Opinions

Une opinion des fédérations de centres de jeunes et des fédérations d'organisations de jeunesse. 


Depuis de longs mois, nos gouvernements mènent de front le combat contre la crise et s’attèlent à la mise en œuvre de la politique d’austérité imposée par l’Europe. L’action a porté ses fruits, nos ministres peuvent enfin se féliciter de l’assainissement budgétaire et du retour à l’équilibre pour l’exercice 2014. "Pas le choix", nous dit-on, "il faut réduire la voilure". "Mais soyez sans craintes", on nous rassure, "les mesures prises se veulent les plus indolores possibles".

La technique est simple. D’une part, on évite les dépenses dites inutiles ou on les rationalise et d’autre part, on optimalise les recettes. De plus, nous pouvons compter sur le bonus de "la recette belge". Une part des marges dégagées permet d’organiser une relance pour protéger le marché et les entreprises et remettre en marche la machine économique. De cette manière, le mal est limité, chaque citoyen peut être rassuré. Les acquis sont maintenus et les "affaires" devraient reprendre.

Oui, certes… Mais l’illusion s’estompe vite. L’onde de choc est bien réelle. Chaque euro épargné coûte quelque part. Déjà victime d’un sous-financement structurel, le secteur jeunesse paie aussi sa contribution. L’addition est salée :

- En 2009, l’ambition de la Fédération Wallonie-Bruxelles était de développer un "Plan jeunesse" visant une coordination des politiques en faveur des jeunes. On déplore aujourd’hui un "sauve-qui- peut" général soigneusement motivé par la crise laissant le secteur jeunesse seul avec ses préoccupations. En ces temps difficiles, des moyens précieux ont été consacrés à des études d’opportunité, à la consultation et à la coordination du projet. Au final, tout cela pour rien ! Que du gâchis ! Comme si ce n’était pas suffisant, les partenaires qui s’étaient assis autour de la table remettent en cause les collaborations et le soutien à la politique jeunesse acquis de longue date… Un comble ! Il a fallu s’entendre dire que le gouvernement amputait la jeunesse d’une partie de l’effectif des enseignants détachés dans les organisations de jeunesse. "Le sort de ces emplois n’est pas définitivement scellé", déclare la Ministre Huytebroeck. Peut-être, mais les montants y correspondant, oui. Il lui faudra apporter sa contribution à l’économie sur ses compétences. Lesquelles ? A la suite, devrons-nous aussi nous inquiéter pour les autres emplois mis à disposition de la ministre de la Jeunesse par les Régions ?

- La Fédération Wallonie-Bruxelles a limité drastiquement l’apport de crédits visant à soutenir toutes nouvelles associations œuvrant en faveur des jeunes et ce malgré qu’elles répondent effectivement aux critères imposés par la réglementation. Ces structures se retrouvent sans moyens laissant ainsi le champ de l’action socioculturelle aux soins de la sphère marchande.

- Aucune perspective non plus pour la relance des accords sociaux visant l’harmonisation des rémunérations des travailleurs du secteur jeunesse au même niveau que les autres secteurs non marchands. Exit, du même coup, la question de l’activation du financement de la progression des salaires dû à l’ancienneté. Des coûts qui pèsent toujours plus et qui, malgré les dispositions mises en place ici et là, restent à charge des associations. Bien qu’elles soient employeurs comme toute autre entreprise, nos structures ont été exclues des dispositifs de réduction des charges accordés aux entreprises marchandes. Tout à la compétitivité, là-dedans, "le non marchand ne présente aucune plus-value". Vraiment ?

- Il a fallu également compter sur le gel de l’indexation des subventions. Or, l’inflation a bien produit ses effets en 2013. Une indexation des salaires a dû être opérée et a généré une progression des coûts.

- Touchées aussi par les mesures d’austérité, les communes, souvent actives dans la politique locale de jeunesse, revoient à la baisse voire suppriment les moyens alloués aux associations de jeunesse. Des moyens qui permettaient jusqu’ici de contribuer à l’équilibre financier des structures et au développement de projets innovants se réduisent d’année en année.

L’étau se resserre. Alors que les associations préparent à leur tour leur budget pour 2014, le manque de moyens se fait sentir. Les associations de jeunesse sont face au mur. Pour tenir la barque à flot, elles n’auront probablement d’autre choix que de limiter les activités et d’évaluer la possibilité de maintenir ou non le personnel en place.

Le secteur jeunesse, ce sont 204 maisons de jeunes, centres d’information des jeunes ou centres de rencontre et d’hébergement ainsi que 90 organisations de jeunesse accueillant et rassemblant plus de 350 000 jeunes au quotidien, soit un jeune sur quatre. Autant de lieux d’expression et de rencontres, autant d’espaces de liberté et de construction collective, autant de routes vers l’émancipation et la construction citoyenne.

Ce sont près de 1 750 travailleurs (équivalents temps plein) présents pour la tenue de quantité d’activités chaque jour après l’école, le week-end, durant les vacances scolaires. C’est la nécessaire opportunité pour nos jeunes de pratiquer de la musique, du sport, du théâtre ou bien d’autres disciplines et de développer des actions citoyennes, des projets participatifs, des projets de solidarité locaux ou ailleurs dans le monde.

Le futur annoncé ne permet pas d’être plus rassuré. Le pari de la relance n’est pas gagné et c’est sans compter sur la mise en œuvre de la réforme de l’Etat. Celle-ci prévoit la prise en charge exclusive des politiques de remises à l’emploi par les Régions. Les budgets annoncés pour ce faire présentent un manque à gagner de 10 %. Pour le secteur jeunesse se pose la question du maintien des dispositifs de remise à l’emploi (APE et ACS) et de leurs financements. Bien souvent limitées au subventionnement d’un seul poste de travail, nos associations se sont reposées sur ces programmes pour constituer leurs équipes de travail et ainsi assurer leurs missions. Lorsqu’on sait que près de 2/3 des emplois des associations relèvent de ces programmes, comment avoir confiance en l’avenir ?

Au premier Ministre, aux responsables politiques et aux présidents de partis, nous posons cette question : quelle politique voulez-vous vraiment pour les associations de jeunesse ? Nos fédérations de centres de jeunes et d’organisations de jeunesse souhaitent une réponse claire à cette question et sur les enjeux qui nous préoccupent ! Nous voulons connaître votre position à ce sujet et le projet que vous défendez pour le développement du secteur jeunesse. Il n’est pas trop tard pour agir, pour stopper l’arrêt de mort des associations de jeunesse, pour oser la confiance envers les jeunes !

Les fédérations de centres de jeunes et les fédérations d’organisations de jeunesse

Fédération des maisons de jeunes en Belgique francophone, Fédération de maisons de jeunes et organisations de jeunesse, Fédération des centres de jeunes en milieu populaire, Fédération Infor jeunes Wallonie - Bruxelles, Fédération des services d’information sur les études et les professions, Fédération des centres d’information et de documentation pour jeunes de Wallonie - Bruxelles, les Auberges de jeunesse, Conseil de la jeunesse catholique, Relie-F, Confédération des organisations de jeunesse indépendantes et pluralistes, ProjeuneS, Jeunes & Libres, les Scouts.