Opinions
Une opinion de Bernard Keppenne, Chief economist CBC Banque.


Comment assainir cette filière en crise ? Consommateurs et éleveurs wallons doivent prendre la main.


En Belgique, des millions de têtes de bétail sont abattues chaque mois pour nous nourrir. Des chiffres qui posent question et reflètent les enjeux d’une spirale de surconsommation non maîtrisée à laquelle il serait pourtant bon que se substitue un modèle plus équilibré qui conjugue quantité et qualité.

Face aux 12 millions de bouches à nourrir que compte la Belgique, les chiffres de l’abattage donnent le tournis. D’après les données publiées par Statbel, l’office belge des statistiques, le nombre moyen d’animaux abattus par mois en 2017 en Belgique se compte en dizaines de millions : 25 millions de poulets, 912 000 porcs, 77 000 bovins, 65 000 dindes, 12 000 moutons, 5 000 unités d’autres types de volailles, 4 000 canards, 500 chevaux et des chèvres.

Enjeux économiques hors norme

Exprimé en termes de poids, le porc représente à lui seul 59 % du poids total abattu sur un an, la volaille 25 % et les bovins 16 %.

Ces dernières années, le nombre de porcs abattus a fortement reculé et affiche une baisse de plus de 8 % sur deux ans. Dans le même temps, le nombre de bovins abattus a lui augmenté de plus de 5 % sur la même période.

Derrière ces chiffres exorbitants se cachent des enjeux économiques hors norme. Car si l’on porte notre attention aux volumes des animaux abattus par région, on se rend compte du poids prépondérant de cette activité en Flandre.

L’abattoir aux éleveurs wallons

On comprend dès lors pourquoi le débat sur la reprise de l’abattoir Veviba pose énormément de questions et représente un enjeu stratégique.

Sans préjuger des décisions dans ce dossier, la reprise de l’abattoir par une coopérative d’éleveurs de Wallonie prendrait tout son sens.

Cela permettrait aux éleveurs de mieux valoriser leur production tout en assurant une plus grande garantie au consommateur. De plus, cela permettrait d’assurer et de maintenir la filière du blanc bleu belge dont l’avenir dépend fortement du marché belge.

L’industrie alimentaire en Belgique est un acteur de poids et un grand utilisateur de main-d’œuvre ce qui signifie que les enjeux sont importants aussi pour cette industrie. La cohabitation d’un modèle plus régional et d’une industrie alimentaire qui reste tournée vers l’international est donc un atout et permettrait de retrouver une filière saine et de rassurer le consommateur.

Le rôle du consommateur

Dans le modèle actuel de consommation qui est le nôtre avec les dérives et enjeux que l’on connaît, le consommateur a lui aussi un rôle à jouer.

Les Belges doivent adopter une attitude d’acteurs responsables et conscients de leur impact pour pousser l’ensemble de la filière à conjuguer qualité et quantité. S’il souhaite une meilleure traçabilité de sa viande, le client peut agir en réfléchissant à ses habitudes de consommation.

Plus qu’une mode éphémère, les circuits courts, par exemple, ont le vent en poupe et sont peut-être une façon de rencontrer les attentes tant des consommateurs que des producteurs. La maîtrise de l’abattage permettrait non seulement d’apporter de la valeur ajoutée, mais également un meilleur contrôle.

Et donc, pour résoudre l’équation

Bref, si le consommateur s’engage à devenir de plus en plus acteur du changement, et que les agriculteurs sont prêts à mieux prendre cette facette de leur destin en main, une majeure partie de l’équation sera résolue pour assainir cette filière en crise.