Opinions

Que pensez-vous de la suppression des appellations de congé liées à la religion ? Comment comprenez-vous cette évolution ?

On peut se demander pourquoi on ne va pas plus loin. Pourquoi garder la Pentecôte et l’Ascension alors que d’autres fêtes seraient peut-être plus légitimes ou plus amusantes : la Saint-Valentin par exemple ? De façon générale, nos sociétés sont sécularisées. Sauf cas très précis, la vie quotidienne des populations ne passe plus par la dimension religieuse. C’est un constat. On ne peut pas dire, à part pour une minorité respectable évidemment, qu’il y ait un grand sursaut de religiosité dans la société contemporaine. Il y a une réelle volonté de séculatisation qui correspond à une volonté d’empêcher la mainmise d’autres religions, de neutraliser d’éventuelles autres revendications. Il y a une sorte de raidissement du monde laïc. Tant qu’on peut empêcher la mainmise des religions (ou la supprimer) sur l’organisation des fêtes populaires, autant en profiter. Il s’agit de consolider certains garde-fous, de peur de voir notamment l’islam revendiquer des choses.

Emploieriez-vous le terme de “neutralisation” ?

Si on veut, oui. La Belgique est d’ailleurs un pays neutre, et pas laïc comme la France. Nous reconnaissons six ou huit religions dont la laïcité. La laïcisation fait partie de la vie courante. Quand on dit qu’il y a un milliard de catholiques dans le monde, c’est une erreur. Il y a un milliard de baptisés, ce qui n’est pas la même chose. Un grand nombre d’entre eux ne sont pas vraiment pratiquants à l’exception des rites de passage, et encore Même les universités catholiques ne sont pas des lieux de haute spiritualité, malgré des facultés de théologie sûrement très compétentes.

Avec ce changement, il s’agirait donc selon vous de coller davantage à la réalité ?

Je ne crois surtout pas que ce soit un enjeu majeur. Il n’y a pas de grosses manifestations dans la rue, comme contre le mariage pour tous en France. Même si on décide qu’il faut dire vacances d’hiver et plus vacances de Noël, les gens continueront encore longtemps à dire vacances de Noël.

La FSC, Fédération des scouts catholiques, qui perd son “c”, celui de l’UCL qui fait débat : tout cela semble aller dans le même sens…

C’est un mouvement qui pousse à renvoyer la religion uniquement dans la sphère privée. Ce qui est faux. La religion n’est pas dans la sphère privée, sinon il faut détruire les églises et les minarets. Il y a une partie publique dans la religion, fatalement. Donc on ne peut pas dire : vous faites tout ce que vous voulez mais à la maison et pour le reste, on ne se montre plus.

Cette tendance fait-elle aussi perdre quelque chose ?

On y gagne la levée de certains tabous. Et on y perd la force de certaines traditions. J’ai beau être un laïc mais oui, pour moi Noël c’est paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté, c’est le sapin, symbole de permanence, les boules et même la crèche ; et Pâques, c’est la fête du renouveau, ce sont les cloches, les œufs, les lapins.

Si on tournait résolument le dos à tout cela, qu’y aurait-il pour remplacer ?

Le mercantilisme. C’est comme quand on a introduit Halloween chez nous, pour faire du fric. Les fêtes perdent leur dimension festive pour ne demeurer que des prétextes à consommation. Nos sociétés sont tellement linéaires et basées sur la croissance, que le rappel de cycles est nécessaire et que leur disparition serait dommageable pour notre ancrage culturel.

Inscrivez-vous le débat autour du cours de philo obligatoire à l’école dans ce même ordre d’idées ?

Là, je suis résolument pour ! Supprimez les cours de religion et de morale et faites-moi un vrai cours de philo. Cela permettrait de brasser les élèves autour de pratiques communes et leur apprendrait à poser des questions essentielles sur la vie sans trouver des réponses toutes faites dans les traditions qu’on leur impose et auxquelles ils ne comprennent souvent rien. Le problème est que personne n’est préparé pour l’enseigner.

"Tant qu’on peut empêcher la mainmise des religions (ou la supprimer) sur l’organisation des fêtes populaires, autant en profiter. Il s’agit de consolider certains garde-fous, de peur de voir notamment l’islam revendiquer des choses."