Opinions
Une opinion d'Apolline Tielens, membre de la Conférence Olivaint, s'exprimant à titre personnel.


Il faut se méfier des systèmes de reconnaissance faciale utilisés par de nombreux appareils. Ces données biométriques stockées mettent en danger notre vie privée et ne font l’objet d’aucune législation.


Le saviez-vous ? Notre œil, tout comme nos oreilles, sont deux parties du corps humain qui sont uniques à chaque personne. La possibilité que quelqu’un d’autre ait exactement les mêmes yeux ou les mêmes oreilles que vous est infime, pour ne pas dire nulle. Cette particularité fait de l’œil une fabuleuse clé de sécurité.

Mais lorsque votre œil ou votre visage en entier sont scannés, que se passe-t-il ? Afin de vous reconnaître, les données doivent bien être stockées quelque part. Cette question n’est pas récente, mais avec la sortie de l’iPhone X d’Apple, cette discussion est remise à l’ordre du jour.

Une intrusion dans la vie privée

Tout d’abord, il faut comprendre que le grand (prétendu) avantage de la reconnaissance faciale est la sécurité. Apple n’a que ce mot-là à la bouche quand la marque parle de l’iPhone X. Sauf que cet argument choc est bien vite réduit à néant quand on apprend que des experts vietnamiens et même un enfant de dix ans ont pu déjouer le système de la reconnaissance faciale.

Le plus inquiétant est la banalisation que cause Apple en équipant son tout nouveau jouet d’une telle technologie, la rendant disponible à portée de main. Bientôt, on ne se posera plus la question : être scanné partout nous paraîtra normal. Sauf que cette intrusion dans la vie privée est réellement inquiétante.

Les visages sont scannés pour ensuite être stockés dans des bases de données. De là, il suffit que l’utilisateur clique sur un visage, définisse une alarme qui correspond à ce visage et une alerte sonnera lorsque ce visage apparaîtra sur n’importe quelle caméra. Oubliez les balades incognito, il y aura toujours quelqu’un pour vous observer. Ces mots vous paraissent peut-être fantasques et irréalistes, mais c’est ce qui est effectivement proposé par la société Panasonic qui vend cette technologie sous couvert d’une meilleure compréhension des clients et de leurs comportements. Elle propose d’installer ce système dans vos bâtiments (un centre commercial par exemple), ce qui vous permettrait de connaître le nombre de personnes présentes, leur âge et leur sexe.

Fichés à notre insu

Des chercheurs de l’université de Georgetown aux Etats-Unis ont découvert que 117 millions d’adultes aux Etats-Unis étaient fichés, à leur insu, dans des bases de données utilisées par les forces de l’ordre.

La reconnaissance faciale et ses dérives sont loin d’être de la science-fiction : elle est déjà couramment utilisée par les autorités chinoises dans les fast-foods, les universités… et même sur les passages pour piétons. En effet, des caméras de surveillance au-dessus d’un passage pour piéton vous reconnaissent et, si vous passez au rouge, vos données personnelles seront affichées sur un écran géant dans la rue. Sans oublier certaines toilettes publiques qui limitent la quantité de papier de toilette grâce à la reconnaissance faciale !

Des dérives certaines

Soulignons également le fait très inquiétant que, pour le moment, la reconnaissance faciale ne fait l’objet d’aucune législation. Et cette bataille juridique sera très certainement épique car, outre les sujets plus théoriques sur lesquels il faudra s’accorder, se poseront aussi des questions éthiques et des questions pratiques. Par exemple : si un policier vous arrête et prend votre téléphone, peut-il simplement le diriger vers votre visage pour le déverrouiller et ainsi avoir accès au contenu ?

Il est plus qu’évident que cette technologie a un côté très obscur, facilement manipulable par les autorités. Et pourtant, des dérives certaines auront lieu : des spécialistes annoncent que ces bases de données comporteront nécessairement des erreurs. Mais celles-ci peuvent avoir des conséquences terribles. Prenons le cas, par exemple, de la police qui arrête un innocent à la place du criminel parce que le logiciel les a confondus. Sans oublier le simple fait que vous pouvez être identifié dans une foule participant à une manifestation et vous en subiriez les conséquences.

L’anonymat ne sera plus qu’une vague notion de l’ancien temps, à l’allure où vont les choses. Il est d’ailleurs déjà trop tard pour certaines personnes : un photographe russe a trouvé le moyen, avec la reconnaissance faciale, de faire correspondre les visages des stars de l’industrie pornographique, qui utilisent généralement des pseudos, avec leurs profils sur les réseaux sociaux afin de révéler au grand jour qui ils sont vraiment.

Cibles des publicités

Cette technologie est aussi de plus en plus répandue dans le monde de la publicité. En effet, nos panneaux publicitaires seront bientôt équipés de caméras à reconnaissance faciale. Celles-ci vont scanner les visages pour connaître le genre, l’âge et l’humeur des passants afin de cibler plus efficacement les publicités. Dans certains pays comme l’Angleterre ou les Etats-Unis, c’est déjà le cas.

Pour conclure, le mot de la fin sera : la vigilance. Ne soyons pas aveuglés par les prétendus avantages de la reconnaissance faciale, mais bien conscients des dangers et atteintes à la vie privée qu’elle représente. Si pas, comme l’insouciant Icare qui fut aveuglé par le soleil, nous tomberons de très haut.

Le titre, le chapeau et les intertitres sont de la rédaction. Titre original : "La mort de l’anonymat".