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Quoiqu'on en dise, un nombre important de conflits progresse vers un règlement et des millions de vies sont sauvées. Mais il faut renforcer les missions de maintien de la paix de l'Onu.

Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l'Organisation des Nations unies

En dépit des titres récents, moins de personnes sont tuées par la guerre qu'à presque tout autre moment au siècle dernier. Les conflits armés ont fait quelque 25000morts en 2002, à peine un dixième des victimes chaque année au cours de la décennie des années 90. Même le 11 septembre et les guerres en Afghanistan et en Irak, n'ont pas inversé le déclin.

Il y a deux raisons essentielles à ce déclin dans le nombre des victimes des conflits: moins de guerres éclatent et, le plus important, beaucoup de guerres anciennes se terminent. Ceci est particulièrement vrai en Afrique. Les guerres en Angola, au Congo et au Soudan -où près de sept millions de personnes sont mortes- sont terminées ou seraient sur le point de l'être bientôt. La Sierra Leone, récent refuge de «rebelles charcuteurs de membres», est stable. Le Liberia voisin est sur la même voie.

La tendance n'est pas limitée à l'Afrique. L'Europe et l'Asie orientale, qui ont perdu quelque 60 millions de personnes dans les guerres du siècle dernier, sont presque totalement en paix. Même les Balkans «brûlants», après la récente violence au Kosovo, est plus stable maintenant. L'Inde et le Pakistan s'attachent à une solution de leurs divergences.

Un mot de prudence cependant avant de conclure que la paix mondiale est sur le point de s'instaurer. En 1914, la Fondation Carnegie pour la paix considérait que les grandes puissances n'étaient manifestement pas désireuses de faire la guerre, et ce à la veille de la Première Guerre mondiale. La tendance positive actuelle peut s'inverser à tout moment.

Une seule chose est certaine: un nombre important de conflits progresse vers un règlement et des millions de vies sont sauvées.

Pour assurer que certains de ces conflits aient véritablement une chance de se terminer complètement, le Conseil de sécurité de l'Onu crée des opérations de maintien de la paix. Pour le Liberia et la Côte d'Ivoire, ces missions sont déjà déployées. En Haïti, une force des Nations unies remplacera prochainement la Force multinationale intérimaire. Toutefois, l'un paradoxe de cette paix grandissante réside dans le fait que les ressources militaires nécessaires au maintien de la paix sont affectées négativement par le nombre de missions de paix.

En outre, pour s'assurer que les conflits en cours prennent fin, le Conseil de sécurité a établi de nouvelles missions de maintien de la paix au Liberia et en Côte d'Ivoire, portant ainsi à quinze le nombre d'opérations dirigées par l'Onu. Plus de 50000 casques bleus et policiers sont actuellement déployés sur trois continents, pour beaucoup venant de pays en développement dont le Pakistan et le Bangladesh. D'ici à la fin 2004, le nombre de soldats et de policiers de l'Onu sur le terrain pourrait passer à 70000.

A l'échelle de l'activité militaire mondiale, ceci est faible. Même si la facture du maintien de la paix de l'Onu atteint quatre milliards de dollars sur une année, ce qui est possible si le Conseil de sécurité décide de nouvelles missions dans tous les lieux actuellement sur sa liste, le maintien de la paix de l'Onu représentera toujours moins d'un pour cent de ce que les Etats-Unis dépensent à eux seuls chaque année pour la défense.

Mais dans le contexte de l'Onu, la montée en flèche du maintien de la paix poussera le système à la limite de ses capacités. Pour chaque membre du personnel d'appui du Département du maintien de la paix au siège à New York, il y aura plus de 100 personnes sur le terrain, une situation qui entraîne des difficultés sérieuses dans les secteurs de la planification, la constitution des forces, la logistique, les achats, le commandement et la conduite des opérations. Pour faire en sorte que ce recul de la guerre soit réel, la communauté internationale devra prendre certaines décisions difficiles. Quatre principes, bien établis, pourraient la guider dans ses décisions.

Premièrement, l'Onu doit continuer de s'abstenir de prendre part aux conflits. Les Nations unies ne peuvent mener une guerre et ne peuvent maintenir la paix où il n'y a pas de paix à maintenir. Au mieux, elles peuvent tancer les troublions qui rechignent à la mise en oeuvre d'accords de paix, après qu'elles ont été déployées. Mais pour ce qui est de campagnes véritables, il faut recourir à des coalitions militaires, similaires à celles que le Conseil de sécurité avait autorisées lors de la Guerre du Golfe en 1990.

Deuxièmement, les partenariats sont importants et les années récentes les ont vus progresser en matière de maintien de la paix -l'Onu travaillant de concert avec les organisations régionales comme l'Union européenne, l'Otan ou la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO). Ces arrangements présentent certaines complications, mais les pays voisins et amis ont un intérêt à voir se résoudre les problèmes. Et dans un monde ou l'attention n'est pas soutenue, ceux qui resteront mobilisés sont précieux.

Troisièmement, pas de tâche sans les outils. Quand les forces américaines se sont retirées de la Somalie, il y a dix ans, la mission de l'Onu a échoué. Si la communauté des nations est attachée au maintien de la paix, l'appui doit être fourni à sa bonne exécution -à savoir les hommes et femmes en uniforme tant des pays développés que des pays en développement, les services logistiques militaires spécialisés de la part des pays qui en disposent, les ressources financières, les réserves de forces stratégiques, l'engagement continu. Sans cet appui, la paix échouera invariablement.

Quatrièmement, persévérer jusqu'à ce que la paix s'implante.

Il faut du temps pour bâtir la paix à partir des cendres de la guerre et la communauté internationale doit être disposée à travailler main dans la main avec les institutions locales jusqu'à ce qu'elles puissent assumer pleinement les responsabilités de bonne gouvernance, assurer un état de droit et un développement économique durable.

Pour réaliser cette stabilité, les opérations de maintien de la paix doivent s'inscrire dans un plan de relèvement à long terme. Le dividende de la paix est là, mais pas sans un investissement clairvoyant.

Titre et sous-titre sont de la Rédaction.

© La Libre Belgique 2004