Les cantines n'ont pas la cote

Combien sont-ils, élèves du fondamental et du secondaire, à renoncer, à l'heure où les estomacs crient famine, à leurs irremplaçables tartines jambon-fromage, valeur sûre s'il en est, pour le fameux "dîner complet" de la cantine de l'école?

Alice Dive
Les cantines n'ont pas la cote
©Vince@cartoondatabase.com

Combien sont-ils, élèves du fondamental et du secondaire, à renoncer, à l'heure où les estomacs crient famine, à leurs irremplaçables tartines jambon-fromage, valeur sûre s'il en est, pour le fameux "dîner complet" de la cantine de l'école ? A défaut de pouvoir s'appuyer sur des chiffres plus récents - ceux de 2009 n'ont pas encore été rendus publics -, c'est au rapport sur "l'état des lieux des pratiques et de l'organisation des cantines scolaires", établi en 2006 par la Communauté française, qu'il faut dès lors se référer.

Inscrit dans le cadre plus large de la politique de "promotion des attitudes saines sur les plans alimentaires et physiques" pour les jeunes de la Communauté française, ce document révèle que pas moins de 81 % des établissements scolaires offrent à leurs élèves la possibilité de manger un repas chaud le midi. Pour ce faire, chaque école est libre d'opter pour la formule qui lui semble la plus appropriée en fonction des moyens dont elle dispose. Car, comme on le rappelle dans les rangs de la ministre Simonet (CDH), "la mise en œuvre de cantines scolaires est un service extrascolaire qui est une prérogative exclusive des pouvoirs organisateurs". En d'autres termes, c'est à chaque école proposant des plats chauds à ses élèves que revient la charge d'assurer financièrement cette offre.

Ceci étant, force est de constater que le taux de fréquentation des cantines scolaires est relativement faible : seuls 22 % des élèves laissent régulièrement leur boîte à tartines à la maison pour se restaurer à l'école. S'en suit alors la question, somme toute assez logique, du "pourquoi" ? Pourquoi êtes-vous encore si nombreux, parents, à préférer mettre vos enfants au "dîner tartines" plutôt que de les faire asseoir "aux bancs" de la cantine ? Au-delà de l'envie de se retrouver le soir en famille autour d'un bon petit plat, y a-t-il d'autres explications ? Sans doute.

1 L'hygiène. D'après le rapport annuel d'activités de l'Agence fédérale de sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) paru en juillet dernier, sur les 378 inspections menées au cours de l'année civile 2010 sur l'ensemble du territoire belge, 139 d'entre elles se sont révélées "défavorables". Autrement dit, plus d'une cantine scolaire sur trois (37 %) ne respecterait pas les normes d'hygiène. "Les manquements les plus fréquents sont l'absence de système d'auto-contrôle dans les cuisines, le mauvais fonctionnement des frigos et congélateurs, la présence de produits périmés ou encore les défauts de nettoyage et de désinfection", déclare Pierre Cassart, porte-parole de l'Afsca.

2 L'équilibre nutritionnel. C'est donc pour éviter d'être en zone rouge en matière d'hygiène que plus d'une école sur deux en Communauté française recourt à un traiteur pour s'approvisionner en repas chauds. Si cette formule, a priori séduisante, permet aux écoles d'éviter des coûts de production importants (matières premières, personnel, équipement de cuisine), c'est - parfois - sans compter sur l'équilibre nutritionnel des plats qui sont livrés à la cantine, jugés trop riches par les parents et par les enseignants. "Les repas qui arrivent dans des barquettes en aluminium sont toujours hypergras, en sauce. Je ne veux pas que mes enfants mangent cela", déclare une institutrice et mère de deux enfants. "L'idéal serait que l'école puisse produire sur place des plats plus équilibrés", ajoute-t-elle.

3 Le prix. Mais d'aucuns seraient tentés de le penser : disposer de sa propre infrastructure de production engendre pour l'école des coûts plus élevés que lorsqu'elle fait appel à une société de restauration externe. Il n'empêche, certains établissements scolaires parviennent à produire des repas plus sains à des prix équivalents, voire plus bas que le prix traiteur. "L'école voisine demande 3,50 € par personne pour un repas-traiteur. Chez nous, on demande 2,50 € par repas pour les maternelles, 3 € pour les primaires. Cela veut dire qu'on ne peut pas se permettre de faire tous les jours rôti de bœuf - pommes de terre - tomates, mais avec un macaroni un autre jour, on équilibre le coût", expose une directrice.

Car si les parents restent relativement réticents à l'idée de mettre leur progéniture au "dîner complet", c'est sans compter sur les efforts fournis par de nombreux établissements scolaires, désireux de conscientiser leurs élèves à l'importance notamment d'une alimentation saine et équilibrée. Ces dernières années, diverses écoles se sont attelées à revoir leurs menus, réduisant ainsi l'offre de frites, croquettes, poissons panés et autres fritures pour y mettre davantage de fruits et de légumes.

De 2008 à 2010, un label "mangerbouger" a d'ailleurs été créé et décerné par la Communauté française (en partenariat avec la Fondation Roi Baudouin) aux écoles candidates qui avaient développé en leur sein un projet "attitudes saines".

Une façon de récompenser les principaux intéressés mais aussi, qui sait, de faire évoluer les idées, souvent toutes faites, à l'égard des cantines scolaires. Loin, très loin du boudin - compote - purée d'antan


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