarcérée parce qu’elle avait présidé le débat et le vote sur l’indépendance.

Personne ne sera étonné du fait que la lettre de M. Peumans ait été passée sous silence dans la presse espagnole. En Flandre, la situation en Catalogne a été suivie de près tout au cours de l’année. On a pu lire par exemple que le nouveau Premier ministre espagnol, Pedro Sanchéz, est parti au Québec pour y étudier comment on a répondu aux aspirations indépendantistes des francophones au Canada. En Belgique francophone, il a fallu qu’un ex-Premier ministre français, Manuel Valls, annonce qu’il brigue le mayorat de Barcelone pour que la Catalogne refasse surface dans les médias. Récemment, l’ex-Premier ministre catalan, Carles Puigdemont, a donné un cours à l’université de Hasselt. On imagine difficilement une université francophone suivre l’exemple. Il semble que la perception du mouvement catalan soit différente au nord et au sud du pays. 

En Flandre, le nationalisme catalan est résolument vu comme un mouvement émancipateur, apparenté aux luttes anticolonialistes du siècle dernier ou aux révoltes contre le joug soviétique en Europe de l’Est. Pour les Flamands politiquement engagés, réduire tout nationalisme simplement à cette idéologie chauviniste, datant du XIXe siècle, qui a mené les États-nations européens aux deux guerres du XXe siècle, est bien trop simpliste. Or, c’est souvent cette vision qui prime au sud du pays. Pour animer le débat, c’est pourtant un journaliste francophone, Olivier Mouton du Vif, qui a prêté sa plume à l’ex-Premier ministre catalan Carles Puigdemont. La crise catalane. Une chance pour l’Europe est une lettre ouverte aux citoyens européens, publiée en néerlandais et en français, éditée chez Lannoo, Racine et La Campana. Le livre a été présenté par Carles Puigdemont en personne devant les caméras de la VRT à la veille du 1er octobre, l’anniversaire du référendum catalan sur l’indépendance. 

L’ex-Premier ministre catalan a rappelé que neuf parlementaires catalans restent en prison, menacés de trente ans d’incarcération, sur la base d’une constitution rédigée par les adeptes de la dictature franquiste. La lettre du président du Parlement flamand n’y changera rien. En déclarant que "le pouvoir central en Espagne ne fait pas preuve des qualités requises pour fonctionner au sein d’une Europe moderne et démocratique", Jan Peumans a pu constater que le franc-parler reste un vice solitaire, réservé aux hommes politiques en fin de carrière.