Opinions

Pour pimenter des campagnes électorales qui passionnent de moins en moins les foules, quelques partis ou responsables politiques agitent depuis peu des gadgets qui s'appellent: référendum, consultation populaire, etc. Ils essaient de convaincre les électeurs que ceux-ci pourront ainsi influencer les décisions des responsables politiques.

Belle théorie en effet! Il serait facile d'ironiser longuement sur la manière dont les responsables nationaux et locaux de notre démocratie ont tenu compte du vote des électeurs lors du récent scrutin communal mais il est sans doute plus utile de dégonfler cette baudruche politique qu'est le référendum et même d'en dénoncer le danger grandissant pour le bon fonctionnement d'une démocratie. Je ne m'attarderai pas sur la consultation populaire ou les trucs d'initiative populaire qui ne sont, pour reprendre une expression imagée de Raymond Barre, que des "attrape-couillons" pseudo-démocratiques.

Quelques cas concrets pour illustrer notre propos. En France, en septembre dernier, le référendum sur le quinquennat fut considéré par la population comme superflu donc inutile. Depuis des années en effet, tous les sondages indiquaient qu'une majorité très importante des Français étaient pour le quinquennat, même sans très bien savoir quelle influence il pouvait avoir sur la stabilité des institutions. En outre, 80pc des élus (sénateurs et députés) avaient approuvé le texte proposé par le Président de la République et le Premier ministre. Certains se demandent aujourd'hui si ce référendum ne fut pas le référendum de trop!

Au même moment avait lieu au Danemark un référendum sur l'adhésion ou non à l'euro. Il fallait voir la mine déconfite du Premier ministre danois devant commenter le non des électeurs. La campagne avant le vote avait vu mélanger tous les problèmes. On avait en fait parlé peu de l'euro et beaucoup de sécurité sociale, de pensions, de soins de santé mis soi-disant en danger par l'euro comme ci celui-ci, moyen technique au service de la politique, avait une influence sur les décisions politiques dans ces domaines. La réponse fut non parce que les démagogues jouèrent de la peur du citoyen face au changement.

Toujours au même moment, un commissaire européen, plutôt mal inspiré il est vrai, évoquait la possibilité d'organiser un référendum sur l'élargissement de l'UE. La réaction des responsables politiques européens fut immédiate. Ils dénoncèrent cette initiative intempestive, se rendant compte que si elle était suivie d'effets au niveau de l'UE, celle-ci courait droit dans le mur. Ils se rappelaient sans doute les sueurs froides provoquées par les référendums organisés dans certains pays sur les traités de Maastricht ou d'Amsterdam. Ils se rappelaient aussi peut-être que tout référendum organisé sur l'euro en Allemagne, par exemple, aurait abouti, avec certitude, au rejet de la monnaie unique.

Nous vivons dans un monde de plus en plus global, dans une Europe en pleine évolution politique, sociale, culturelle. Un monde bien compliqué pour le citoyen honnête qui essaie de comprendre car, chaque fois qu'un problème important se pose, nous entendons une foule d'experts qui illustrent l'adage: un expert qui parle, c'est une opinion; deux, c'est la contradiction; trois, c'est la confusion. Cela dit, combien de citoyens prennent-ils la peine de s'informer sérieusement des problèmes qui agitent notre société et que de problèmes aussi, avouons-le humblement, qui échappent un peu ou beaucoup à notre entendement? D'où la difficulté de répondre par oui ou par non à des questions forcément complexes.

Plus fondamentalement encore, ne serait-il pas très dangereux d'organiser des référendums sur certains problèmes éthiques, environnementaux et même, en ce qui concerne la Belgique, sur l'organisation de l'Etat ou le fonctionnement des institutions? Le seul référendum organisé en Belgique en1950, en épilogue à l'affaire royale, a vu la minorité imposer son point de vue à la majorité après une campagne où la violence et la désinformation l'ont disputé à la grossièreté et à la vulgarité.

Il est évidemment tentant pour certains politiques de proposer des référendums sanctionnés à coup sûr par des majorités écrasantes de oui ou de non. Font partie de cette catégorie, les référendums du type Nimby, c'est-à-dire les contraintes pour les autres. Ils sont non seulement inutiles mais aussi dangereux dans la mesure où ils laissent souvent libre cours à la démagogie la plus débridée.

On se demande alors quel type de référendum utile pourrait être organisé. En fait, le bon fonctionnement d'une démocratie dépend de la manière dont les représentants du peuple travaillent à tous les niveaux de pouvoirs. Une démocratie fonctionne quand les responsables politiques sont bien sûr à l'écoute - sérieuse et attentive - des citoyens mais surtout sont capables de prévoir - même au-delà de leur propre réélection - et de décider les meilleurs ou les moins mauvaises solutions - même impopulaires - aux problèmes de l'ensemble des citoyens.

Que les responsables politiques fassent donc leur travail et cessent d'agiter l'idée du référendum pour laisser accroire aux citoyens qu'ils participeraient davantage au processus de prise de décision. Et si, en plus, il faut modifier la Constitution pour pouvoir organiser une chose utile le jeu n'en vaut vraiment pas la chandelle!

© La Libre Belgique 2000