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Une mobilisation sans précédent, samedi, à Rome: des centaines de milliers d'Italiens sont venus pacifiquement dire leur refus de voir leurs droits sociaux et ceux de leurs enfants bradés sur l'autel de la compétitivité. Mais, au-delà du bras de fer qui oppose les syndicats et le gouvernement italien autour de la réforme de l'article 18, les manifestants ont voulu également clamer leur refus du terrorisme, quatre jours après le meurtre de Marco Biagi. Cet assassinat abject, revendiqué par de mystérieux héritiers des Brigades rouges, a choqué des Italiens qui croyaient en avoir fini avec la stratégie de la tension. Toutefois, les syndicats ne se sont pas laissés piéger par les tentatives de la majorité de droite de les rendre moralement responsables de son assassinat, les accusant d'encourager un climat propice à toutes les violences. La tentation était trop forte pour le gouvernement de Silvio Berlusconi qui, depuis son investiture, n'a de cesse d'agiter le spectre du corporatisme et de la conspiration à chaque fois qu'il se heurte à une quelconque contestation. Cette fois-ci, Silvio Berlusconi ne pourra pas réduire une manifestation d'au moins un million de citoyens à de l'`agit-prop´ partisane, voire antidémocratique, comme il l'a fait avec les altermondialistes de Gênes, les magistrats, les artistes et maintenant les syndicats. Sua Emittenza ne peut pas non plus se draper dans son honneur national face aux `outrages´ venus de l'étranger quand il s'agit pour certains de dénoncer sa politique culturelle, sa mainmise sur les médias ou encore les écarts de langage de son coalisé Umberto Bossi. Face au modèle politico-économique que tente d'imposer le Cavaliere et la torpeur qui paralyse l'opposition, la société civile italienne a décidé de sortir de sa léthargie. Elle le fait dans le plus strict respect de la liberté d'expression qui sied à une démocratie. Silvio Berlusconi est au milieu du gué, coincé entre une contestation qui gronde et l'aile la plus extrême de son gouvernement qui n'hésite pas à muscler son discours sur des sujets aussi sensibles que l'immigration. Samedi, les Italiens ont montré qu'ils ne céderaient pas face aux anciens et nouveaux démons.

© La Libre Belgique 2002