Opinions Une opinion de Carl-Alexandre Robyn, architecte financier dans les start-up 

Environ trois quarts des projets issus du crowdfunding rencontreraient des problèmes lors de la production.

En général, les plateformes de financement participatif se prévalent de la mise en place de plusieurs filtres pour éviter les dérapages. Par exemple, certaines d’entre elles refusent les projets personnels, d’autres proposent aux porteurs de projet des mentors (censés garantir la crédibilité du projet), d’autres encore (à l’instar de la plateforme Particeep en collaboration avec Axa) proposent même aux investisseurs des assurances spécifiques contre l’indisponibilité ou l’insuffisance de compétences du porteur de projet, étant bien entendu qu’il ne s’agit pas d’une assurance contre le risque d’escroquerie. D’autres ont mis au point des mesures encore plus sophistiquées comme les algorithmes de détection des fraudes.

Le système est faillible et les procédures (de sélection de projet, de dissuasion et de détection des fraudes) soi-disant draconiennes des portails de crowdfunding ne sont souvent que fumée et miroir aux alouettes puisqu’elles ne peuvent parer à toutes les tentatives de projets bidon ni à toutes les manœuvres douteuses dans les campagnes : investisseurs fictifs ou éphémères pour amorcer la pompe à financement, testeurs-bidon, commentaires factices, fausse localisation du siège social (société californienne qui est en réalité ukrainienne), identités des membres de l’équipe falsifiées (on envoie à la plateforme des copies de passeport ou de cartes d’identité), etc.

Malgré la rigueur de leurs procédures de tri, nombre de plateformes sont gorgées de projets farfelus du genre : "la montre-bracelet qui lit vos émotions", "le collier qui lit les émotions des chats", "le collier qui traduit les aboiements/miaulements de votre chien/chat", "le bracelet qui compte vos calories consommées et/ou votre taux de cholestérol dans le sang", "la micro-caméra qui photographie/capture des images à 90°", etc.

Afficher sur son site des projets cocasses n’est pas critiquable en soi, il en faut de tous les goûts pour contenter la kyrielle d’utilisateurs. Le problème vient plutôt du fait que les portails ne décèlent pas suffisamment vite que les projets de ce genre sont d’abord des fraudes scientifiques doublées de fraudes commerciales.

La sélection pratiquée par les plateformes, quelle que soit leur sévérité, ne peut empêcher l’existence de dérapages et ne peut pas non plus se prévaloir d’un taux de réussite élevé des projets financés grâce à l’argent récolté. Indiegogo a opté pour une plus grande transparence, c’est tout à son honneur, en annonçant, en 2014, un taux de réussite de seulement 12 % pour les projets présentés sur sa plateforme.

En réalité, les plateformes ne procèdent souvent qu’à une due diligence sommaire des projets qu’elles proposent, pas à une analyse poussée de leur viabilité à terme. Une telle analyse serait trop coûteuse en temps et en nombre de collaborateurs spécialisés.

Grosso modo, environ trois quarts des projets issus du crowdfunding rencontreraient des problèmes lors de la production et seraient retardés, voire abandonnés.

Trois risques spécifiques sont identifiés et ils concernent les projets aussi bien que les plateformes.

Outre le défaut (la faillite), il y a le détournement, c’est-à-dire l’utilisation du dispositif de financement participatif pour réaliser des opérations non participatives.

Il y a également la fraude, c’est-à-dire la présentation et la collecte de financement sur des projets inventés sans réalisation par la suite (voici deux exemples de plateformes frauduleuses ayant détourné de l’argent au travers d’un schéma de Ponzi : Ezubao en Chine et Trustbuddy en Suède).

Il y a enfin le blanchiment, c’est-à-dire la présentation de projets afin de collecter et d’agréger des financements de sources frauduleuses pour les blanchir.