Opinions Le Crioc ou Test-Achats abordent de temps en temps ce thème, mais rarement de manière continue. Ces matières doivent suivre un traitement différent de celui en vigueur pour les produis commerciaux car elles comportent "un supplément d’âme".

Hélas, une industrialisation accrue rend de plus en plus ténue cette caractéristique. Il est donc temps, afin de préserver la culture d’un minimum de son authenticité, qu’enfin le "contre-pouvoir" d’associations d’usagers se fasse entendre et qu’ensuite le consumérisme plus traditionnel relaie leurs revendications et avancées.

Le terme "usager" semble plus approprié que "consommateur", ce dernier comportant souvent l’idée de la destruction finale du bien consommé, ce qui ne concerne pas la culture, elle qui continue d’exister et peut se transmettre à d’autres, après que le public ait quitté le musée ou la salle de spectacles. Ce terme "usager" est utilisé surtout à propos des services publics, et comme le secteur artistique est largement subsidié...

Autant d’arguments qui expliquent la naissance d’une ASBL d’un nouveau type qui a décidé de se nommer "Ligue des usagers culturels"( LUC).

Sa première action publique s’est matérialisée par l’organisation d’un Prix annuel. Le "Chef-d’Œuvre" récompense une initiative qui renforce les droits des usagers culturels. A l’inverse, le "Flop" dénonce une attitude peu respectueuse envers ceux-ci. Objectif ? "Cette initiative veut susciter le débat sur les droits des usagers culturels et favoriser ainsi une évolution positive de ceux-ci." Pour préparer l’édition suivante du Prix, la LUC va ouvrir sur Internet un site "Observatoire des nouvelles pratiques culturelles" (1). Les internautes pourront tout au long de la prochaine saison 2011-2012 y présenter et débattre des évolutions qu’ils constatent dans le paysage culturel, ce qui mènera à la sélection des prochains "nominés". Première étape d’un long et nouveau cheminement consumériste.

Vendredi 3 juin, en début de soirée, malgré le soleil et une fin de semaine liée au congé de l’Ascension, ils étaient tous là, avec enthousiasme et du champagne, devant "leur" "Cinéscope" qui regroupe treize salles de cinéma réouvertes depuis près d’un an au cœur de Louvain-la-Neuve : le directeur du complexe, le bourgmestre et l’échevin de la Culture, des représentants de l’UCL, de l’IAD, du centre culturel, des étudiants et des habitants. Et principalement Michel Goffin qui préside le "Conseil du 7e Art" auquel tout ce beau monde hétéroclite participe, plus familièrement dénommé "l’ incubateur cinématographique". Leur action étant plébicitée par le vote de nombreux internautes, ils étaient là pour recevoir leur trophée, le tout premier "Prix Chef-d’Œuvre" de la LUC.

Lorsque l’UGC a fermé ses salles, ce collectif de spectateurs s’est battu pour que celles-ci réouvrent et intègrent dans leur programmation des pans d’activités qui soient moins commerciales. En juin 2010, le Cinescope releva ce défi et accepta que le public ait "son mot à dire" dans la gestion, en ce qui concerne le volume d’œuvres d’art et d’essai programmées, les films issus de la Communauté française, les documentaires ou le soutien qu’est censé proposer le complexe au monde associatif local.

Pour garantir cette participation originale, le cahier des charges liant le complexe à l’administration communale d’Ottignies/Louvain-la-Neuve prévoit un subside qui peut équivaloir au montant de la taxe locale (0,20 € par ticket) et qui sera octroyé sur base notamment de l’évaluation annuelle réalisée par le groupement de ses spectateurs-citoyens.

Le hasard fit que ce 31 mai, jour où se clôturait les votes pour le Prix, le conseil communal accordait sa première subvention compensatoire à la taxe, soit près de 50 000 €, pour la période allant de la mi-juin à la fin décembre 2010, sur la base du premier rapport du "Conseil du 7e Art".

Les autres lauréats du palmarès permettent de se remémorer et rendre davantage publique toute une série de préoccupations ou d’espoirs.

Ainsi, le 2e "Chef-d’Œuvre" encourage la ministre flamande de la Culture, Joke Schauvliege, à mener rapidement à terme son combat pour limiter à 100 dBA le volume du son dans les festivals (et à condition de fournir des protections auditives et avoir un sonomètre visible de tous qui affiche le niveau sonore) et invite les autorités wallonnes et bruxelloises à pratiquer de même. Le 3e "Chef-d’Œuvre" montre qu’une association extérieure au secteur culturel peut se faire entendre de celui-ci, même pour des projets onéreux, si du moins ceux-ci correspondent à des attentes sociales emblématiques. Sont couronnés les "Amis des Aveugles" qui concrétisent actuellement un développement significatif de mise en place de visites guidées pour non-voyants dans les musées belges.

Le 1er "Flop" va aux pouvoirs publics, à la société civile et aux sponsors qui ne soutiennent pas suffisamment "Article 27" (2). A cause du succès remporté par son action, cette ASBL n’arrive plus à répondre aux demandes de plus en plus nombreuses de distribution de tickets à prix très réduit (1,25 €) de spectacles et autres activités culturelles aux personnes les plus précarisées.

La remise du 2e "Flop" résonne comme un avertissement contre la tentation de nos institutions culturelles de pratiquer des tarifs déraisonnables. Dans le collimateur : la direction des musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) qui continue de faire payer le ticket 8 €, au lieu de 4 €, pour la moitié de l’offre. Depuis février 2011, pour cette somme, on ne peut plus visiter que le musée d’Art ancien alors qu’auparavant, pour la même somme, on avait également droit à découvrir le musée d’Art moderne, désormais rayé de notre carte culturelle (3).

Enfin, le 3e "Flop" permettra sans doute de renforcer la diffusion des résultats de l’enquête européenne qui démontre que de très nombreux sites Internet de manifestations culturelles (concert, cinéma, théâtre) ou sportives, et leurs billeteries en ligne, ne fournissent pas une information correcte aux acheteurs ou leur proposent des clauses contractuelles abusives. (1) www.la-luc.be

(2) Accès à sa pétition : http://www.lapetition.be/en-ligne/Lettre-ouverte-d-Article-27-pour-le-droit-a-l-offre-et-a-la-participation-culturelle-8756.html (3) L’évolution de la fréquentation de ces deux musées est problématique. Jusqu’en 1996, quand ils étaient gratuits tous les jours, ils attiraient durant un mois (prenons celui de février) environ 80 000 visiteurs. Puis, l’entrée de ces musées est passée de 150 FB à 5 €, puis 8 € (le jour où l’on supprima dans l’offre tous les Magritte). Durant le mois de février 2009 : 14 295 visiteurs. Puis février 2010 : 10 254. Le résultat de février 2011 vient d’être publié (c’est le premier mois avec le musée d’Art moderne fermé) : 7 304 visiteurs.