Opinions
Une opinion de Thomas Vanderstraeten, entrepreneur. 


Ces dernières semaines ont été le théâtre d’une frénésie médiatique négative autour des cryptomonnaies, et en particulier, autour du cours financier du Bitcoin.


Début décembre, durant la folle ascension du Bitcoin qui s’envolait jusqu’à 20 000 dollars, beaucoup ont prédit une bulle sur le point d’éclater, menaçant l’argent d’apprentis investisseurs peu au fait des risques inédits associés à cette monnaie. Lorsque les cours ont dégringolé et que le Bitcoin a perdu 30 % de sa valeur en moins de 24 heures, certains y ont vu l’accomplissement de ces prédictions catastrophiques et la preuve que les cryptomonnaies seraient basées sur du vent. En si peu de temps, une bien piètre image a été accolée aux cryptomonnaies, alors que la majorité du public n’en entendait parler que pour la première fois.

Un nouveau paradigme

Eloignons-nous un instant de la fluctuation des cours, sujette à beaucoup de spéculations purement financières, pour contempler la technologie qui sous-tend le Bitcoin et les autres cryptomonnaies. Cette technologie, la "Blockchain", possède une valeur intrinsèque indépendante de celle que les traders veulent bien lui conférer, et ce, même si le cours du Bitcoin finissait par raser les pâquerettes. La Blockchain, par une combinaison de décentralisation et de transparence collaboratives, permet l’établissement de systèmes économiques, organisationnels et politiques, d’un genre nouveau. Le Bitcoin n’en est qu’une application, dont la réputation sulfureuse masque beaucoup d’autres au grand public.

La cryptomonnaie Ethereum permet par exemple d’utiliser la Blockchain pour donner vie à des organisations contrôlées par leurs membres, en toute simplicité. Une sorte d’émulation de la démocratie, où chaque citoyen a accès à tous les rouages du système de manière transparente. La désintermédiation et les micropaiements rendus possibles par la Blockchain permettent aussi facilement de mettre sur pied des programmes de microcrédits, des mécanismes d’assurances communautaires, des monnaies locales,…

Ainsi, en Estonie, la Blockchain est utilisée avec succès depuis 2012 dans plusieurs organismes gouvernementaux pour augmenter la sécurité et l’efficacité du traitement des données des citoyens. Plus près de chez nous, la ville hollandaise de Haarlem vient de réaliser un prototype de système d’administration communale basé sur le IOTA, une nouvelle cryptomonnaie prometteuse qui pallie aux manquements du Bitcoin. Dans le secteur privé, AXA a récemment développé un produit utilisant Ethereum pour s’assurer contre les retards des vols aériens. Et ce ne sont là que les prémices d’une nouvelle technologie aux propriétés émergentes dont nous commençons tout juste à prendre la mesure.

Des critiques à apprécier

Plus encore, les contributions majeures de la Blockchain viendront à mon sens du changement de paradigme qu’elle offre. La décentralisation et la désintermédiation portent en effet en elles la promesse de rendre aux individus le contrôle et la transparence qu’ils méritent sur les systèmes auxquels ils participent.

C’est pourquoi, il importe d’apprécier avec philosophie certaines critiques : il est normal qu’une banque protège son rôle d’intermédiaire financier, et qu’un gouvernement protège le contrôle centralisé qu’il exerce. Cela est même louable dans certains cas. Mais prenons donc le recul qui s’impose en interprétant les critiques formulées par ces acteurs à l’égard des cryptomonnaies.

L’année à venir ne sera peut-être pas l’année du Bitcoin, mais elle sera certainement une belle année pour la Blockchain. Et pourquoi pas en Belgique, d’ailleurs ? A quand, par exemple, la création d’entreprises et d’associations, simplifiée et accélérée par l’utilisation de la Blockchain ? C’est mon vœu pour 2018.