Opinions Une opinion d'Olivier Colin, conseiller au Centre Jean Gol.

"C’est une belle chose d’être honnête, mais il est également important d’avoir raison", disait Winston Churchill. Je ne remets certainement pas en doute l’honnêteté d’une certaine classe politique conservatrice tournée vers le passé. A l’entendre répéter sans cesse à quel point les richesses se concentrent, les inégalités augmentent et les acquis sociaux disparaissent, on finirait presque par le croire ! Pourtant, la réalité est toute autre : notre pays est probablement un des seuls au monde où les inégalités diminuent. Selon l’indice de Gini qui mesure l’inégalité relative au sein d’une société, la Belgique s’est améliorée entre 2006 et 2016, alors même que les inégalités ont augmenté sur la même période dans la zone euro. La Belgique se situe dans le haut du classement des pays les plus égalitaires de l’OCDE. L’indicateur européen de pauvreté, risque de pauvreté ou d’exclusion sociale a baissé depuis 2012 et le pourcentage de la population en privation sévère diminue également.

Cette constatation ne signifie certainement pas qu’il n’y a plus d’efforts à faire. Plus que jamais, il est indispensable pour notre pays de limiter au maximum le risque de pauvreté. Nonobstant cet impératif absolu, ne devrait-on pas également sortir du raisonnement dichotomique qui oppose inégalité et réussite et qui voudrait nécessairement pénaliser la prise de risque, l’entreprenariat et le mérite sous la justification d’un objectif absolu d’égalité ?

J’ai la chance de côtoyer de nombreux entrepreneurs, qui pour certains sont partis de rien et ont décidé de miser le peu d’économies qu’ils avaient pour réaliser leur rêve ou vivre leur aventure et prendre des risques. Certains l’ont fait avec beaucoup de succès, ils l’ont fait en payant chaque année des impôts, des cotisations sociales, de la TVA, parfois à devoir calculer le cash qu’il leur restera en fin d’année sans savoir s’ils pourront continuer l’année suivante. Doit-on, parce qu’ils ont réussi, les pénaliser pour les risques qu’ils ont pris ? En viendrait-on à dévaloriser leur mérite, à oublier les emplois qu’ils ont pu créer et les bénéfices que leur activité a apportés à la société ? Tout cela sans parler de ceux, beaucoup plus nombreux, qui n’ont pas eu la chance de réussir, qui n’ont même pas pu bénéficier d’allocations de chômage après leur échec ou de protection sociale en cas de maladie.

Je suis plus que jamais convaincu que les entrepreneurs représentent l’avenir de notre société, et il serait temps que les partis de gauche les considèrent à leur juste valeur dans le débat public. Les solutions proposées qui consistent à vouloir taxer les richesses ou les plus-values sont, au mieux inefficaces, et au pire contre-productives et dangereuses. Au contraire, c’est en encourageant nos entrepreneurs à se lancer, créer de l’activité et créer des emplois que nous pourrons assurer à notre pays et à notre sécurité sociale un avenir certain !

Les mesures à prendre

Le gouvernement fédéral actuel l’a bien compris, et les résultats sont là. Pourquoi dès lors ne pas continuer sur cette voie ? Accéder au chômage en cas de démission pour lancer son activité, continuer à offrir une meilleure protection sociale aux indépendants, sensibiliser à l’entreprenariat dans nos écoles, continuer d’encourager l’investissement dans le capital à risque et le soutien à la création d’incubateurs et d’accélérateurs universitaires en partenariat avec le secteur privé sont autant de mesures essentielles pour assurer l’avenir de notre pays.

Ce n’est pas en plaçant son attention sur les fruits qui ont déjà poussé qu’on peut faire grandir une plantation, c’est en se concentrant sur les racines et ce qui se trouve sous le sol. Sachons nourrir les racines de notre économie, plutôt que de les endommager avec des mesures populistes et inefficaces.