Opinions Je vous laisse évidemment le choix, mais moi je sais pour qui j’irai voter le 14 octobre.

Une chronique de Marie Thibaut de Maisières, éditrice et auteure.


Le 14 octobre, hommes et femmes seront en alternance sur les listes électorales communales. Ce nouveau quota paritaire, appelé "la tirette", m’a semblé être l’occasion de se demander si les femmes font de la politique autrement. L’idée n’est pas de réfléchir à la question métaphysique de l’essence de l’être féminin. Mais de se demander si dans notre société encore patriarcale, les femmes pratiquent d’autres types de politique, dans leur style et dans les sujets qu’elles font émerger. Pour ceux qui trouveraient que la question est dépassée, rappelons que seulement 2 des 19 bourgmestres bruxellois sont des femmes et qu’elles ne constituent que 12 % des maïeurs en Wallonie. Après une série d’entretiens avec des femmes candidates (1), je retiens plusieurs constats.

Pour Opaline Meunier, candidate Mons en Mieux, la réponse à la question du style féminin est évidente. Les filles sont encore éduquées avec des injonctions d’empathie et de diplomatie auxquelles, majoritairement, elles se conforment. Une fois élues, elles deviennent dès lors d’autres types de représentantes et de managers. Dorothée Klein, CDH, abonde en son sens : plus il y a de femmes dans un conseil communal, meilleure est la collaboration et moins il y a d’ego. À Estinnes, la bourgmestre Aurore Tourneur pense que le jusqu’au-boutisme et la vision long terme sont typiquement féminins.

Nancy Schroeders, MR, fait une analyse plus circonstanciée : "Avant, la politique avait des règles du jeu masculines. Et les femmes pour s’en sortir devaient adopter des comportements d’hommes. Aujourd’hui, plus nombreuses, elles peuvent se permettre de faire de la politique autrement."

Et sur le fond ? À part Cielte Van Achter, N-VA, qui trouve que chacun a sa personnalité, peu importe son sexe, les retours étaient unanimes : les femmes sont plus à même d’entendre et de porter le vécu et les revendications des autres femmes. J’abonde dans leur sens : mon mari a découvert que j’avais peur en rue quand j’ai tenté de lui expliquer le mouvement #MeToo. Je ne lui en avais jamais parlé et il ne s’était jamais posé la question.

Zoé Genot, Écolo, est convaincue que les femmes vivent la ville différemment et donc proposent d’autres idées mais nuance en disant que de plus en plus d’hommes ont envie de s’intéresser à ces problématiques et aux 51 % de la population qui les vivent. Il est clair aussi que les enjeux de femmes sont beaucoup plus prégnants dans les villes que dans les communes rurales. Et bien sûr, plus les femmes sont précarisées, plus elles sont victimes d’inégalités. Il m’apparaît que la commune est un excellent niveau de pouvoir pour travailler sur l’égalité entre les sexes.

Au-delà du problème évident du manque de places en crèche qui empêche de très nombreuses femmes (surtout précarisées) de trouver un emploi, les écoles communales sont un excellent endroit où former les instituteurs et institutrices à une éducation moins stéréotypée (comme les encourager à préparer des cadeaux de fêtes des pères pas systématiquement liés au bricolage ou à la voiture). Être attentif aux budgets communaux sportifs (souvent alloués à 80 % aux "sports de garçons") permet de lutter contre la sédentarisation des filles et des femmes, un combat pour Christie Morreale, PS.

Sensibiliser les forces de police à un meilleur accueil des femmes victimes de violence et augmenter le nombre de places en refuges pour elles et leurs enfants peut avoir un impact gigantesque. Pour l’urbanisme, réfléchir à l’agencement de l’espace et à l’éclairage urbain en se posant la question des peurs des femmes influe sur leur sentiment de bien-être et leur sécurité. Dans le même ordre d’idée, Caroline Saal, Écolo, se bat à Liège pour des bus qui s’arrêtent à la demande la nuit. Pendant que Zoé Genot milite pour plus de cours de self-défense et plus de mixité sur les terrasses et dans les cafés. Enfin, augmenter le nombre de rues qui portent le nom de femmes (2 % actuellement) donne symboliquement accès aux femmes dans la cité.

--> (1) Menés pour RTL.