Opinions
Une opinion de Barbara Van Eeckhout, citoyenne.

"Quelle ignominie de laisser sous-entendre que notre société peut être comparée à des régimes totalitaires qui ont tué leurs victimes par millions ! Vous n’avez pas le droit d’utiliser leur souffrance pour glaner des soutiens. C’est indécent !

Est-ce le manque d’imagination ou le vide idéologique chez certains de nos journalistes et politiques qui les amènent à se référer au pire régime politique du siècle passé, et cela pour justifier leur moindre argument ou leur lutte actuelle ?

Les mots ont de l’importance et l’impact de ceux-ci dans la population aussi.

Des termes comme "nazisme", "fascisme" et, depuis peu, "franquisme", lourds d’histoire, sont hurlés comme une onomatopée que le capitaine Haddock n’oserait même pas envisager, contre l’adversaire à abattre.

Certains de ces hurleurs se revendiquent pourtant de criminels de masse. Rappelons les 17 000 innocents fusillés sous Castro, qui l’avaient sans doute contrarié. Le Che, ce héros toujours encensé dans des colloques universitaires, qui tuait ses opposants sans pitié et envoyait des homosexuels et des chrétiens dans des camps de concentration, qui pour certains, aujourd’hui, n’étaient pas pires qu’un Pairi Daiza des Antilles. Ceux-là se réclament du communisme, oubliant Pol Pot, qui détestait les intellectuels à lunettes même lorsqu’ils étaient pauvres et les faisait massacrer par ses GO, les Khmers rouges. Zappant l’Albanais Enver Hoxha, grand adorateur de Staline et de ses pratiques et artisan de la terreur. Effaçant Nicolae Ceausescu et ses camps. Reléguant la Chine de Mao et ses 65 millions de morts, Mengistu en Ethiopie, la Russie soviétique. Ils étaient tous des tueurs de masse. Mais de gauche.

Il n’a pas fallu 100 ans pour que les amnésiques de l’histoire banalisent les pires régimes. Au nom de "la lutte", le sanguinaire devient un héros jusque dans le chant lyrique. La pire répression se transforme en lutte prolétarienne héroïque. Mais l’adversaire politique sera, quant à lui, immédiatement traité de fasciste, de nazi, de franquiste.

Même si tout n’est pas parfait…

Quelle ignominie de laisser sous-entendre que notre société peut être comparée à ces régimes totalitaires qui ont torturé, tué leurs victimes par millions ! Quelle horreur de suggérer par de telles comparaisons que, dans nos prisons, on torture. Que la "gégène" existe toujours. Qu’on laisse des prisonniers crever de faim et de soif. Que chez nous, il y a des camps où les gens meurent de froid, sans soin. Qu’ils dorment sur des planches ou à même le sol, tout nus. Que nous avons des tickets de rationnement. Que nous avons peur du voisin délateur. Que nos journalistes sont enfermés. Que la liberté d’expression n’existe pas.

Tout n’est pas parfait dans notre pays. Le gouvernement libéral essaye effectivement de réduire nos acquis sociaux à une peau de chagrin. L’accueil des réfugiés, sous l’effet notamment de la pression populaire, est un véritable scandale, tant au niveau belge qu’au niveau européen. Mais cela ne vous donne pas le droit d’utiliser la souffrance des victimes de ces régimes pour l’exprimer et glaner des soutiens. C’est indécent !

Le terme "nazisme" devient une blague de potache, une expression grossière, déforçant toute l’horreur qu’il représente. Il est utilisé comme catalyseur de la lutte pour le droit des sans-papiers, la lutte des classes, pour disqualifier le contradicteur.

Je suis fatiguée que les journalistes ne prennent plus le temps de déconstruire les discours, qu’ils ne fassent presque plus que du journalisme de clic.

Je n’en peux plus d’entendre des termes comme "voleurs" ou "moralisation" pour faire du buzz. Je ne peux plus accepter que des "fake news" fassent la Une, alors que leurs démentis sont noyés dans les anecdotes. Ou que certaines dictatures soient banalisées et d’autres, expurgées de notre conscience collective. Ou pire : banalisées par une sémantique soi-disant "de lutte sociale".

Je ne peux plus accepter que l’on se scandalise du détournement de fonds publics lorsqu’il s’agit du Samusocial, alors qu’on ne se demande pas d’où vient l’argent des activistes qui financent une large campagne de tracts et d’affiches en faveur des migrants ou autres qui n’est plus un appel à l’aide, mais un outil de propagande.

J’étouffe sous les démagogies. La morosité idéologique m’angoisse. Les appels à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion m’horripilent. Zola est-il mort, dans notre pays ? Ou sommes-nous condamnés à subir de plus en plus souvent une propagande digne d’une Leni Riefenstahl (de gauche) sans que personne ne crie gare ?

Et surtout, j’ai cette horrible sensation que la presse écrite et télévisuelle n’a pas conscience que sa façon d’informer ou de désinformer devient un véritable appel à la haine, au sectarisme, au clivage, provoquant une morosité sociale constante, avec toutes les conséquences que cela implique. Il me semble grand temps de se poser ces quelques bonnes questions.

Le titre, l’introduction et les intertitres sont de la rédaction. Titre original : "La forme pour justifier le fond".