Opinions

Une opinion d'Olivier Marquet, directeur général d’Unicef Belgique.

Nous ne parvenons pas à assurer un accueil digne aux réfugiés qui ont le droit d’être ici même lorsqu’ils sont des enfants.


"La nuit, j’ai trop peur et je n’ose même plus sortir pour me rendre aux toilettes." Et encore: "Quand tu reviens de l’école, tu dois tout de suite t’occuper de ton enfant, tu dois le faire manger, le laver, et quand il dort, tu peux seulement t’occuper de toi, tu as des devoirs à faire. Ensuite tu as encore toutes sortes de corvées domestiques qui t’attendent. Dans le centre précédent, on recevait l’eau gratuitement. Ici tu dois l’acheter pour ton bébé ou la prendre à la pompe. Le carton d’eau coûte 6 euros. Si tu veux nourrir ton bébé, il ne reste alors plus rien des 11 euros qu’on reçoit chaque semaine."

Cette maman de 16 ans a fui son pays à cause de la guerre. Chaque année, des mamans mineures non-accompagnées arrivent dans ce centre, le seul en Belgique adapté aux besoins des jeunes dans sa situation. Comment se fait-il dès lors que ces mamans aient l’impression d’être complètement livrées à elles-mêmes ? Qu’une des jeunes filles se sente "menottée et en prison"? Car elle fait partie d’un groupe doublement vulnérable : des enfants avec des enfants.

Tous les deux, la maman et son enfant, devraient être protégés par la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), ratifiée par tous les pays de la planète à l’exception des Etats-Unis. Donc aussi par la Belgique. Nous semblons perdre de vue que la crise de l’asile touche en premier lieu les enfants : la moitié des réfugiés dans le monde sont en effet des enfants. Est-ce un oubli ou une volonté délibérée de ne pas en entendre parler ?

Ces enfants sont-ils au courant de tout ce que l’on dit d’eux ? De la surenchère d’opinions, de tweets haineux qui circulent et des manipulations de chiffres qui ont lieu ? On pourrait croire qu’en tant qu’enfants migrants, ils sont incapables d’exprimer une opinion, étant eux-mêmes l’objet d’une opinion.

Au cours des deux dernières années, des collaborateurs d’Unicef Belgique sont allés à la rencontre de 170 enfants issus de 36 pays. Parmi eux 57 enfants accompagnés de leur famille, 98 enfants non-accompagnés et 15 mamans mineures non-accompagnées. Nous avons écouté les raisons qui les ont poussés à quitter leur pays, les privations et les violences endurées sur la route, leurs joies et leurs chagrins aujourd’hui.

Chaque enfant, quel que soit son lieu d’origine, où qu’il veuille se rendre, aspire à être considéré comme un enfant. Il nous incombe, en tant que communauté, de donner cette chance à chacun d’entre eux, à chacune d’entre elles.

Ces enfants essaient de s’intégrer au mieux en Belgique. Mais plus leur encadrement sera personnalisé, mieux ils y parviendront. Plus le centre d’accueil sera grand, plus ils auront du mal. Certains centres d’accueil se replient sur eux-mêmes et créent une relation du type "nous contre eux". Avec des programmes de parrainage, certains centres tentent d’inverser cette tendance. Des familles des environs accueillent des enfants non-accompagnés chez elles lors de week-ends ou des périodes de vacances.

Hélas, de telles initiatives n’existent pas sur tout le territoire. A Kappelen, par exemple, le programme de parrainage est soutenu par les autorités mais ailleurs ces initiatives dépendent de la bonne volonté du centre d’accueil et du bon-vouloir des habitants des environs. Davantage de soutien et de moyens seraient les bienvenus. Parce qu’une intégration réussie commence ici et maintenant. Les investissements réalisés dans l’avenir des enfants réfugiés ne peuvent générer que du profit : pour l’enfant et sa famille et pour la communauté où ils doivent trouver leurs marques.

La migration est bien plus qu’une crise. C’est l’histoire de chances, de rêves, de rencontres et d’enrichissements mutuels. Aujourd’hui, tout débat sur l’asile commence et se termine par la question : expulsion ou pas ? Comme s’il fallait déjà être totalement reconnaissant de ne pas être expulsé. Et comme s’il n’y avait rien à ajouter ensuite.

Pouvoir rester n’est pas un privilège. Les droits de l’enfant ne se résument pas à cela.

--> Le rapport “Les enfants migrants et réfugiés en Belgique prennent la parole” a été présenté vendredi par “What Do You Think?”, un projet de participation d’UNICEF Belgique. Il est disponible ici : www.unicef.be